17 - Sophie Einstein

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Je quitte le gymnase, encore rouge comme une tomate. Mon brushing parfait fait la tronche, mes cuisses collent et mes pompons me donnent envie de brûler tout le stock du local à costumes. Rebecca arrive à danser avec ces trucs, elle ? Comment fait-elle ? Si ça se trouve, elle a signé un pacte avec le diable de la coordination motrice ! J'en suis sûre même ! Après tout, j'ai bien été victime d'une "vieille" sorcière, je ne doute plus de rien maintenant.

Je traverse la cour en soupirant quand une voix grave m'interpelle !

— Hey, Becca ! Attends-moi deux secondes !

Je me fige. Merde...

Je n'ai pas besoin de me retourner pour savoir de qui il s'agit. Alex....

Le mec de Rebecca. Capitaine de l'équipe des Corbeaux, mâchoire carrée, regard sombre, sourire à faire fondre n'importe qui... n'importe quoi... même ma petite culotte ! Sauf que moi, dans le corps de Rebecca, j'ai le cœur qui bat à mille à l'heure.

Sauf que ce n'est pas vraiment mon Alex et que techniquement, il sort avec celle dont j'ai volé le corps. Bref, bonjour le malaise. Je pivote sur moi-même et alors qu'il s'approche pour m'embrasser, j'ai un bref mouvement de recul. Bah ouais, je suis une connasse qui s'amuse de la situation mais je ne suis pas désespérée au point d'embrasser le mec de Rebecca.

Quoi que... Je me suis bien laissée embrasser par un autre mec sans que ça ne me pose de problème hier.

Mais à ce moment-là, je pensais encore être en plein rêve. Est-ce toujours réel d'ailleurs ? J'en sais rien !

Il fronce les sourcils, ne comprenant pas ma réaction. Gêné, voir dérouté, il glisse une main dans ses cheveux en me fixant étrangement.

— T'étais où hier soir ?

— Hier soir ? Euh... au bal, pourquoi ?

— Ouais, au bal, répète-t-il en plissant les yeux. T'étais bizarre, non ?

Je hausse les épaules, essayant d'adopter l'air hautain et détaché de Rebecca. Merde, visiblement, je ne duppe pas tout le monde.

— Fatiguée, j'imagine. Trop de cocktails à la citrouille.

Il rit. Oh mon dieu, ce rire. Un mélange de confiance, de nonchalance et de légèreté. C'est le genre de rire qui donne envie d'y croire, de s'y accrocher, d'être la huitième merveille du monde.

— T'as pas dansé avec moi en tous cas, ajoute-t-il d'un ton presque boudeur.

Je sens mes joues chauffer car en réalité, j'aurais adoré danser avec lui.

— Ouais, j'ai eu d'autres priorités, marmoné-je en fixant mes chaussures.

— C'est ça, siffle-t-il entre ses dents. Un autre gars hein !

Son ton a changé, plus sec, plus piquant. Il s'avance, me fixe de ses yeux sombres. Je déglutis.

— On avait un accord Becca ! On sauve les apparences en étant ensemble et on fait ce qu'on veut dans l'intimité ! Tout le monde t'as vu et on ne fait que parler de ça depuis ce matin. T'étais genre, fusionnelle avec lui, souffle-t-il avec un sourire crispé.

Je ne comprends rien de ce qu'il me dit. C'est comme s'il parlait d'un arrangement entre eux. Se pourrait-il qu'entre Rebecca et Alex, ce ne soit pas vrai ? Impossible ! Ils sont ensemble depuis la seconde, trois ans qu'ils filent le parfait amour où leurs disputes et leurs réconciliations sont dignes d'un épisode de télénovela.

— Oh arrête, c'était juste un slow, tenté-je.

Putain, la boulette !

— Ouais c'est ça, dit-il amer. T'as changé Becca...

Il me regarde longuement, comme s'il cherchait quelque chose dans mes yeux. Un signe, une preuve que je ne suis pas vraiment elle. Ou alors, c'est juste moi qui me fait un film de plus.

— Ouais... T'as pas idée, murmuré-je plus pour moi-même que pour lui.

— Quoi ? dit-il plus fort.

— Je veux dire, parfois faut changer de point de vue pour comprendre ce qu'on a, tu vois.

Il cligne des yeux, surpris, presque attendri. Puis en fait, non, et enchaîne :

— Wow, tu fais dans la philosophie toi maintenant ?

Je ris un peu, nerveuse. Ouais, j'ai peut-être un peu abusé j'avoue. Je m'apprête à répondre quand une voix s'élève derrière moi :

— Rebecca ! Tu viens !

Ce n'est pas une question, c'est un ordre. Je pivote sur moi-même et me retrouve face à Rebecca version Sophie. Elle me fixe avec une expression que je connais bien : celle de la fille à bout, qui en a marre de jouer un rôle qui n'est pas le sien.

Alex lève un sourcil, perdu.

— Longue histoire, lui indiqué-je rapidement.

— Très longue, ouais !

Je sens la tension grimper. On dirait deux versions d'un même mensonge prêtes à exploser en plein jour. Je souris maladroitement à Alex.

— On doit parler, c'est urgent.

Il ouvre la bouche pour répondre, mais je ne lui en laisse pas le temps. Je prends Rebecca par le bras et l'entraîne à l'écart, derrière le bâtiment.

— Non mais t'es malade, souffle-t-elle. D'où tu dragues mon mec.

— Eh tout doux le doberman ! Je te signale qu'il a voulu m'embrasser et que j'ai justement gardé mes distances.

— Faut que je redevienne moi et que toi tu reprennes ton corps ! Ça ne peut plus durer !

— Ouais, dis-je en grimaçant. Pour une fois qu'on est d'accord...

J'avoue qu'être dans le corps de Rebecca est appréciable et que je n'ai pas du tout envie de reprendre possession du mien. Néanmoins, plus le temps passe et plus je prends conscience que sa vie n'est pas aussi géniale qu'elle laisse paraître. Des sourires contrefaits, une mère à l'ouest, un père absent, des copines en carton et un faux mec, franchement, ça fait pas rêver tout ça !

— Faut qu'on trouve une solution...

— Et t'as une idée peut-être, Einstein ! balance-t-elle.

Je soupire, réfléchis...

— Ouais, on était sur mon porche à minuit et ça n'a pas fonctionné. Où étais-tu lorsque tu t'es réveillé en "moi".

— J'étais chez moi, pourquoi ?

— Parce que si c'est là que tout a commencé pour toi, alors logique que ce soit l'inverse. Peut-être qu'on doit être toutes les deux là-bas pour inverser le sort.

Rebecca semble réfléchir puis finit par hocher la tête.

— Très bien. Mais si à minuit, je suis toujours coincée dans ta peau, je te jure que je fais un carnage de ton propre corps.

— Marché conclu, dis-je en levant les yeux au ciel.

Si elle pense m'atteindre avec ça... Mon corps entier est déjà en chantier ! Un peu plus, un peu moins, je ne vois pas ce qu'elle pourrait faire de plus !

 Mon corps entier est déjà en chantier ! Un peu plus, un peu moins, je ne vois pas ce qu'elle pourrait faire de plus !

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Bibidi Bobidi BOOH !Des histoires addictives. Découvrez maintenant