XX - Une leçon de piano ?

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   Les semaines qui suivirent l'anniversaire de Charles, les deux pilotes essayèrent de se voir le plus souvent possible, ce qui les rapprocha encore plus qu'ils ne l'étaient déjà. Les jours s'enchaînèrent, les semaines s'écoulèrent, les mois passèrent, la saison de Formule 1 prit fin et la trêve hivernale commença. Les deux amis furent bien heureux d'avoir un peu plus de temps pour se reposer et pour passer du temps ensemble. Ils avaient prévu de se voir une première semaine, du 13 au 20 décembre, chez le Monégasque, puis de passer la semaine suivante chez Pierre, pour fêter Noël rien que tous les deux, en Normandie.

   Pierre se trouvait sur le pas de la porte et ne tenait plus en place. Il avait particulièrement hâte de retrouver Charles, premièrement parce qu'il ne l'avait pas vu depuis plusieurs semaines, et deuxièmement, car il était prévu que le Monégasque l'initie au piano, comme il lui avait promis plusieurs mois auparavant. Mais lorsqu'il vit la porte s'ouvrir, il sauta immédiatement dans les bras de son camarade, ce qui surprit le Monégasque qui ne s'attendait pas à de telles retrouvailles.

   Après avoir rangé ses affaires et parlé plusieurs minutes avec Charles, Pierre s'installa au piano, voulant déjà essayer d'impressionner son ami. Il essaya de jouer l'un des morceaux préférés du Monégasque, mais contrairement à son ami, Pierre n'était pas doué pour pratiquer cet instrument, et à peine il commença à jouer que Charles grimaça en entendant les erreurs se multiplier. Malgré les fautes, Pierre persévéra. Malheureusement, le Français n'était pas fait pour le piano et Charles, qui se trouvait dans son dos, commença à rire face au niveau si catastrophique de Pierre. Voyant son ami se débattre avec l'instrument de musique, le Monégasque décida de lui donner un coup de main. Il s'assit sur la banquette, juste à côté de lui, et vint placer ses mains sur les siennes. Leurs cuisses se touchaient et le Français pouvait sentir la chaleur réconfortante du corps de son ami, même à travers les différentes couches de tissus. Et lorsque les mains de Charles rencontrèrent celles de Pierre, un immense frisson parcourut tout son corps. Le Français recommença à jouer, cette fois-ci guidé par les gestes de son camarade qui corrigeait toutes les erreurs qu'il commettait auparavant. La musique était désormais agréable à écouter et celle-ci brisait le silence qui régnait dans l'appartement sans bruit.

   Les deux pilotes jouèrent pendant plus d'une heure, leurs corps se reprochant de plus en plus l'un de l'autre. Bercé par la mélodie qui imprégnait la pièce, Pierre prit son courage à deux mains et décida d'annoncer à Charles qu'il l'aimait. Mais il ne savait comment s'y prendre et ne trouvait pas les bons mots pour s'exprimer. Même en cherchant pendant de longues minutes, même en creusant au plus profond de son cerveau, il ne trouva malheureusement rien. Ne réussissant pas à communiquer ses sentiments à Charles, le Français craqua et se laissa emporter par ses émotions. Ses yeux rougirent et s'humidifièrent, d'énormes larmes de tristesse parcoururent son visage et s'échouèrent sur les différentes touches du piano et sa respiration s'emporta. Le Monégasque remarqua rapidement le changement de comportement du Français et voulut le prendre dans ses bras pour le réconforter. Mais il n'eut le temps, car Pierre se leva précipitamment, ce qui rompit le contact entre leurs mains jusque-là liées et s'éloigna de plusieurs mètres de Charles pour finalement s'arrêter en plein milieu de la pièce. Le Monégasque, toujours assis, regardait la scène d'un air soucieux. D'une voix tremblante, Pierre brisa le silence :

« J'en ai assez de faire semblant... Assez de me cacher... J'en ai assez d'être différent... »

Charles se leva alors pour se rapprocher de son camarade et pour lui répondre :

« Pierre...

– Tu ne peux rien y faire ! coupa le pilote.

– Je ne suis peut-être pas capable de t'aider, mais tu peux m'expliquer pour que je comprenne... »

Il n'en fallut pas plus à Pierre pour qu'il s'approche de Charles et l'embrasse.

   Le silence était roi lors de ce baiser et seul le tic-tac de l'horloge se faisait entendre. Le ciel commençait à s'assombrir, dévoilant ses plus belles étoiles qui scintillaient comme de véritables diamants. Le soleil couchant renvoyait contre les vitres de l'appartement une magnifique lumière dorée qui illuminait les deux pilotes. Après une dizaine de secondes à s'embrasser, Charles repoussa violemment Pierre avec le dos de ses mains, une expression de dégoût marquée sur son visage. Les yeux océan du Français cherchaient ceux du Monégasque, qui avait l'impression de couler, de se noyer, de mourir dans le regard de Pierre. Le jeune homme commença à réfléchir aux conséquences de ses actions et aux répercussions que cela allait avoir sur son amitié avec le Monégasque. Ce qu'il redoutait le plus, c'est-à-dire perdre Charles, allait peut-être vraiment avoir lieu. Pierre ne sut comment réagir face à la réaction agressive de son ami, alors il resta immobile, attendant une explication de sa part. Seulement, celui-ci était assez confus et tout se mélangeait dans sa tête. Mais après avoir réfléchi pendant plusieurs minutes, pendant de trop longues et interminables minutes, il se décida enfin à réagir. Charles agrippa fermement le col du t-shirt de Pierre et l'attira un peu plus vers lui, réunissant de nouveau leurs lèvres. Mais cette fois-ci, le baiser était plus tendre, plus doux, plus long et surtout plus agréable. Le temps s'était comme figé pour les deux pilotes qui y mettaient tout l'amour et toute la passion qu'ils avaient gardés enfouis au plus profond de leur cœur depuis si longtemps. Tout en continuant de l'embrasser, le Monégasque passa sa main sous le t-shirt du Français pour sentir sa peau brûlante. Emporté par ses sentiments, Charles retira le haut de Pierre qu'il lança au sol et attira le jeune homme dans la chambre où ils terminèrent la journée en beauté.

   Lors de cette étincelante soirée, la toute première page de leur histoire fut écrite et il ne s'agissait certainement pas de celle qui allait contenir les derniers mots.

𝑇ℎ𝑒 𝑅𝑎𝑐𝑒 𝑂𝑓 𝐿𝑜𝑣𝑒 ~ 𝑃𝑖𝑎𝑟𝑙𝑒𝑠Où les histoires vivent. Découvrez maintenant