27 - Baiser volé

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Rebecca dans le corps de Sophie

La séance à peine terminée, je sens mon cœur taper dans ma poitrine comme si j’avais couru un marathon. Pas un mot n’est sorti de ma bouche sans que Sophie ne me souffle quelque chose dans l’oreillette… et pourtant, je me suis rarement sentie aussi libre ou peut-être bien aussi terrifiée. J’avais peur de faire une connerie, d’être finalement plus moi que je ne suis elle. Je m’y perds avec tout ça et je prends conscience que ma vie réelle est loin d’être quelque chose de vrai. Ce n’est qu’une parodie et j’ai pris conscience ce soir que je voulais vivre des moments comme celui-ci. Simple et sincère.

A plusieurs reprises, Luka me regardait avec cette intensité qui fait perdre tous ses moyens. Moi, Rebecca Morel, reine du lycée, terrorisée par un garçon parce que je me trouvais dans le corps de Sophie. Il y a encore un mois, j’aurais ri à l’idée. Mais peut-être que ce qui me fait le plus flipper, c’est que j’aimerais être elle, qu’au fond de moi, je n’ai pas forcément envie de retrouver ma place. Du moins, si un jour c’est le cas, je me fais le serment de ne pas reprendre ma vie telle qu’elle était auparavant.

Nous marchons côte à côte vers l’extérieur du cinéma. L’air frais me frappe au visage et je me sens presque moi-même. Une sensation étrange. Comme si je redevenais moi… mais meilleure. Derrière nous, à quelques mètres, je sais que Sophie nous suit discrètement, changeant de trottoir dès qu’on se retourne, croyant que je ne la vois pas. Évidemment que je la vois. Je la connais mieux que je ne pensais.

— C’était super, dit Luka d’une voix douce.

Je souris faiblement ressentant sincèrement le même sentiment.

— Oui… merci pour ce soir.

Il me regarde comme si j’étais la septième merveille du monde. Dans mon corps, j’ai souvent eu ce genre de regard mais ils ne semblaient pas si sincères, si vrai. Ses yeux brillent, et je sens Sophie dans mon oreillette qui murmure un petit :

— Oh mon dieu… Il fond…

Je réprime un rire.

— Tu veux que je te raccompagne ? propose-t-il en glissant ses mains dans ses poches.

J’acquiesce, nerveuse. J’entends Sophie râler, elle s’inquiète et c’est normal :

— Vas-y Rebecca. Mais fais attention…

Je ne sais pas si elle se parle à elle-même ou à moi.

Nous marchons donc, tranquillement, les lampadaires dessinant des halos dorés sur le trottoir. Luka me raconte un souvenir d’enfance avec son frère, quelque chose de drôle qui me fait vraiment rire cette fois. Pas un rire forcé, pas un rire pour plaire.  Un vrai rire, qui fait chaud au ventre.

Arrivés devant la maison de Sophie, il s’arrête. Je sens son malaise, ou plutôt son hésitation. Il se rapproche un peu. Pas trop. Assez pour que je sente la tension. Sophie retient son souffle dans l’oreillette et bizarrement, moi aussi.

— Sophie… murmure-t-il.

— Oui… ?

Il avance sa main, effleure ma joue. Mon cœur explose.

Il va m’embrasser.

Il veut l’embrasser ELLE !

Et là, même si je joue le rôle de Sophie, même si je porte sa voix, ses gestes, ses expressions… Je ne peux pas. Je ne dois pas !

C’est son moment.

Sa chance.

Son histoire.

Son émotion.

Son sentiment.

Pas le mien.

Je recule très doucement.

— Luka… je, soufflé-je en reprenant mon souffle d’une voix tremblante. Je ne peux pas. Pas ce soir …

Il ouvre un peu les yeux, surpris, mais il n’a pas l’air vexé. Juste attentif et presque soucieux. Comme s’il craignait d’avoir fait quelque chose de mal.

— Tu vas bien ? demande-t-il doucement.

Je hoche la tête.

— Oui. Plus que tu crois, réponds-je en déglutissant péniblement. Mais il y a des choses que j’aimerais faire au bon moment. Vraiment au bon moment.

Je vois dans son regard qu’il a compris que c’était important. Pas un caprice. Pas un refus. Un choix. Celui d’offrir à Sophie la chance de pouvoir l’embrasser.

Il sourit alors, un sourire patient et tendre.

— D’accord.

Il touche ma main du bout des doigts avec une douceur qui me fait frissonner de la tête au pieds.

— Je peux attendre.

Je manque de fondre en larmes. Ça, c’est ce qu’une fille mérite. C’est ce que Sophie mérite et ce que je mérite également. Pas ces mecs qui me courent après pour mon physique ou ma popularité. Ceux que j’ai l’habitude de côtoyer bien trop souvent.

— Bonne nuit, Sophie.

— Bonne nuit, Luka.

Il s’éloigne, pas trop vite, jetant quelques regards en arrière.

Sophie sort de sa cachette, toujours dans mon corps, et me rejoint dès qu’il tourne au coin de la rue.

— Oh mon dieu Rebecca ! J’ai TOUT entendu ! Tu as dit non alors que… il voulait t’embrasser !

— Il voulait t’embrasser toi Sophie, la vraie toi, pas cette mascarade que je lui offre. Je ne voulais pas te voler ce moment.

Elle essuie une larme.

— Merci.

Je souris. Un vrai sourire.

— C’était ton moment, pas le mien. Et puis…

Je m’approche, la regarde droit dans les yeux.

— Il t’aime vraiment, Sophie. Pas ta façade. Pas ton costume. Toi.

Elle rougit comme si elle était redevenue une gamine de cinq ans. Ça lui va tellement bien que j’en ai presque envie de la serrer dans mes bras.

— Allez, viens, dis-je. On a une soirée pyjama qui nous attend.

 On a une soirée pyjama qui nous attend

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Bibidi Bobidi BOOH !Des histoires addictives. Découvrez maintenant