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Il m'a fallu quelques minutes pour récupérer une respiration convenable et me concentrer sur une chose:

Enfouir à nouveau, et définitivement, ces souvenirs dans les abysses de ma mémoire. Mais plus j'essaye d'y effacer, plus ils se propagent.

...

Elle soupire bruyamment alors que je tente toujours de trouver le sommeil. Elle n'a pas l'air d'y parvenir plus que moi. Je me retourne dans sa direction.

Moi : Tu dors ?

Elle souffle à nouveau, comme si j'avais dit la chose la plus stupide au monde.

Alessia : Même si j'avais pu dormir, tu m'aurais réveillée en posant la question.

Moi : Hm, bon, tu ne dors pas alors...

Le silence s'installe jusqu'à créer un malaise important entre nous. Nous sommes là, tous les deux, sachant parfaitement qu'aucun ne compte dormir, sans s'adresser la parole.

Alessia : T'as soif ?

Et c'est ma question qui est stupide ?

Moi : Pourquoi ? Toi oui ?

Alessia : Pas spécialement, mais ta voix est cassée

Je ne peux m'empêcher de sourire à sa remarque. C'est peut-être à cause de l'enchaînement de cette soirée, mais la voir se soucier rien qu'un peu de moi m'amuse.

Moi : Je ne vois pas le problème. T'aimes pas ?

Mon regard reste fixé dans sa direction sans l'apercevoir. J'ai connu meilleur sentiment que celui de discuter avec l'étagère.

Alessia : Ce n'est qu'une question...Tu ne veux pas enlever cette barrière ? Ce n'est pas très agréable de parler comme ça.

Le sourire s'agrandit au coin de mes lèvres. Je me lève, torse nu, et commence à pousser les meubles sans effort. Je devine sa silhouette adossée sur son lit dans le noir.

Moi : Je ne te fais plus peur ?

Alessia : Pas quand je suis éveillée. Allume la lumière.

Je me penche sur ma lampe de chevet et l'allume. Elle ne me regarde même pas. C'est alors que je remarque un cahier et un crayon entre ses doigts. Elle est plus douce quand elle est comme ça. La passion qui l'anime se lit dans son regard à peine elle se met à créer. Je m'apprête à parler, mais elle me fait signe de me taire.

Moi : Comment vous voudrez, sirena

Elle lève son majeur dans ma direction pendant que je freine un éclat de rire et ouvre mon armoire. J'en sors une grande ardoise où je complète mes notes déjà manuscrites.

Ses yeux n'ont toujours pas quitté son illustration. Je prends le temps de relire et faire des hypothèses. Le tableau a beau être déjà noir d'informations, trop de choses m'échappent. Quelqu'un cherche clairement à obtenir une chose que nous, mais qui ? Quoi ? Et qu'est ce qu'il sait de ce que nous cherchons.

Il n'a pas touché à une seule de mes affaires en cours, comme si ce n'était pas ça qui l'intéressait, mais moi, personnellement. C'est insensé. Ils sont tous hors d'état de nuire, je connais mes ennemis.

Un frisson me traverse et ralentit ma respiration. J'approche d'une réponse.

Je la regarde à nouveau. Elle ne peut pas être coupable, elle en a trop souffert. Elle est certes docile, mais pas irréfléchie au point de mettre en cause sa propre vie.

Je crois que toute cette nostalgie me rend dingue plus que je ne l'étais.

Ce n'est pas le moment de se faire du souci pour mon mental. Il ne m'a pas élevé comme ça.

Cruel PrincesaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant