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Souleymane : Tu vas juste t'occuper du principal. Et n'oublie pas de te débarrasser de tous ceux que tu croises. Je m'occuperai du reste. Il y a des choses qui ne concernent pas les filles comme toi.

...

Une heure plus tard.

Bar

Je déambule entre les quelques tables hautes, surprise par les lumières étincelantes des néons. Souleymane a la main mise sur cet endroit depuis des années, même s'il l'a laissé à l'abandon maintenant qu'il ne s'en sert plus. Je ne compte plus les accords qui ont été passés ici après que j'ai servi d'appât, ni même les hommes que j'y ai faussement amenés pour finalement les torturer puis les assassiner.

Mon oncle m'envoyait toujours faire le sale boulot. J'ai fini par connaître tous les recoins les mieux cachés des environs, bien qu'à une trentaine de minutes de là où je vivais. Le sang que j'ai fait couler si jeune semble encore tâcher mes vêtements à l'instant où je franchis ces portes. C'est aussi ici qu'il aimait faire ses réunions autour d'un verre ou d'une bouteille. Des souvenirs par dizaines, mais pas un seul ne me provoquant autre chose que du dégoût. Ils n'ont qu'un élément commun, lui.

Je ne peux pas supporter de laisser mon nom encore être associé au sien. Il est un monstre, l'expression humaine du mal que notre espèce représente. Je le hais. Je hais le fait qu'il ait détruit mon passé, et au-dessus de ça le fait qu'il puisse détruire mon futur. Cette mission n'en est qu'une de plus, et sûrement pas la plus immorale de toutes, mais jamais obéir à ses ordres ne m'a été aussi insupportable. Jamais je n'ai senti de cette façon mon coeur se serrer de culpabilité. Je trahis mon mari, aussi faux soit-il.

C'est la mission de trop.

La fatigue faisant battre péniblement mon cœur me murmure entre deux battements que je devrais disparaître. Cette vie me l'a suffisamment montré, elle n'a pas été faite pour moi, et quand je regarde tout ce qu'elle a fait pour tenter de m'éliminer, je me dis qu'elle ne veut pas de moi.

Quand je faisais du mal, ou que je m'effondrais dans la drogue, au moins tout avait un sens. Aujourd'hui, je ne suis même plus certaine de vouloir fuir. Ça ne servirait à rien de toute façon.

Mes parents sont partis avant même que j'ai pu prononcer mon premier mot. Il les a tués. Il a enlevé de la surface mon premier lien au monde, et a pris soin que je ne puisse plus le retrouver nulle part par la suite. Ils auraient sûrement honte de voir la moins que rien qu'ils ont eu pour fille. Une femme qui n'a pas eu le courage de se battre, droguée une heure sur deux, mariée par vengeance et pourtant toujours traîteresse. Tous les deux, ils étaient indépendants, et me voilà à suivre cet homme dont je suis écoeurée.

Au moins, je n'aurais jamais le malheur de les décevoir par le spectacle de mon échec de vie.

Arrivée au comptoir, je m'y pose dans un position peu glorifiante. Le serveur me reconnaît. Il me sourit un peu gêné avant de s'approcher d'un pas peu assuré.

Inconnu : Bonsoir, mademoiselle Noor, besoin de quelque chose ? Je ne pensais pas que votre oncle–

Moi : Je veux juste une bouteille, de ce que tu veux tant que ça contient assez d'alcool pour assommer un cheval. Et d'ailleurs, j'ai changé de nom, il serait tant de vous mettre à la page plutôt que de m'associer à quelqu'un que je ne suis pas.

Le jeune homme perd presque instantanément son sourire face à ma voix sèche et enrouée. Il hoche la tête et se recule du bar pour aller chercher ce que je lui ai demandé. Il n'est pas censé vendre de bouteilles entières, mais il ne saurait pas me dire non.

Cruel PrincesaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant