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Nous arrivons à la propriété après quelques minutes. Au moment où Khalid ouvre ma portière, je retourne à la réalité de notre condition. Aucun de ces moments agréables ne sont réels, ils nous font juste oublier quelques minutes la merde dans laquelle on est.

...

Six heures plus tard.

Propriété Al-Hassan

Assise dans le fauteuil de ma chambre, j'essaie de produire un dessin à la hauteur de mes attentes. Comme d'habitude, une cigarette à la bouche, déjà presque complètement consumée. Le visage de Khalid ne me semble toujours pas suffisamment ressemblant. Notre activité de cet après-midi m'a enfin redonné envie de dessiner. Je n'étais pas satisfaite, mais j'étais concentrée pour de vrai, ce que je ne savais plus faire depuis des semaines.

Dessiner m'a toujours semblé vital comme si, lorsque j'arrêtais, ma mémoire et mon cœur se détruisaient, mais je n'en étais plus capable, trop préoccupée par le besoin de perfection et la folle envie de faire encore plus de mal à mon corps pour soigner un instant mon esprit.

Il a ramené cette part de moi qui disparaissait.

J'appuie mon crayon plus fort pour tenter d'oublier la sensation désagréable qui me hante depuis tout à l'heure. Même si le calme de la nuit remplit la maison, la voix dans ma tête ne cesse de me répéter que quelque chose ne va pas. J'ai beau vouloir me raisonner et me dire que tout va bien, ce pressentiment ne me quitte pas. Quelque chose va se passer, ou est en train de se passer.

Ça doit être une conséquence du manque. Tout ira mieux une fois que la substance coulera dans mon sang. Tout va bien.

Trop prise par mon stress, ma création est gâchée. Ce ne sera jamais assez bien, encore moins si je ne suis même pas assez talentueuse pour le faire sans me poser de questions. Je continue d'essayer, frustrée, mais ce n'est pas assez. Un détail manque ou est en trop, et j'ignore lequel.

Peu importe combien j'en fais, ça ne sera jamais assez bien.

Mon cœur continue de battre trop fort et de s'exciter alors que je comprends que ce n'est toujours pas suffisant. J'attrape mes deux pages, que je déchire en petits morceaux. Khalid dirait sûrement que c'est magnifique, comme à chaque fois, mais il a tort, il n'y connaît rien. Personne ne doit voir ça.

Après avoir poussé les morceaux de papier à mes pieds, je m'affale dans le fauteuil en passant les poings sur mes yeux. Même seule face à moi-même, le pressentiment ne me quitte pas.

J'abandonne finalement la possibilité d'être apaisée, et attrape mon téléphone sur le côté. L'écran est fissuré à force d'être abandonné n'importe où.

Quand je l'allume, la chaleur monte dans mon corps, mon sang ne fait qu'un tour et mon cœur bat à tout rompre, coupant mon souffle. Il y a des dizaines d'appels manqués de Milla datant de ces dernières heures, et des messages dont je n'avais même pas entendu les notifications. J'ai à nouveau été trop égoïste, absente quand elle a cherché mon soutien, alors que je lui avais promis d'être toujours là.  Je suis une horrible amie. Et si ce n'était pas qu'un pressentiment ? Il a pu se passer n'importe quoi, et je n'étais pas là, trop obnubilée par ma propre vie.

Milla : Rappelle-moi, c'est à propos de Noah.

3 appels manqués.

Milla : Il n'est même plus vraiment conscient. Rappelle-moi dès que tu peux.

3 appels manqués.

Milla : C'est plus sérieux qu'on le pensait. Le premier traitement n'est pas encore efficace. Ils vont lui mettre un truc encore plus fort qui risque de l'assommer complètement, comme s'il ne l'était pas déjà assez.

Cruel PrincesaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant