Aliyah
Le cri que j'ai poussé résonne encore dans la maison, mais il ne couvre pas la panique qui m'étrangle. Aaron s'est précipité dans la chambre, les yeux écarquillés, et j'ai juste eu la force de montrer du doigt le berceau vide.
Aziel n'est plus là.
Les secondes qui suivent se brouillent. Aaron court partout, vérifie chaque pièce, chaque recoin. Moi, je reste figée, mes jambes refusant de me porter, mes yeux fixés sur l'enveloppe encore froissée entre mes doigts.
Je n'arrive pas à respirer.
Aaron finit par m'arracher le papier et le lit à voix haute, la mâchoire crispée. Ses yeux se lèvent vers moi, pleins de rage et de peur à la fois.
Je venais de comprendre... je savais bien qui c'était.
Je tremblais de plus en plus, me répétant sans cesse que ça ne pouvait pas être lui...
Naïve.
— C'est Rafael...
J'arrivais à peine à sortir ces mots... ma gorge se nouait.
Je brûlais presque de rage d'avoir compris que c'était lui derrière tout ça.
Aaron, toujours là, les yeux écarquillés :
— Comment tu peux en être sûre ?
Je lui montre mon ancienne bague de mariage posée sur le lit de notre fils.
— Quel fils de...
Il ne parvient pas à finir sa phrase, ses mains passent nerveusement sur son visage, arrachant presque tout ce qu'il y a dessus.
— Aaron... qu'est-ce qu'on va faire ?
Il s'approche de moi, essayant de me calmer avec le peu d'espoir qui le traversait.
— La police, Aliyah... on n'a plus le choix.
Je ne suis pas rassurée par cette solution, connaissant Rafael, je sais bien de quoi il est capable.
Il s'empare en vitesse de son téléphone sans que je ne puisse bouger, impuissante face à cette situation. Compose le numéro et approche son oreille.
Le silence s'impose brutalement, comme si le monde entier retenait son souffle avec nous.
Puis, à son « allo », mon téléphone vibre dans ma poche. Mes mains tremblent quand je l'attrape, mais je n'ose pas décrocher. Aaron me fixe, prêt à m'arracher l'appareil si je tarde trop.
Un message.
« N'y pense même pas, Aliyah. Tout ce que tu dis, tout ce que tu fais... je l'entends. Si tu contactes la police, je le saurai. Considère-toi sur écoute. N'empêche que c'est déjà un bon début que tu m'aies trouvé. »
Je saisis de force le téléphone d'Aaron, raccrochant précipitamment son appel avant même qu'il ne comprenne.
— Qu'est-ce qu'il te prend ?
Sans même lui répondre, je lui tends mon téléphone avec le message affiché.
— Il nous surveille... il nous entend...
— On ne peut pas rester comme ça, Aliyah.
Mais je secoue la tête, les larmes brouillant ma vision.
— Tu comprends pas... s'il sait... il peut lui faire du mal...
Une nouvelle vibration me coupe. Encore un message. Je sens mon sang se glacer avant même de lire.
Cette fois, c'est une photo.
Aziel. Mon bébé. Son visage encore rond d'innocence, souillé par une fine entaille qui traverse sa joue. Pas profonde, mais suffisante pour me déchirer le cœur.
Je lâche le téléphone, un cri étranglé franchit mes lèvres. Aaron, blême, récupère l'appareil et serre les poings si fort qu'ils pourraient se briser.
Je vois dans ses yeux la fureur, l'envie de tuer, mais aussi l'impuissance.
Je tombe à genoux, les mains sur mon visage, incapable de contenir mes sanglots. Je sens Aaron s'accroupir à mes côtés, sa main posée sur ma nuque, tentant de me maintenir alors que tout s'effondre.
— Écoute-moi, c'est ce qu'il veut. Nous briser, nous rendre fous. Mais je te le jure, Aliyah... je ramènerai notre fils.
Je voudrais le croire. Mais l'image d'Aziel blessé hante déjà mes yeux fermés. Et cette voix au fond de moi répète que Rafael tient toutes les cartes.
— Qu'est-ce qu'il veut au juste ?
Je me répète cette phrase sans cesse, qu'est-ce qu'il nous veut.
Mon regard de détresse passe à celui d'une tueuse à gage. Je ne peux plus me calmer, malgré les pleurs de sa sœur Azura, encore à nos côtés.
— Je vais déposer Azura chez ma mère, c'est beaucoup trop risqué ici.
— Et si il sait où ta mère vit ? Il nous a mis sur écoute, Aaron. Il trace nos faits et gestes... on est piégés.
Je n'arrive plus à contenir mes larmes, je ruisselle telle une fontaine.
— Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? Qu'on prenne plus de risque en gardant Azura avec nous ? Son frère est déjà parti.
— Mais tu comprends qu'on est piégés ! Il saura que tu l'emmènes là-bas...
Aaron se fige un instant, ses yeux rencontrant les miens. La panique et la colère se mêlent dans son regard.
— Je sais... mais on ne peut pas rester là à ne rien faire. Il faut réfléchir, trouver un moyen de le devancer.
Je secoue la tête, mes doigts crispés sur mon téléphone :
— Je ne peux pas... et si il fait du mal à Aziel ? Si je bouge, il saura !
Aaron m'attire contre lui, serrant mes épaules. Sa voix est basse, ferme
— Écoute-moi, Aliyah. La panique ne nous servira à rien. Si on reste immobiles, il gagne. Si on agit... peut-être qu'on peut sauver notre fils.
Je relève les yeux vers lui, mon cœur battant à tout rompre. La colère et la peur se mêlent en moi, et une détermination froide commence à remplacer l'angoisse.
— On doit... on doit trouver un plan. Et vite.
Aaron acquiesce, son visage marqué par la tension.
— Ok. D'abord, on sécurise Azura. Surtout, on doit être sûrs que Rafael ne puisse rien deviner.
Je serre la main d'Aaron, un souffle coupé par les larmes.
— Et ensuite ?
— Ensuite, on rassemble tout ce qu'on sait sur lui. Chaque message, chaque indice... On doit comprendre où il pourrait être, ce qu'il veut vraiment. Et surtout... on doit trouver un moyen de l'attirer à nous sans mettre Aziel en danger.
Je hoche la tête, mon esprit commençant à bouillonner malgré la peur.
Aaron sourit faiblement, un mélange de fierté et de soulagement traversant ses traits.
Une nouvelle vibration du téléphone me fait sursauter. Rafael ne perd pas une seconde. Mais cette fois, je ne tombe pas dans le piège de la panique. Je prends une profonde inspiration et verrouille l'écran.
— On ne répondra plus à ses provocations. Pas avant d'avoir un vrai plan.
Aaron m'attire à nouveau contre lui, et pour la première fois depuis que tout a commencé, je sens une étincelle de contrôle, de force. Rafael a pris Aziel... mais il ne nous brisera pas. Pas encore.
On se tient là, main dans la main, prêts à réfléchir, à riposter, à protéger ce qui nous reste. La guerre vient de commencer.
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𝐅𝐮𝐢𝐬-𝐦𝐨𝐢.
Romance« Fuis-moi », disait-elle souvent, comme un avertissement. Mais il était trop tard. Il avait déjà décidé de la suivre, même si leur amour les emmenait là où tout se mélangeait entre passion et destruction. L'amour pouvait-il encore survivre quand to...
