19 - De la poudre aux yeux

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Je rentre à la maison, ou plutôt chez Rebecca, un peu trop sur les nerfs. Cette journée a été un désastre, un concentré de galères sous stéroïdes ! Tout va de travers et chaque heure réussit à battre la précédente dans le classement de la loose.  Si encore il n’y avait “que” ce foutu échange de corps, je pourrais presque m’y faire. Mais non. Il faut que la vie en rajoute une couche. Je dois jongler avec un Alex mystérieusement vexé, apparemment Batman a laissé plus de traces que prévu, supporter la bande de pom-pom girls au QI collectif d’une boîte de Smarties, occuper la place dorée du premier rang dans toutes les classes, merci Rebecca, et faire semblant d’adorer chaque minute de ce cirque.

Et le pire dans tout ça ? C’est ce vide que je sens dès que je pense à ma maison.  À ma mère. À Simon et même à Stessy ! À leurs rires un peu fous, à la façon dont ils m’appellent quand le dîner est prêt. Tout ça me manque. Tellement que j’en ai la gorge serrée. Alors ouais, aujourd’hui, j’en ai ma claque.  Du vernis, des sourires forcés et des faux-semblants. J’aimerais juste redevenir moi, même avec mes fringues ringardes et mes cheveux mal attachés.

Je referme la porte sans doute un peu trop fort, faisant trembler le miroir accroché sur le mur d’à côté.

— Becca ? C’est toi ?

—  Oui, c’est moi.

À la fois, qui veux-tu que ce soit, ai-je envie de lui balancer. Mais je m’abstiens, cette pauvre femme ne m’a rien fait et quelque part, même si elle est différente de ma mère, je vois bien qu’elle aime sa fille. J’imagine que Rebecca ne doit pas être très cool avec elle donc pourquoi je ne mettrais pas un peu d’eau dans mon vin pour me montrer agréable ?

Je m’avance vers sa mère, allongée sur le canapé. A quelque chose près, elle ne semble pas avoir beaucoup bougé depuis ce matin. Elle porte toujours cette immonde robe de chambre rose épaisse, ses cheveux blonds sont coiffés dans un chignon désordonné et ses yeux sont toujours rivés sur son écran de télévision.

— T’as passé une bonne journée ? me lance-t-elle sans même me regarder.

Bordel, c’est donc ça sa vie ? Tu m’étonnes qu’elle est conne l’autre greluche, c’est pas comme si elle avait un foyer aimant qui l’attendait dès qu’elle passait la porte. Je ne blâme pas sa mère, on ne connaît jamais toutes les parties de l’histoire, mais plus j’évolue dans la vie de Rebecca et plus je la plains.

Abuse pas non plus ! N’oublie pas toutes les vacheries qu’elle te sort à longueur de journée ! m’engueule ma conscience.
C’est vrai que la vie qu’elle mène n’est pas une raison pour laquelle Rebecca doit s’autoriser à se comporter comme une vraie pouffiasse. Et puis d’abord, si ça se trouve, sa mère est comme ça uniquement parce que l’autre peste ne lui montre pas non plus de l’intérêt ? A tester ! Après tout, je dois bien occuper un peu mon temps en attendant qu’elle me rejoigne. Non car ok on est dans le même bateau, mais on n'allait pas non plus se taper une soirée pyjama ensemble !

— Je pense qu’une journée en Enfer serait plus sympa.

Je suis sèche, sentant déjà son avalanche de questions indiscrètes.

— Ah le lycée… Je m’en souviens comme si c’était hier, me lance-t-elle. Tu sais, c’est à cette époque que ton père et moi nous sommes rencontrés. J’étais la capitaine des cheerleaders et lui le capitaine des Corbeaux.

Putain, donc c’est un truc familial ? Un cercle sans fin ?! J’ai envie de lui demander si elle était aussi garce que sa fille mais je m’abstiens.

— Ouais bah crois-moi, ça a changé en trente ans de ça.

Elle lève les yeux vers moi. Merde, elle est plus jeune ? Oups…

— Qu’est-ce qu’il s’est passé pour que ta journée soit si horrible ?

— Pas envie d’en parler…

Bah ouais, je vais pas lui dire que j’ai échangé de corps avec sa fille, je finirais à l’asile !

— Viens à côté de moi, on va regarder les Relookings de l’extrême, fait-elle en tapotant le canapé à sa droite.

— Regarder cette merde ? Non merci ! T’as pas un truc plus gaie pour changer ? Tu sais, au lieu de regarder la vie merdique des autres, ou ces conneries de télé-réalité qui ne montrent que de la poudre aux yeux, ça serait pas mal de sortir et rejoindre la vraie vie.

Merde ?! J’ai dit ça tout haut ? Je crois bien que oui ! Vu la tronche qu’elle me tire, je crains que les fils de son dernier lifting sautent. J’ai l’impression d’entendre ma mère ou Stessy. Il va vite falloir que tout ça se remette dans l’ordre ! Je suis en train de virer barjot là ça urge !

Je la laisse sur son canapé à l’odeur de cigarette froide et monte dans la chambre de Rebecca. Je laisse ensuite mon sac s’échouer au sol et me jette la tête la première sur le lit. J’attrape l’oreiller et crie plusieurs secondes contre le tissu. J’espère que mon plan va fonctionner. Rebecca et moi nous sommes données rendez-vous ce soir pour minuit ici, chez elle. Je croise tout ce qu’il m’est possible de croiser en espérant que ça fonctionne cette fois. Je file sous la douche ensuite. Je dois retirer toute cette masse de superficialité que j’ai sur la face. Si je pouvais me passer un coup de Karcher sur la gueule, je le ferais volontiers. Comment est-ce qu’elle fait pour se tartiner la tronche comme ça tous les jours ? Elle va droit vers un vieillissement prématuré de la peau ! 

Dans la salle de bain, je retire chaussure, chaussettes montantes, jupe, chemisier et tout le reste. Je regarde ce corps inconnu dans le miroir. Il est parfait, mais il n’est pas à moi. A cet instant, je regrette mon nombril enfoncé, mon postérieur flasque et même la tache de naissance que j’ai au niveau des côtes. Je touche cette peau, rêvant de la mienne, comme si j’allais muer tel un serpent. C’est très étrange cette sensation… Comme quand on se chatouille soi-même, on ne ressent rien. Bah là, c’est pareil. Rien.

 Rien

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Bibidi Bobidi BOOH !Des histoires addictives. Découvrez maintenant