Et si...
Il vous était possible de changer d'apparence juste le temps d'une soirée telle une Cendrillon. D'être la belle Princesse du bal qui fera tourner les têtes et chavirer le Prince...
Pour Sophie, la marraine la bonne sorcière d'Halloween a so...
Allez, c'est parti pour une dernière heure de souffrance ! Et pour clore le combo de la mort, c'est... cours de maths. Rien que le mot me donne envie de me jeter par la fenêtre. Petit récapitulatif de mon état mental :
1 : La tête dans le cul 2 : Les neurones en vrac 3 : Le rythme de vie envolé à l'autre bout de la planète. 4 : Et, cerise sur le gâteau : les équations à trente-six inconnues.
Ma passion ! Nan, je déconne évidemment...
Je pousse la porte de la salle 204, le royaume de Madame Ducos, reine incontestée du tableau plein de symboles incompréhensibles. L'air sent la craie, le café froid et...Non, c'est pas possible. L'haleine d'aïoli de Madame Ducos. Poney post-apéro à l'ail. Je manque de reculer.
- Bordel, c'est quoi ça... soufflé-je entre mes dents.
Une larme me monte presque à l'œil. Je vais m'installer au premier rang, comme Rebecca le fait toujours. Grosse erreur. Je comprends instantanément pourquoi je préfère être planquée au fond, près du radiateur. Là-bas, c'est ma zone de confort : anonyme, invisible, tranquille. Ici, c'est le purgatoire. Je sens le regard de Ducos dans mon dos avant même qu'elle ait ouvert la bouche.
Plus la journée avance, plus je me dis qu'elle a vraiment une vie de merde la star du lycée.
La salle, comme toujours, ressemble à un zoo avant la fermeture : des téléphones encore collés aux mains de certaines, des chewing-gums claqués comme des tambours, et les Corbeaux, l'escouade de rebels du fond, qui ricanent en balançant des boulettes de papier.
Debout au premier rang, je me tourne et regarde cette masse d'élèves avec un peu de recul. Je les observe l'un après l'autre, en ayant soudain l'impression de lire en eux. C'est comme si je les voyais tous les jours sans jamais vraiment les regarder. Faut dire qu'en temps normal, je reste enfermée dans ma bulle sans vraiment faire attention aux autres.
Mon regard finit par tomber sur elle, sur moi. Enfin, sur Rebecca dans mon corps. Assise au fond, sweat noir trop grand, regard vide. Elle a l'air... perdue. C'est étrange. Je me surprends à avoir mal pour elle. Pour moi aussi. Deux filles coincées dans des peaux qui ne leur appartiennent pas.
Et puis, au milieu de la salle, lui. Je le reconnais. Je le sens. Ce "Bruce". Mon Batman d'Halloween. Le masque est tombé depuis longtemps, mais ce regard... je ne peux pas me tromper. Je me souviens encore de ce slow, de son souffle contre ma joue, de la manière dont son cœur battait trop fort. Et là, maintenant, il m'évite.Il fixe son cahier, tourne une page inexistante, l'air de rien.
Non. Pas possible. Je veux comprendre. Alors, sans trop réfléchir, je prends mon sac et me dirige vers lui. La chaise à côté est libre. Je m'y installe. Les têtes se tournent. "Rebecca" qui quitte le premier rang pour aller s'asseoir à côté d'un garçon ? Événement national.
Je croise le regard de la vraie Rebecca, au fond. Ses yeux s'écarquillent. Je lui rends un petit sourire narquois. Ouais, je sais. C'est pas très intelligent, surtout après la scène de ce matin avec Alex. Mais franchement, j'en ai marre de calculer chaque geste. Bref, tout le monde s'en remettra, il n'y a pas mort d'homme ! Batman, Bruce ou peu importe qui c'est, me regarde m'asseoir, perplexe. J'ai grave les boules qu'il ait fait comme si rien ne c'était passé. Le soir d'Halloween, il a été avenant, rigolo, entreprenant, timide parfois mais juste ce qu'il faut, presque romantique même. Je ne comprends pas ce soudain revirement de situation. J'ai besoin de comprendre. En ce moment, on va dire que niveau "compréhension et résolution", c'est pas top !
- Salut... Bruce, tenté-je.
- Salut... Harley...
Je sens mon coeur rater un battement. Bordel il se rappelle en fait ! Il ne me regarde pas, se contentant de faire semblant de lire une page vide dans son agenda.
- J'peux te poser une question ? chuchoté-je.
- Euh... ouais...
- Il s'est passé quoi entre hier et aujourd'hui ? T'as perdu Robin ? Ou t'as juste décidé de redevenir un type mystérieux ?
Il sourit timidement mais ne me regarde toujours pas, ne prononce pas un mot.
- Et t'es qui en fait ? Tu sors d'où ?
- Écoute, on va en rester là, Rebecca... Comme un con je me suis laissé emporté le soir d'Halloween. Ou alors j'ai mal digéré le jus de citrouille, va savoir... Ça fait deux semaines que je suis à Delacroix, dans ton cours de maths depuis ce même temps. La preuve que tu ne fais attention qu'à toi...
- C'est faux, je ne suis pas comme ça, m'énervé-je.
- Ok... Comment je m'appelle ?
- Bah Bruce ! m'exclamé-je en levant les mains en l'air.
Je crie au lieu de parler. Toute la classe s'est figée. Madame Ducos se retourne, marque une pause dans son équation infernale.Tout le monde nous dévisage et je ne trouve rien de mieux que de balancer un pauvre "vous voulez ma photo ?".
Bruce se lève et remballe ses affaires.
- Tout comme tu n'es pas Harley, je ne suis pas Bruce. Passe une bonne journée Rebecca...
Et il s'éloigne.
Je le regarde s'asseoir à l'autre bout de la classe, à côté de... moi. Enfin, de Sophie dans mon corps. Mon ancien moi. Je reste figée, les mots bloqués dans la gorge. Sa phrase tourne en boucle : "Tu ne fais attention qu'à toi..." Sa phrase me tord les tripes.
Ok, Rebecca est égoïste, superficielle, obsédée par sa petite personne. Mais si ce garçon est là depuis deux semaines et que moi, Sophie, je ne l'avais jamais remarqué non plus...Alors je ne vaux pas mieux. Je regarde alors de loin cette scène qui me pique en pleine poitrine, le faux Bruce assis à côté de la fausse Sophie. Ironie du sort numéro deux : C'est moi la Belle mais le prince préfère la compagnie de la Bête. Je regarde la scène, impuissante. Lui, penché vers moi, un sourire timide sur les lèvres. La vraie Rebecca qui relève la tête, surprise mais touchée. Et moi, de ce côté du miroir, coincée dans une peau parfaite mais vide.
Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.