Et si...
Il vous était possible de changer d'apparence juste le temps d'une soirée telle une Cendrillon. D'être la belle Princesse du bal qui fera tourner les têtes et chavirer le Prince...
Pour Sophie, la marraine la bonne sorcière d'Halloween a so...
Je lève les yeux vers lui et, pendant une fraction de seconde, j'ai la sensation étrange qu'il ne touche plus vraiment terre. La lumière des citrouilles vacille, le vent se lève, et j'ai l'impression que la réalité elle-même se brouille un peu autour de lui. Peut-être est-ce juste la fatigue. Ou le sucre. Ou les deux. Mais je jurerais qu'à cet instant précis, Batman flotte légèrement au-dessus du sol, comme si ses bottes effleuraient à peine la terre.
Mais merde ! Ils ont foutu quoi dans leur cocktail ? Pas sûre qu'il n'y ait que de la citrouille !
Je n'ai jamais dansé de cette manière. Sans me poser de question, savourant tout ce qui m'entoure et surtout cet homme près de moi. Je me demande bien pourquoi... Peut-être car pour une fois, tu n'es pas la grosse Sophie, et que tu n'as plus tes deux pieds gauches. J'arrive même à danser en talons !
Ma tête se pose naturellement contre son torse. Je sens son cœur battre à toute allure. Le mien résonne en écho dans ma poitrine. Étrange... il semble plus nerveux que moi. Batman, le grand, le ténébreux, serait-il... perturbé ? Je souris malgré moi. Peut-être que la version revisitée de Rebecca lui plaît... Mais qu'est-ce qui lui plaît au fond ? La beauté sans charme de Rebecca ? Ou moi ? Je chasse vite ces questions car elles pourraient mettre un terme prématuré à cet agréable moment. Si je commence à me demander pourquoi Batman semble attiré par moi, je le sais, je vais s'autoflageller une fois de plus et partir à toutes jambes comme Usain Bolt.
La soirée est tout simplement merveilleuse. Magique, même. J'ai passé toute ma vie à me cacher, à observer les autres vivre, danser, rire, aimer. Et pour une fois, j'ai l'impression de faire partie du tableau. D'être l'héroïne, pas la figurante. Et ce garçon masqué... il incarne tout ce que j'ai toujours rêvé de trouver : la douceur, le mystère, la tendresse. J'ai l'impression de tomber amoureuse alors que cela ne fait que quelques minutes que nous nous connaissons. Mais pour la première fois de ma vie, malgré son masque, j'arrive à voir ce regard doux qu'il pose sur moi. Son corps se montrer si réactif face au miens. Je perçois son désir et son attirance pour moi. Tout semble naturel et instinctif. Tout ce que je n'ai jamais connu.
- Comment tu t'appelles ? ne puis-je m'empêcher de lui demander, ma tête reposant toujours contre son torse. Je le sens se tendre sous moi, mais il ne s'éloigne pas.
- Bruce, mais ne le dit à personne.
Il n'est pas décidé à révéler sa véritable identité et pourtant, cette frustration que je ressens me trouble de plus en plus. Je m'éloigne légèrement, plonge mon regard dans le sien. Il semble nerveux mais ne dit rien. Avec douceur, mes mains remontent le long de son torse, l'effleurent tout doucement et alors que mes doigts tremblent un peu, elles se lèvent doucement vers son visage. J'effleure le masque du bout des ongles. Il ne recule pas. Au contraire, il baisse légèrement la tête, comme s'il me donnait la permission. Je veux, j'ai besoin de savoir qui se cache là-dessous !
Je soulève lentement le masque noir. Nos regards se croisent. Et je reste sans voix. Son visage est... sublime. Pas juste beau. Ses traits sont fins mais marqués, sa peau claire éclairée par la lueur des citrouilles. Et surtout, ses yeux. Bleus. Clairs, profonds, presque familiers. Je fronce les sourcils. J'ai déjà croisé ce regard quelque part. Mais où ? Je fouille ma mémoire, sans rien trouver. Peut-être un rêve. Peut-être une vie antérieure. Peut-être tout simplement une overdose de sucre et de jus orange avarié.
Il me sourit. Et ses lèvres s'approchent lentement des miennes, comme s'il attendait mon accord. Je sens mon cœur exploser dans ma poitrine. Le monde autour s'efface. Plus de musique, plus de peur, plus de doute. Juste ce moment suspendu qui semble irréel. Quand il m'embrasse, tout devient flou. Le froid disparaît, le temps s'arrête. C'est doux, c'est chaud, c'est parfait. Et surtout... c'est vrai. Enfin, je crois. Je l'espère...
Je m'abandonne complètement à ce baiser, à cette sensation d'être enfin vue, désirée, vivante. Ses lèvres bougent contre les miennes, lentement, avec une tendresse que je n'ai jamais connue. Puis soudain, je sens une vibration contre ma poitrine. Un léger vrombissement, familier. Je recule un peu, confuse.
- Merde, le con ! lâche-t-il à voix basse. Désolé, je dois filer !
Avant même que je puisse dire quoi que ce soit, il remet son masque, me jette un dernier regard intense - presque douloureux - et s'éloigne. Non. S'envole.
Je cligne des yeux. Une bourrasque de vent me fouette le visage. Quand je rouvre les yeux, il a disparu. Je reste seule au milieu du parking désert, le cœur battant, les lèvres encore brûlantes de son baiser. Le silence retombe, seulement troublé par le grincement d'une toile d'araignée en plastique dans le vent. Je ris nerveusement, incrédule.
- C'était quoi, ça ? Une illusion ? Un rêve ?
Je suis seule. Seule, mais étrangement... légère. Peut-être que ce soir, la magie existe vraiment. Ou peut-être que c'est juste ce baiser qui a tout changé. Mais je fais tout de même l'amer constat suivant : il aura fallu que je sois quelqu'un d'autre pour espérer avoir un premier baiser. Honnêtement, ça pique un peu !
Je baisse alors les yeux sur le goudron du parking, finalement déçue. Mes yeux fixent ensuite cet objet isolé juste près de mes pieds. La boucle de ceinture en forme chauve-souris de Batman est là. Comme si c'était le signe qu'une partie de lui aurait voulu rester avec moi. Je m'empare donc le l'objet et le garde fermement dans ma main. J'observe ensuite l'heure qu'affiche ma montre et réalise qu'il est bientôt minuit... La fin du rêve ne va pas tarder à sonner. Je décide alors de rentrer chez moi, le cœur gonflé, les lèvres douces et chaudes.
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