Aliyah
Je me réveille après une nuit lourde et cauchemardesque, sans avoir fermé l'œil.
Mes yeux restent rivés sur les enfants, chaque clignement est un instant ouvert à la menace, à l'attaque.
Aaron est là, à mes côtés, essayant tant bien que mal de me rassurer, mais au fond, je sais qu'il a peur lui aussi.
Peur que quelque chose arrive à ses enfants, à moi.
Nous faisons face à notre plus grande peur.
Ma journée ressemble à ma nuit : je ne veux pas bouger de la maison.
Je m'assure que chaque sortie d'Aaron soit chronométrée, millimétrée, pour ne laisser aucune ouverture.
Je berce Azura après son repas, tandis que son frère dort calmement dans son cosy, face à moi.
— Maman est là... Rien ne vous arrivera, mes bébés.
La porte s'ouvre sur Aaron, un tas de courriers à la main.
Il vient déposer un baiser sur mon front avant de s'installer dans le fauteuil en face de moi.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Des factures, la routine.
Je hoche vaguement la tête en guise de réponse.
— Aliyah...
Je relève la tête vers lui, voyant son visage se fermer devant une enveloppe.
— Aaron ?
Je dépose doucement Azura dans son berceau et m'approche.
Il ne répond pas, reste figé devant la lettre. Je la saisis doucement du bout des doigts :
« Prépare-moi une place dans ta jolie maison, ça te rappellera des souvenirs de ton évasion. »
— Aliyah, il faut qu'on agisse.
Je reste clouée, figée, incapable de réagir. Je cherche comment m'en sortir.
Après plusieurs semaines sans menace..
Je devine la vérité, mais je reste dubitative, naïve.
— Non, on ne peut pas.
Il me regarde avec des yeux grands, ne comprenant pas ma réponse.
— Tu veux rester là à ne rien faire, laisser les choses arriver ?
— On est coincés, Aaron. Ce genre de personne sait quand tu entres en contact avec la police... Il sait tout de nous. Tout de moi.
Mes larmes montent, je retiens mon souffle pour ne pas réveiller les enfants.
Il entend mes sanglots et vient me prendre dans ses bras.
— Écoute-moi, Aliyah... Je sais que c'est dur, mais on va y arriver, d'accord ?
Je hoche la tête, sans espoir, la gorge nouée.
— Le plus important, c'est de mettre les enfants à l'abri. On s'occupera de notre sécurité plus tard... surtout de la mienne. Il faut que tu restes près d'eux.
Il sort en trombe, sans me laisser le choix. Je ne sais pas où il va, ni ce qu'il prépare, mais j'espère qu'il ne fera rien qui pourrait nous mettre encore plus en danger.
Je m'assois dans le fauteuil en face des jumeaux, les regardant dormir. Les prières me viennent naturellement.
J'espère sortir de cette situation au plus vite.
Je serre Azura contre moi, son petit corps chaud qui se blottit contre mon épaule. Chaque respiration de ses poumons me rassure un peu, mais l'angoisse ne me quitte pas. Mes gestes deviennent mécaniques, un instinct maternel qui prend le dessus quand mon cerveau refuse de faire une pause.
Mon esprit tourne en boucle, comme un disque rayé. Je repense aux lettres, aux menaces, à ce message qui m'a glacé le sang. Qui est-ce qui veut nous faire ça ? Pourquoi ? Et comment peut-on s'en sortir ?
Le soir venu, Aaron était déjà revenu, sans grande solution à notre problème, malgré nos appels finalement à la police à contre cœur.
Son regard se fermait parfois, mais dès qu'il posait les yeux sur moi et les enfants, il redevenait rassurant.
Le repas se déroule calmement, le seul bruit qui brise le silence est celui de nos couverts manipulés machinalement, porteurs d'une inquiétude constante.
— Je vais faire coucher les enfants.
— N'oublie pas de mettre l'alarme, s'il te plaît.
Il sort de mon champ de vision avec les jumeaux. Je n'étais pas rassurée de les laisser dormir seuls, mais mon corps réclame mon lit, fatigué.
Aaron a installé un vrai système de sécurité dans leur chambre, ce qui m'apaise, même si l'angoisse ne me quitte jamais vraiment.
Je m'allonge enfin, le corps épuisé, mais le sommeil refuse de venir. Les ombres dans la chambre dansent doucement sous la lueur de la lune, et mon esprit refuse de s'apaiser. Chaque respiration est un rappel que je ne suis pas seule, que quelque chose rôde, invisible mais oppressant.
Le silence est pesant, presque suffocant. Je me retourne plusieurs fois.
Je me surprends à écouter chaque bruit, chaque souffle, à tendre l'oreille dans l'obscurité, à la recherche d'un signe, d'un indice, d'un avertissement.
Soudain, une soif brutale me tire. Je m'assois sur le bord du lit, la gorge sèche, le cœur qui tambourine dans ma poitrine.
Je me lève délicatement, refusant de réveiller Aaron ou les bébés. Je marche doucement dans la maison, le plancher craquant sous mes pieds.
Je me dirige instinctivement vers la chambre des enfants. Ce simple trajet, qui devrait être banal, se transforme en une épreuve. Chaque pas est lourd de peur, chaque respiration un effort pour rester calme.
J'ouvre la porte, et mon cœur rate un battement.
Le berceau d'Aziel est vide.
Un vide terrible, une absence qui hurle dans le silence.
Je déglutis, figée un instant. La pièce est plongée dans une obscurité douce, la lumière de la veilleuse tamisée effleure le visage endormi d'Azura, mais Aziel n'est plus là.
Je m'avance précipitamment, le souffle court, regardant partout, cherchant un indice, un signe, une explication.
Puis mes yeux tombent sur une enveloppe posée au centre du lit d'Azura, comme un sinistre message laissé en plein milieu de ce sanctuaire fragile.
Je tends la main, les doigts tremblants, je déchire le papier avec précipitation, ma vision embuée de larmes qui refusent de tomber.
Les mots me sautent aux yeux, glacés, implacables :
« Rappelle-toi, je suis le maître du jeu et les nouveaux joueurs paient les frais des plus vieux. Profite de cette soirée pour t'en souvenir. Aliyah. »
Un cri déchirant éclate de mes lèvres, un hurlement primal qui réveille toute la maison.
Je bascule en arrière, le souffle coupé, la panique me submerge comme une vague déferlante.
Où est Aziel ? Qui a osé ? Comment ai-je pu laisser faire ?
Je me précipite hors de la chambre, réveillant Aaron dans un cri affolé :
— Aziel... Aziel a disparu !
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𝐅𝐮𝐢𝐬-𝐦𝐨𝐢.
Romance« Fuis-moi », disait-elle souvent, comme un avertissement. Mais il était trop tard. Il avait déjà décidé de la suivre, même si leur amour les emmenait là où tout se mélangeait entre passion et destruction. L'amour pouvait-il encore survivre quand to...
