Chapitre 1 : L'Éveil d'Aaric

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Aaric Wemba vivait dans un monde qu'il croyait connaître. Un monde où tout était sous contrôle, où l'argent et l'influence faisaient la pluie et le beau temps. Fils d'un riche magnat des affaires et héritier d'une fortune qui s'étendait à travers tout le continent, il n'avait jamais eu à se soucier des questions existentielles. La vie était simple : il avait tout ce qu'il voulait. Et cela lui suffisait.

Depuis son enfance, il avait été entouré de privilèges. Les voitures de luxe, les villas spectaculaires, les voyages à travers le monde. Il avait les meilleures écoles, les meilleures opportunités, et des relations avec les gens les plus influents. Pourtant, malgré cette vie parfaite sur le papier, il ressentait parfois un vide inexplicable. Mais il l'ignorait. Après tout, pourquoi remettre en question ce qui fonctionnait ? Pourquoi s'arrêter, quand il avait tout ce que n'importe qui pourrait rêver d'avoir ?

Ce sentiment de vide était un murmure, une petite voix dans sa tête qu'il étouffait chaque jour. Il y avait des jours où il se sentait las de cette routine de fêtes, de meetings d'affaires, de soirées mondaines. Mais il n'en parlait à personne. Pas même à ses amis, qui eux aussi nageaient dans la même abondance.

Un soir, alors qu'il assistait à un gala organisé par l'une des plus grandes entreprises du pays, Aaric remarqua quelque chose d'inhabituel. En traversant la salle pour rejoindre un groupe d'investisseurs, il aperçut une jeune femme. Elle se tenait légèrement en retrait, comme une ombre parmi les invités, observant la scène d'un regard qui semblait trop lucide pour un événement aussi superficiel.

Elle était différente des autres femmes présentes. Contrairement aux autres qui cherchaient à se faire remarquer, à s'intégrer dans le décor élégant et orné de bijoux et de robes de créateurs, elle portait une simple robe noire qui ne faisait aucun bruit dans l'ambiance étouffante de luxe. Ses cheveux étaient attachés en un chignon négligé, et ses yeux, profonds, semblaient observer tout le monde sans vraiment participer.

Curieux, Aaric s'approcha d'elle, mais elle ne le remarqua pas tout de suite. C'est lui qui brisa le silence, s'excusant presque de l'avoir dérangée dans sa solitude.

— Je ne vous ai jamais vue ici, dit-il, un sourire plaisant sur les lèvres.

Elle leva les yeux vers lui, ses lèvres se haussant légèrement en un sourire timide, mais ses yeux ne trahirent aucune émotion.

— Je viens de temps en temps, répondit-elle d'une voix calme. Ce n'est pas vraiment mon monde, mais j'aime bien observer les gens.

Aaric fut frappé par sa réponse. Il haussait les sourcils, intrigué. Il était habitué à des femmes qui se comportaient comme des accessoires dans ce genre de soirée. Mais elle, elle semblait différente. Comme si tout cet univers ne l'intéressait pas.

— Vous aimez observer les gens ? demanda-t-il, amusé. Ce n'est pas la première chose à laquelle on pense en venant à une soirée comme celle-ci.

Elle esquissa un sourire encore plus large cette fois, mais son regard restait fixe, perdu dans la foule qui dansait, chantait, riait.

— C'est intéressant, vous savez, les gens ici, dit-elle en balayant du regard la pièce. Ils ne se rendent même pas compte qu'ils sont pris dans un jeu. Ils croient qu'ils ont tout, mais ils n'ont rien, en réalité.

Aaric la regarda plus intensément, intrigué par la conviction dans ses paroles. Il avait grandi dans ce monde, et pour lui, il n'y avait rien de plus réel que ce qui se passait dans ces cercles. Le luxe, l'apparence, la réussite. Comment pouvait-elle remettre tout ça en question si facilement ?

— Vous semblez bien sûre de vous, dit-il, un peu dérouté. Mais comment pouvez-vous être aussi catégorique ?

Elle se tourna lentement vers lui, ses yeux brillants d'une intensité qu'il n'avait pas vue chez les autres invités de la soirée.

— Parce que j'ai vu des gens comme vous. Vous avez tout ce que vous voulez, mais en même temps, vous êtes tellement vide à l'intérieur. Vous courez après des choses qui n'ont aucune valeur, vous croyez qu'acheter plus, posséder plus, c'est tout ce qui compte. Mais ce n'est pas ça, la vie. La vie, c'est ce qu'on ressent, pas ce qu'on a.

Ces mots frappèrent Aaric comme un coup de poing. Jamais une inconnue ne l'avait défié de cette manière. Les gens comme elle ne devaient pas être là, dans ces cercles. Elle n'était pas censée avoir de telles opinions. Mais il savait qu'il y avait quelque chose de plus que le simple rejet de ce monde qu'elle lui faisait entrevoir. Il le ressentait au fond de lui, comme un écho.

— Vous savez, dit-elle après une pause, vous n'avez même pas besoin de tout ça. Vous avez juste oublié ce qui est essentiel.

Puis, comme si elle avait dit tout ce qu'elle avait à dire, elle tourna les talons et disparut dans la foule. Aaric la suivit du regard, mais elle s'éloigna trop vite, et bientôt, il la perdit de vue.

Il se sentit soudainement déstabilisé. Un léger malaise s'empara de lui, une sensation de vide qui ne venait pas de l'absence de cette inconnue, mais de quelque chose d'encore plus profond. Ses yeux balayèrent la salle une fois de plus, mais cette fois, les rires, les conversations, les éclats de verre et les regards superficiels lui paraissaient si vides. Il se sentit comme un étranger dans ce monde qu'il connaissait si bien. Quelque chose venait de se briser dans son esprit, une couche de confort qui avait toujours existé autour de lui. Ce monde qu'il avait toujours cru comprendre n'avait plus la même signification. Il se sentit mal à l'aise, comme un acteur dans une pièce de théâtre, réalisant qu'il jouait un rôle qu'il ne comprenait plus.

Il quitta la soirée plus tôt que prévu, sa tête pleine de pensées contradictoires. Qui était-elle, cette femme ? Pourquoi avait-il ressenti cela ? Et pourquoi ne pouvait-il pas chasser cette idée de son esprit ?

Les jours suivants, Aaric ne cessa de penser à cette rencontre. Les événements du gala, normalement insignifiants, prenaient un nouveau sens dans sa tête. Il se retrouva à regarder les gens autour de lui différemment. Ses rencontres d'affaires, ses soirées mondaines, ses plaisirs quotidiens : tout lui semblait maintenant vide de sens. Le confort de sa vie s'effritait peu à peu. Il n'avait jamais imaginé que tout cela puisse être un jour insuffisant.

Il se rendit dans un petit quartier de Bakwa, une zone de la ville qui n'avait jamais fait partie de ses repérages habituels. Il y avait une ruelle où se mêlaient les sons de la vie quotidienne : les rires des enfants jouant au ballon, les conversations animées entre voisins, les vendeurs ambulants criant leurs prix. Ce n'était pas un endroit riche. Ce n'était même pas un endroit agréable pour quelqu'un comme lui. Mais il y retourna. Parce que quelque part, il sentait que c'était là qu'il devrait chercher les réponses à ses questions.

Lorsqu'il arriva au coin de la rue, il aperçut la silhouette familière de la jeune femme assise sur un banc. Cette fois, il ne se contenta pas de la regarder de loin. Il s'approcha lentement, conscient de sa propre nervosité.

— Je suis désolé, dit-il en s'asseyant à côté d'elle. Je ne pensais pas que ça allait me perturber autant, ce que vous avez dit.

Elle tourna la tête, un sourire ironique effleurant ses lèvres. Elle savait qu'il reviendrait.

— Tu ne peux pas fuir ce genre de vérité, dit-elle d'un ton calme. Mais tu es déjà en train de chercher, et c'est déjà un début.

Ce fut le premier jour où Aaric comprit que sa vie ne serait plus jamais la même.

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