Chapitre 14

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Je suis totalement assommée quand j'aperçois enfin le porche de la maison de Harry se dessiner au bout de la rue. Je ne fais même plus attention au mauvais état de la petite propriété ni à la sécheresse du gazon qui m'avaient frappée la veille en regardant cette bâtisse que je connais par cœur, tout ce que je vois est le moment où je pourrais enfin me blottir dans les bras de mon meilleur ami et sentir sa délicieuse odeur de réglisse.

J'ai beau avoir marché à peine une vingtaine de minutes, j'ai l'impression que cela fait des heures que je déambule seule dans les rues de Charleston. Mes jambes sont affreusement lourdes mais mon esprit l'est encore plus, oppressé partoutes ces horreurs que mon frère, mon propre sang, m'a crachées à la figure comme à une vulgaire étrangère.

Tout cela devient bien difficile à porter mais savoir que je ne suis qu'à quelques secondes de revoir Harry calme mes pleurs qui n'ont pas cessé depuis que j'ai quitté la maison.

C'est terrible de me dire que j'ai quitté la maison prend à partir de maintenant un tout autre sens, un sens auquel il va certainement falloir s'habituer.

Une nouvelle vague de pensées noires m'envahit et je me fais violence pour chasser de ma mémoire le visage enragé de Caspar devant la porte d'entrée et l'odeur réconfortante de citron frais qui règne toujours dans notre cuisine. Ou plutôt devrais-je dire la cuisine...

J'ignore un nouveau pincement au cœur pour ne pas m'écrouler sur le perron.

Je respire profondément avant d'appuyer sur la sonnette qui émet un tintement que je reconnaîtrais sûrement parmi des milliers d'autres.

Les secondes se font de plus en plus longues et personne ne vient répondre.

En regardant derrière moi, j'aperçois avec soulagement la voiture noire d'Harry garée dans l'allée. De quoi faire taire la petite voix sadique dans ma tête qui me rappelle que j'ai déjà vécu une situation similaire assez tragique.

Je n'ai pas le temps de me poser plus de questions car des pas effrénés qui dévalent les escaliers retentissent et convergent dans ma direction. Il est là.

La porte d'entrée grince en s'ouvrant quelques secondes plus tard, et je crois bien avoir les yeux aussi écarquillés que ceux de mon meilleur ami en le découvrant seulement vêtu d'un peignoir, une petite serviette blanche à la main et les cheveux encore humides.

Il est tellement... Tais toi, Madi.

Je vois peu à peu son expression passer de la surprise à l'inquiétude et il stoppe en plein vol un mouvement de sa main vers ses cheveux trempés.

- Madi, qu'est-ce que...

Il est bien trop occupé à m'ausculter sous toutes les coutures pour terminer sa phrase.

J'ai vraiment l'air si dévastée que ça ?

Sans que je contrôle quoi que ce soit, mes yeux se chargent de grosses larmes et je n'arrive plus à articuler le moindre mot, chaque syllabe acceptable qui me vient en tête demeurant pitoyablement coincée au fond de ma gorge tremblotante.

- Rentre, déclare Harry d'une voix anxieuse après quelques secondes d'attente.

J'obéis avec joie, toujours muette, et franchis le seuil de la porte.

Après avoir pris mon sac, Harry me guide rapidement à travers les différentes pièces de la maison et malgré ma vue brouillée par les larmes, je remarque vite que la décoration intérieure a beaucoup changée depuis le néant de ma dernière visite. Rien à voir avec ce qu'elle était avant bien sûr, mais les pièces ont été réaménagées avec des meubles de goût et l'atmosphère qui s'en dégage est chaleureuse. Constater que cette maison a enfin retrouvé son âme m'arrache un petit sourire, même si le cœur n'y est pas.

Begin again - Harry StylesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant