Nous marchions d'un pas rapide dans les couloirs vides, Sony en tête, silencieux, le regard droit devant, sans jamais tourner la tête vers moi, et sa main, toujours refermée sur mon poignet, m'entraînait sans un mot, tandis que mon cœur battait la chamade, suspendu entre la peur de ce qui allait arriver et l'excitation de ce que je ne comprenais pas encore.
Ses doigts étaient glacés contre ma peau. Je baissais les yeux. Sony lui tenait mon poignet. Pas violemment, il ne le serrait pas mais il ne le lâchait pas non plus. Et c'était ça, le plus inquiétant : cette façon de me tenir, comme si c'était normal. Comme s'il n'avait pas besoin de demander.
— Lâche-moi, murmurais-je timidement.
Il ne répondit pas. Son regard était ailleurs, trop loin pour qu'il puisse m'atteindre.
Un instant plus tôt, j'étais au téléphone avec Stéfania discutant du passé trouble d'Hajar et Sony Ou ce qu'il en restait. Les derniers mots de Stéfania vibraient encore dans ma tête, échos distordus, aveux inachevés. Et maintenant, Sony. Surgi comme un avertissement vivant.
Il tira doucement mais marchait à une cadence que j'avais du mal à suivre, m'entraînant hors du couloir désert.
— J'ai cours, Sony... Qu'est-ce que tu fais ? Demandais-je paniquée.
— Tu viens.
— Non. Non, je viens pas. Tu veux quoi, au juste ? M'effrayer ?
Un rictus lui effleura les lèvres, presque imperceptible.
— Si je voulais t'effrayer, Sady... tu le saurais déjà. Dit-il paisiblement en me regardant du coin de l'œil.
J'eus un frisson. D'instinct, je voulus reculer. Mais il ne relâcha pas sa prise. Et je ne comprenais pas pourquoi je le suivait, pourquoi mes jambes continuaient d'avancer alors que tout en moi criait de rester.
Peut-être parce qu'une part de moi-même, minuscule et silencieuse, voulait savoir. Comprendre ce qu'il savait. Ce qu'il cachait.
Nous arrivâmes sur le parking désert face au lycée. Le silence pesait, à peine troublé par le murmure du vent qui faisait danser quelques feuilles sur l'asphalte. Sony ne ralentit pas, la traînant jusqu'à sa moto comme s'il traçait un chemin que je ne pouvais plus fuir. Il s'arrêta net, relâchais enfin la prise qu'il avait sur mon poignet et se tourna à peine en me tendant un casque.
— Monte, dit-il. Un ordre, pas une invitation.
Je le fixais, le souffle court.
— Non. Tu délires. Je ne vais pas sécher les cours avec toi, comme ça, sans prévenir, sans savoir où tu m'embarques ! Tu peux pas juste débarquer et m'enlever au milieu de la journée !
Il ne répondit rien. Juste ce regard noir, insondable, qui m'avalait toute entière. Un silence pesant s'installa, presque sensuel dans sa tension.
— Tu crois que t'as le droit de me forcer ? T'es qui, au juste ?!
Il s'approcha, lentement, comme un prédateur qui sait que sa proie ne bougera plus. je mis un pied en arrière et mon coeur rata un battement. Je n'arrivais pas à reculer davantage comme tétanisée par ce qu'il pourrait arriver si je lui tenais tête. Il s'arrêta si près de mon visage que nos souffles se mêlèrent, et doucement, il leva les bras pour poser le casque sur ma tête. Ses doigts glissèrent contre mes tempes, descendirent jusqu'à mon menton pour ajuster la sangle. Il ne me quittait pas des yeux pendant tout ce temps. Pas une seule seconde.
— J'suis pas en train de te forcer, Sady, souffla-t-il. Mais je pourrais bien le faire si tu continue à me résister.
Je sentais la chaleur monter en moi, fulgurante, incontrôlable, électrisante. Le casque bien en place, il laissa traîner sa main au niveau de mon menton, me forçant presque à le regarder.
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Wounded
RomanceSady Conagan pensait vivre une histoire d'amour comme les autres... jusqu'à ce qu'elle se retrouve piégée entre deux garçons, des sentiments impossibles et des choix qui la déchirent. Mais quand Hajar, une jeune fille liée à son entourage et à l'hom...
