30.

324 9 4
                                        

Première contre-attaque terminée...

...

Alessia

Une heure plus tard.

Propriété Al Hassan

Ça doit faire deux heures que j'attends sans vraiment savoir pourquoi, seule dans la chambre soudainement trop grande pour moi. J'ai passé ma vie à attendre des réponses, et maintenant qu'elles sont confirmées, je la passerai à tenter de les oublier. Ça doit être à cela que se résument les enfants malheureux: Attendre la paix, puis attendre la mort en comprenant qu'elle ne viendra jamais.

Je crois que je préférais tout ignorer. Les réponses ont décuplé la violence que j'y voyais.

Mes pensées ont tourné en boucle toute la nuit. La fatigue pèse sur ce qui me noue le ventre. Je ne peux pas arrêter d'imaginer cette scène, la trahison ultime, avec toujours plus de douleur. Mes parents, mourant en voyant ce regard de haine qui m'a élevée. Je n'étais qu'un bébé. Combien de temps ai-je pleuré pour ma mère face à l'homme qui me l'avait enlevée ?

Ce qu'il m'a fait vivre, ce n'était pas seulement dû à la haine accumulée. Il a aimé les tuer. Il voulait revoir leurs visages brisés par la terreur sur le mien.

Tout mon corps tremble depuis des heures. Y penser ne les ramènera pas. Et je ne me suis jamais sentie plus orpheline qu'en sachant pourquoi je le suis, même si mon cœur est né brisé.

Je n'ai vu personne depuis hier soir. J'ai entendu les pas de Khalid devant la porte de ma chambre un certain nombre de fois, comme s'il voulait être sûr de m'entendre respirer, mais je n'ai jamais ouvert. S'il m'en avait dit plus, j'aurais peut-être pu dormir un peu. Mais il préférait protéger le calme dans la vie de son père.
« Il n'aime pas en parler. » Qu'est-ce que ça veut dire ? Ne pourrait-il pas, pour une fois, penser à moi ? S'il appréciait tellement mon père, comment peut-il si mal se comporter envers sa fille ?

La douleur assaillante reprend possession de ma tête, en me faisant fermer les yeux. Petit à petit, jour après jour, mon corps me lâche.

Je prends le tube de médicaments déjà presque vide sous mon matelas pour en avaler un. C'est le mieux à faire, juste pour cette fois, afin de me calmer un peu. Depuis hier, la tentation d'appeler Aaron est plus forte que jamais. Je sais qu'il se rendrait disponible, comme toujours. Et c'est bien le seul qui ne me poussera jamais à arrêter. Il me comprend. Il sait que c'est le seul remède efficace.

Les minutes passent, mais l'effet ne pointe pas le bout de son nez. Les images de mon cauchemar éveillé continuent de défiler. Mon organisme a peut-être développé une résistance, ou peut-être qu'il y a des douleurs qu'un médicament ne suffit pas à effacer. Ce qui est sûr, c'est que je suis épuisée et que ça ne semble pas prêt de se calmer.

Je m'allonge à nouveau sur le lit, fermant mes paupières qui paraissent déjà trop lourdes pour être tenues ouvertes. Mon imagination ne s'en fait que plus intense, serrant ma poitrine jusqu'à freiner mon souffle. Mes maux de tête ne sont qu'à peine maîtrisés.

Rester ici ne sert à rien. Je devrais évacuer jusqu'à tomber de fatigue.

Je me décide enfin à sortir du lit, même si le soleil est levé depuis des heures déjà. Je m'arrête devant la porte. Aucun signe de Khalid. J'attrape un des leggings en boule dans mon armoire et l'enfile, avant de sortir.

Une fois en bas, un léger courant d'air portant son parfum annonce qu'il n'est pas loin. Je n'ai aucune envie d'être confrontée à lui. Il a écourté notre discussion hier. Il ne devrait pas essayer de la remettre sur le tapis.

Cruel PrincesaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant