Et si...
Il vous était possible de changer d'apparence juste le temps d'une soirée telle une Cendrillon. D'être la belle Princesse du bal qui fera tourner les têtes et chavirer le Prince...
Pour Sophie, la marraine la bonne sorcière d'Halloween a so...
Je suis perdue. Je ne comprends plus rien. La sorcière avait dit minuit putain ! Du moins selon mes souvenirs... Néanmoins, je suis toujours dans le corps de Rebecca, rien n'a changé. Non pas que ça me gène mais voilà, ce n'était pas prévu comme ça. C'est rigolo cinq minutes. C'est sympa pour faire une jolie rencontre le temps d'une soirée. C'est cool de rentrer dans un mini short.
Mais non, non, non !
Je ne peux pas rester comme ça. OK, demain c'est le week-end, mais si ça dure, lundi au lycée, il y a la répétition des pom-pom girls. Qu'est-ce que je vais foutre, moi, coincée dans ce corps qui appartient à la fille la plus populaire du bahut ? Je n'ai pas les codes, pas les réflexes et encore moins les pensées. Non car franchement, qu'est-ce que je vais bien pouvoir répondre à toutes ses "pinecos" écervelées quand elles vont venir m'accoster avec leurs questions à chier ? Au cas où ça aurait échappé à quelqu'un, je me fous pas mal du couple goal de stars du moment, du prénom du chihuahua le plus riche des States et de la dernière coupe de cheveux de Kim K ! Je sors de mes pensées en voyant Rebecca se mettre à chialer et à renifler comme un carlin. Les larmes coulent le long de mes joues potelées. C'est très étrange, je me vois comme dans un miroir. Oui, j'ai souvent l'habitude de croiser mon reflet les larmes aux yeux. Et là tout de suite, ça fait peine à voir.
Putain j'ai vraiment cette tronche quand je chiale ?!
— Faut pas te mettre dans cet état, t'es pas morte non plus, hein ! affirmais-je.
Elle relève son regard sur moi, me fusille de mes yeux noirs.
— C'est pire ! lance-t-elle entre deux sanglots.
Je grimace. Sympa la meuf.
— Bah merci, ça fait plaisir.
Connasse !
— Comment je vais faire lundi ?
Et moi patate ? Tu crois que je vais faire comment lundi ? Tu crois que j'ai prévu dans mon agenda de vivre dans ton corps ?
— Je vais pas supporter qu'on ne me regarde plus, avoue Rebecca, qu'on m'ignore. J'arriverai pas à encaisser les vacheries des autres. Moi, on m'aime. Tout le monde m'adore. Et Alex ? Il m'a traitée comme une bête de foire ce soir.
— Non mais t'es sérieuse ? A un moment donné, va vraiment falloir arrêter de se la raconter, se sortir les doigts du cul et allumer son cerveau ! Franchement, t'as rien dans le crâne et d'après ce que je comprends, tu ne peux miser que sur ton physique. T'as cru que t'aurais la classe toute ta vie ? La roue tourne tu sais ?
Non mais elle s'entend parler sérieusement ?! Elle a le don de me mettre les nerfs celle-là !
Je m'apprête à enchaîner quand une voix claque derrière mon dos :
— Qu'est-ce que t'as dit à ma sœur toi ? T'en as pas marre sérieux ? Vas-y, rentre chez toi pétasse !
Merde, Stessy ! Je ne sais pas ce qu'elle a entendu, ni ce qu'elle a compris mais je la regarde passer son bras autour des épaules de Rebecca en pleurs, ou plutôt de moi, tandis qu'elle m'adresse un regard assassin. Rebecca me jette un coup d'œil apeuré avant de se laisser entraîner vers la maison. Chez moi.
Super. Je suis dehors tandis qu'elle pénètre dans ma maison. Ironie du sort : peu importe dans quel corps je suis, on m'envoie bouler.
— Je fais quoi moi maintenant ? murmuré-je.
La réponse s'impose d'elle-même : me rendre chez Rebecca. Par chance, elle n'habite pas très loin de chez moi. Heureusement, je n'en peux plus de cette soirée. Tout avait pourtant si bien commencé. Une nouvelle identité, un costume d'enfer, un cavalier au top, mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin. Sauf qu'apparemment, la fin n'est pas pour tout de suite.
Garder le corps de Rebecca plus longtemps que prévu ne me gêne pas. Mais si on se pose vraiment et qu'on y réfléchit bien, comment gérer ce merdier ?
"Sois celle que tu souhaites juste quelques heures" ? Et mon cul, c'est du poulet ? Ah elle s'est bien foutu de ma tronche la foldingue !
J'arrive devant la maison de Rebecca et j'ai soudain la boule au ventre. J'ai peur de dire ou faire quelque chose de travers. Je ne connais pas ses parents, il m'est juste arrivé de les croiser quelques fois lors de réunions au lycée, ou pendant les fêtes foraines, mais ça s'arrête là. L'immense portail est ouvert. J'avance alors que ma tête me crie de tourner les talons. Je m'attarde un peu sur le décor, des hectares d'herbes et quelques arbres par-ci par-là. Pas de citrouilles sur le péron, pas de fantômes qui pendouillent aux branches, rien. Les seules toiles d'araignées qui règnent ici sont réelles. Je m'apprête à frapper à la porte mais je réalise que c'est censé être chez moi et j'abaisse la poignée comme étant la maîtresse des lieux.
Il est très tard et pourtant, j'entends la télé qui est allumée et renifle cette odeur de cigarette qui m'agresse les narines. J'avance vers ce que je pense être le salon et trouve la mère de Rebecca affalée dans le canapé, clope à la bouche, café sur la table basse, devant une émission sur la chirurgie esthétique.
— Oh Becca, ma chérie ! Tu es rentrée ? Viens t'asseoir, il y a ton émission préférée, annonce-t-elle enjouée.
Oh génial ! Franchement, je préférais largement mon programme télé à moi ! Netflix et mes chamallows me manquent. Je m'exécute tout de même et viens sagement me poser à côté d'elle, en restant silencieuse. J'espère passer inaperçue ! Manquerait plus que sa mère se rende compte qu'il y a une couille dans le pâté.
— Alors, ça a été ta soirée ? demande-t-elle, un nuage de fumée lui sortant des narines. Alex et toi, vous avez gagné l'élection du meilleur costume ? Il était déguisé en quoi déjà ?
Oups ! Ce soir, Alex, je m'en foutais pas mal. Je n'avais d'yeux que pour Batman.
— En gladiateur...
Je réponds uniquement à la question que je veux dans sa liste. Clairement, je ne sais pas quoi faire. Assise à côté de cette femme qui semble envahissante et déprimée, cherchant le moindre détaille croustillant que je pourrais lui avouer.
— Je suis fatiguée, je vais aller me coucher, dis-je en me levant.
Je la laisse là, scotchée à son émission glauque, et grimpe à l'étage en espérant y trouver ma chambre. C'est pas comme si cette connasse m'avait invité à ses soirées pyjamas ou à ses anniversaires. Mais le rez-de-chaussée est assez modeste et semble conçu un peu comme la mienne. Lorsque j'arrive sur le palier, je découvre immédiatement une porte sur laquelle est marquée son nom avec des strass, un gros pompon de cheerleader collé en dessous. Dès que je l'ouvre, aucun doute qu'il s'agisse de la bonne pièce. Tout me hurle "Rebecca" en pleine figure : du rose partout, des strass, des parfums sucrés, des photos de soirées et des posters géants des Kardashian.
Je m'écroule sur le lit, comme une feuille morte qui ne demande qu'à être balayée. Je ferme les yeux, priant pour que tout ça disparaisse au matin. Mais au fond de moi, une peur froide s'installe : et si la sorcière n'avait pas menti... et si c'était ça, la leçon ? Si son but était simplement de me montrer que ma vie est celle qui me correspond, que vouloir être quelqu'un d'autre n'est pas une solution, que je dois accepter celle que je suis dans ce corps que je hais...
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