Cher frère

34 2 1
                                        

Arrivée à l'entrée de la maison de Sony, celui-ci se rapproche de moi et avance sa main dans ma direction. Prise de panique je ferme les yeux et lève mes bras rapidement prête à le repousser au prochain mouvement. Sony s'arrête quelques secondes avant de rire doucement, il me pousse sur le côté et referme sa porte d'entrée à double tour. Je me sens alors immédiatement honteuse d'avoir réagis de la sorte et avant même que ma pensée ne traverse mon esprit, Sony lâcha: 

Tu t'attendais à quoi ? Presque moqueur. 

Un silence épais, presque coupant, envahit le couloir. La maison est plongée dans une pénombre douce, seulement troublée par les halos blafards des lampadaires filtrant à travers les rideaux. Je n'ose pas faire un pas ni relever ce qui venait de se passer, le silence de mort de la maison me rendait déjà assez mal à l'aise comme ça. 

Sony avance sans un mot. Il a retrouvé cette démarche tranquille, presque féline, qui ne trahit aucune émotion. Comme si rien de ce qui s'était passé quelques heures plus tôt — ni les cris, ni les larmes, ni les vérités crachées au visage — n'avait laissé de trace sur lui.

J'étais encore gênée par la scène à laquelle Sony avait assistée malgré moi, il s'était même interposé entre ma mère et moi. 

Je... Je suis désolée... Soufflais-je si doucement que j'eus peur qu'il ne m'entende pas. 

Sony s'arrêta de marcher et se retourna, les mains dans les poches, un regard interrogateur. Je ne soutenais pas son regard, son regard si sombre, si intense, ce regard qui me fait perdre tous mes moyens. 

Désolée pour quoi? 

Je passe mes mains derrière mon dos et balance mon pied droit d'avant en arrière comme le ferait une petite fille craignant d'être punie après une gaffe. 

— Ma mère est... particulière... 

Je relève enfin les yeux dans sa direction avant de reprendre :

T'avais pas à assister à ça, t'as même pris la gifle à ma place et moi je...

Sony posa son doigt contre ma bouche, m'empêchant de finir ma phrase, et fit un "chut" du bout des lèvres, sa main levée en signe d'écoute absolue.

Je me tus aussitôt.

Un silence compact s'abattit à nouveau sur la maison, seulement troublé par le bruit lointain d'une vibration sourde, irrégulière... un grincement de lit ? Un soupir ? Mon cœur se serra. Sony, lui, avait déjà levé la tête en direction de l'étage. Ses sourcils s'étaient froncés, ses traits durcis. Un changement subtil, mais glacial.

Attends-moi là.

Trois mots. Et pourtant, c'était comme une menace déguisée. Mon sang se glaça. Ce n'était pas ce qu'il avait dit, mais comment il l'avait dit. Son ton était bas, calme, mais tranchant comme une lame. Il ne me regardait même plus.

Il gravit les marches une à une, sans bruit, avec la lenteur méthodique d'un prédateur. Mon souffle était suspendu. Je n'osais pas bouger. Je n'osais même pas respirer trop fort.

Puis un bruit sourd, étouffé.

Une voix de garçon, familière. Une fille qui gémit. Et d'un coup, le chaos.

Un fracas brutal. Des pas précipités. Une porte qui claque si fort que les murs en tremblèrent.

Et là, l'impensable.

Un cri de surprise, un "putain !" étranglé... et le corps de Ruben qui dégringole les escaliers.

Il s'écrasa violemment sur les dernières marches, roulé en boule, grognant de douleur. Une fille en sous-vêtements apparut brièvement en haut, pétrifiée, avant de disparaître dans une chambre en claquant la porte.

WoundedDes histoires addictives. Découvrez maintenant