Je m'assieds douloureusement sur le bord de mon lit. Je vais vomir. Mon corps est couvert de sueur. Mes pieds touchent le parquet froid. Je respire fortement pour essayer de me ressaisir mais je ne réussis pas à raisonner les larmes qui ravagent mon visage. Mon cœur tambourine tellement fort dans ma poitrine que j'ai l'impression qu'il va se décrocher.
Chaque nuit c'est la même chose. Chaque nuit, je revois son visage, je ressens ses lèvres sur les miennes, je repense à tout ce qu'on a vécu et je me dis que je suis trop conne, que j'aurais dû voir que quelque chose n'allait pas. Chaque nuit, je me répète les dernières choses qu'il a dites et j'essaie de trouver quelle phrase je n'ai pas comprise comme je l'aurais dû. Chaque nuit, je revois le moment où il est parti, le pire jour de ma vie, et chaque nuit, c'est encore plus douloureux que la veille.
Pourtant, je commence à avoir l'habitude de ces cauchemars et je ne peux pas m'empêcher de me demander si c'est bon ou mauvais. Ils sont devenus comme ces vieux amis qu'on aime pas tant que ça mais dont la présence nous fait nous sentir nostalgique et vivant. Parce que c'est ce qu'ils me font. Ils me font souffrir, plus que jamais, mais ils me ramènent à lui. Ils me permettent de retrouver ce temps où tout allait bien et où je pensais encore naïvement que ça durerait. Ils m'autorisent à me rappeler que cette époque là a vraiment existé. Ça ne fait presque que deux ans, mais elle semble tellement lointaine que j'en doute parfois.
Ma respiration est plus lente mais toujours un peu saccadée.
Je remarque un fin rai de lumière sous ma porte fermée et j'entends des pas dans le couloir. Qui sera le premier à venir me réconforter ce soir ? Le plus courageux, j'ai sûrement réveillé tout le monde avec mes cris.
Ma porte s'ouvre et je vois mon grand frère, Caspar, apparaître dans l'embrasure de la porte, un verre à la main. Il entre précipitamment en refermant la porte derrière lui.
Il vient directement s'asseoir à côté de moi et m'attrape par les épaules.
- Toujours le même cauchemar, je suppose ? souffle t-il, la voix pleine de sommeil.
J'acquiesce en attrapant le verre qu'il me tend. Je prends une gorgée d'eau glacée qui apaise un peu la boule dans ma poitrine.
-Qu'est-ce que j'ai mal fait, Caspar ? Où est-ce que j'ai manqué un épisode ? désespéré-je de ma voix encore pleine de sanglots en me rallongeant sur le matelas.
-Je ne sais pas, sœurette. Ce n'était pas de ta faute. Je sais que quelque part au fond de toi, tu essaies de comprendre tout ce merdier, mais il y a certaines choses qu'on ne peut pas empêcher ni comprendre. C'est simplement le destin. Arrête avec cette culpabilité. N'importe qui aurait réagi comme toi.
Je vois qu'il me couve du regard à la lumière de la Lune qui transperce les volets et j'imagine ses cheveux châtains en épi à cause de son réveil précipité.Une vague de sécurité m'emplit le cœur quand il me recouvre du drap.
Je ne l'ai jamais avoué à ma famille, mais je préfère largement quand c'est Caspar qui vient me réconforter la nuit. Pas seulement parce qu'on a toujours été proches tous les deux, et qu'on s'est toujours tout dit, mais aussi parce que mes parents ne savent jamais comment réagir, ils se confondent en «Ça va ?» et même si je sais qu'ils s'inquiètent parce qu'ils tiennent à moi, j'ai envie de les flanquer à la porte au bout de dix secondes. Contrairement à eux, Caspar a compris que je vivais avec mes cauchemars que je le veuille ou non, et que ça ne changerai pas. Il a accepté le problème alors que mes parents cherchent encore des idées inutiles pour me faire changer, comme par exemple m'envoyer chez un psy - ridicule. Malheureusement pour moi, Caspar n'est à la maison que pendant les vacances. Il étudie la biologie à Columbia donc il vit là-bas le reste de l'année. J'aimerais tellement qu'il soit ici plus souvent.
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Begin again - Harry Styles
ФанфикшнMadison, 18 ans, mène une petite vie tranquille en Caroline du Sud. Cette belle fille brune a tout ce qu'il faut pour être heureuse, une famille qu'elle aime, un merveilleux meilleur ami qu'elle connaît pratiquement depuis toujours et beaucoup d'am...
