Le lundi matin, le lycée s'animait comme une ruche sortie de sa torpeur du week-end. Bruits de casiers, éclats de voix, chuchotements étouffés : tout semblait redevenu normal. Mais moi, je savais que rien ne serait plus comme avant.
Je marchais dans les couloirs d'un pas plus assuré. Ma silhouette tranchait dans la masse ; mon regard était fixé droit devant moi, indifférent aux murmures, aux regards insistants ou aux sourires trop pleins de sous-entendus habituels. J'avais presque l'impression d'avoir repris le contrôle. Une illusion, peut-être, mais une illusion qui m'avait tenue debout jusqu'ici.
Puis, je les ai entendus.
Juste assez fort pour que ça atteigne mes oreilles, juste assez bas pour prétendre que ce n'était pas volontaire.
— « C'est elle qui sort avec Davis ? »
Un rire. Aigu, moqueur.
— « Elle est vraiment pas ouf... »
— « J'ai entendu dire qu'elle se tapait le frère de Sony aussi... »
— « C'est quoi cette meuf... Elle me dégoûte avec ses faux airs de sainte-nitouche. »
Je me suis arrêtée. Une fraction de seconde. Mes pas suspendus, mon cœur battant plus fort, mes mains soudain moites. Le sol s'est mis à tanguer sous mes pieds, comme si le lycée tout entier avait basculé dans une autre dimension, une où l'air était plus lourd, plus tranchant. Et cette voix intérieure, toujours prête, qui murmurait : Tu croyais quoi, Sady ? Que ça passerait inaperçu ?
Ma première réaction a été la surprise. Un coup en pleine poitrine. Le souffle court. Pas parce qu'ils m'insultaient – j'aurais pu encaisser ça. Mais parce que c'était dit si facilement. Si naturellement. Comme si j'étais devenue une de ces rumeurs qui se glissent dans les interstices des casiers, des bouches et des messages anonymes.
Puis est venue la colère.
Une colère sourde. Brûlante. Pas celle qui explose. Celle qui bouillonne sous la peau, celle qui fait trembler les doigts, crisper la mâchoire, serrer les dents au point d'en avoir mal. J'aurais voulu me retourner. Les regarder droit dans les yeux. Leur dire qu'ils ne savaient rien. Que leur vie, toute entière, tenait sur des potins minables et des regards lâches. J'aurais voulu crier, frapper, leur rendre la honte qu'ils essayaient de m'infliger.
Mais je n'ai rien fait.
Je n'ai même pas tourné la tête. Parce qu'en vérité, ce n'est pas eux qui m'effrayaient.
C'était ce que leurs mots réveillaient.
La peur de ne pas savoir qui j'étais devenue. De ne plus savoir ce que je ressentais pour Sony. De me demander si Ruben, quelque part, avait glissé une fissure en moi que je ne pourrais plus jamais réparer. Et au fond, cette question lancinante : Est-ce qu'ils avaient tort ? Ou est-ce qu'ils disaient tout haut ce que je refusais de m'avouer ?
Alors j'ai marché. Plus vite. Sans me retourner.
Je suis entrée dans ma salle de classe comme on entre dans un refuge en feu. Mes jambes tremblaient à peine mais mon cœur hurlait. J'ai pris place au fond, là où personne ne me voyait vraiment. Là où je pouvais disparaître sans disparaître.
Ciel m'avait vue passer, peut-être. Mais je ne lui ai rien dit. À quoi bon ? Il y avait des batailles qu'on ne partage pas. Celle-ci... je la combattrai seule.
À la pause déjeuner, je retrouvais Ciel à la cafétéria. Celle-ci m'attendait à une table près de la baie vitrée, les yeux pétillants de cette impatience qu'elle savait contenue depuis samedi.
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Wounded
RomansaSady Conagan pensait vivre une histoire d'amour comme les autres... jusqu'à ce qu'elle se retrouve piégée entre deux garçons, des sentiments impossibles et des choix qui la déchirent. Mais quand Hajar, une jeune fille liée à son entourage et à l'hom...
