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Elle considère qu'elle seule doit savoir. Je la laisse se recaler à mes côtés. Peut-être qu'elle a raison, que je n'ai aucune raison d'en savoir plus sur elle. Alors j'abandonne, pour aujourd'hui au moins.

...

Alessia

Le Lendemain.

J'ouvre les yeux, la vision troublée. Mes maux de tête et les nausées reprennent, cette fois plus intensément. Je réalise enfin ce qui m'a sortie du sommeil. Mon téléphone posé à mes pieds, en train de sonner depuis quelques minutes sûrement. C'est seulement à l'instant où je m'appuie sur le côté pour me relever que je sens quelque chose d'anormal, une chaleur, et non un simple oreiller. Je sursaute. Khalid est là, juste à côté de moi, fronçant les sourcils sans pour autant ouvrir les yeux, vêtu de son costume. Qu'est-ce qui a bien pu se passer hier soir ? Et qu'est-ce que c'est que cette chambre ?

Tout est flou, je me rappelle de la soirée, de l'ami de Souleymane, puis de m'être réveillée ici avec l'impression qu'une brique m'était tombée sur la tête. J'en ai pris combien ? Un, peut-être deux ? J'étais sûre que tout irait bien, que je gérerais. Et maintenant me voilà dans un lit avec mon mari et l'impression que je pourrais m'écrouler à tout moment, les jambes fébriles.

Nous sommes tous les deux habillés au moins, ça doit être bon signe. Je peux même dire à sa position qu'il ne s'est pas endormi volontairement.

Foutu téléphone.

Il ne veut pas cesser de sonner, quand bien même je pourrais rester endormie jusqu'au coucher du soleil au moins. J'essaye de l'étouffer avec un oreiller, mais il semblerait que ce soit plus efficace avec les humains qu'avec cette machine.

Alors je me résigne finalement à ne pas le jeter par la fenêtre et le prends. C'est Milla. Mon cœur fait un bon. Je ne peux pas raccrocher. Je dois avoir l'air normale, elle a déjà trop à penser pour devoir en plus se soucier de moi. Je décroche en me concentrant pour reprendre une voix convenable.

Milla : Ça va ? Je te dérange ?

Je me calme en entendant son ton affaibli. Elle a besoin de moi.

Moi : Non, jamais, ne t'inquiète pas. Je viens de me réveiller, c'est tout. Dis-moi, tout va bien ?

Milla : Mince, t'es sûre ? Je peux te rappeler plus tard.

Je jette un coup d'œil à Khalid qui n'a toujours pas bougé et me lève du lit pour aller dans un coin de la chambre. Il est hors de question que je lui dise qu'on a dormi ensemble, ce serait la cause de trop de malentendus.

Je suis épuisée. Mes yeux peinent à rester ouverts et mon corps tout entier me fait mal, comme s'il était balancé d'un côté à l'autre de la pièce. Ma respiration est freinée. Mais rien de tout ça ne doit pas m'empêcher d'être présente pour elle. Je ne redeviendrai pas celle que j'étais deux ans plus tôt.

Moi : Non, vraiment, je suis là. Si tu m'as appelée, c'est que tu avais quelque chose à dire, alors parle-moi.

Elle soupire, tremblante. Je peux entendre les bruits de l'hôpital en fond. Elle ne le quitte jamais, par peur de laisser son frère plus d'une minute, même si on est là. Je suppose qu'un vrai lien familial fonctionne comme ça, plus fort que tous les autres.

Milla : C'est à propos de Noah. Il a commencé son traitement, mais ça n'a vraiment pas l'air de l'aider. Le médecin dit que ça prend du temps. Mais il n'en a pas, du temps. Il est là sans être là, épuisé, à demi conscient. C'est mon petit frère. Un bébé. Il ne devrait pas être comme ça.

Cruel PrincesaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant