Et si...
Il vous était possible de changer d'apparence juste le temps d'une soirée telle une Cendrillon. D'être la belle Princesse du bal qui fera tourner les têtes et chavirer le Prince...
Pour Sophie, la marraine la bonne sorcière d'Halloween a so...
Toujours sous le choc du départ de Batman, ou Bruce Wayne, je ne sais plus vraiment, je reste plantée là, au milieu du parking désert. Le vent siffle soulevant les feuilles mortes et faisant voler mes couettes bicolores. Tout est silencieux, trop silencieux. Cette soirée est plus qu'étrange et je me demande encore si je ne suis pas dans un rêve. Je me dis que peut-être, je me suis tout bonnement endormie devant mon film, K.O. suite à mon ingurgitation massive de fraises Tagada. Franchement, à quelle heure une préménopausée viendrait frapper à ma porte pour jouer avec sa baguette magique de chez IKEA ? Et imaginons que ce soit vrai, par quel moyen elle aurait réussi à me transformer en cette bitch de Rebecca ? Et d'ailleurs, elle était où cette conne ?
Je check l'heure sur mon téléphone : 23:48.
Merde ! Je dois me bouger le cul.
La maison n'est plus très loin, mais si jamais tout ça est vrai, et si ça devait se passer comme au moment de la métamorphose, j'aimerais mieux éviter de me taper un coma sur le trottoir ! Si ce bordel magique existe vraiment, j'ai douze minutes avant de redevenir... moi. Je me mets à trottiner.
Le lycée s'éloigne, la route file sous mes bottines. Je ne cours pas, non, j'ai trop peur de me casser la gueule, disons que j'avance vite, très vite, genre "mamie en marche rapide avec playlist Zumba dans les oreilles". Les coudes bien serrés, les fesses qui font un mouvement chelou, et les seins qui se prennent pour un métronome. Une pure vision de grâce et de sensualité. Si quelqu'un me voit, je déménage de l'autre côté de la planète.
Ça y est ! Je vois la maison. 23:53 ! Bordel !
J'accélère le pas. Laisse tomber la démarche classe et assurée. Il y a de la lumière, ma mère et Simon ont dû rentrer depuis longtemps maintenant. Ils doivent sans doute se demander où je suis passée. Ou pas... Ils m'imaginent sûrement en train de ronfler avec des chamallows sur l'oreiller.
Deux minutes ! Tu as deux minutes bordel ! Mais je me dis maintenant que je ne peux pas passer la porte en Rebecca et attendre que ça passe. Ma mère risque d'avoir une attaque direct ! Merde, je fais quoi ? J'me planque dans le jardin cinq minutes ? Ouais, on va faire ça. Mais alors que je pose ma main sur le portillon, je tombe nez à nez, avec moi-même...
C'est quoi ce délire ?!
— Sophie ? demande la meuf d'en face déguisée en bonne sœur.
Je l'avais bien dit, Sister Act, la toge noire, seul costume capable de me camoufler. Mais je réalise alors que si moi je suis dans le corps de Rebecca et que mon corps à moi se balade dans la nature, là-dessous, il ne peut y avoir que...
— Bordel, Rebecca ?!
— Shhh... fait-elle en mettant son index sur ma bouche. T'imagines si quelqu'un t'entends ?
— Bah oui, pardon, c'est que c'est honteux d'avoir ma gueule, j'avais oublié.
Je suis claire, nette et précise. Je n'ai pas souvent l'occasion de l'envoyer bouler. Pour une fois, les rôles s'inversent et ça fait du bien. Elle ne sait pas ce que c'est elle de devoir se faufiler dans les couloirs du lycée, craignant une avalanche de moqueries. Elle ne sait pas ce que c'est de devoir passer tous ses repas seule au réfectoire. Elle ne saura jamais ce que ça fait de se sentir en dessous de tout, finissant par se persuader qu'on est cette chose insignifiante qui mérite uniquement le mépris des autres.
— Ouais bah, enlève-moi ça maintenant OK ! m'ordonne-t-elle. Rends-moi mon corps immédiatement !
— Tu m'as prise pour Hermione Granger ou quoi ? T'as cru que j'avais une baguette magique dans la poche ? Wigardium Pouffiassa ! lancé-je en simulant une baguette dans ma main et l'agitant devant sa tronche. J'ai rien fait. Il y a une folle qui est venue chez moi tout à l'heure, elle m'a comme, jeté un sort...
Rebecca pouffe de rire, se moquant de moi une fois de plus.
— Et il disait quoi le sort de ta schizo ?
Je fouille dans ma mémoire, incapable de me souvenir précisément de ses mots. Tout est un peu trop flou, faut dire que je ne la prenais pas au sérieux la vieille. D'ailleurs, est-ce que je prends encore toute cette histoire au sérieux, je n''en sais trop rien.
— Roh... Je sais plus moi. Blablabla, à minuit c'est fini quoi.
Elle me fixe, fronce les sourcils pas vraiment convaincu par ce que je lui raconte. Je la comprends, pas trop cohérente la meuf. Mais faut dire que toute cette histoire est bourrée d'incohérences donc on n'est plus à un détail prêt. Rebecca qui se trouve dans mon corps hausse les épaules. Je la détaille, réalise que finalement je ne suis pas si moche que ça. D'un point de vue extérieur, je n'ai pas le même regard sur moi que lorsque je me trouve dans mon propre corps. Ca serait bien que je m'en souvienne quand tout sera redevenu normal. Mais en ai-je vraiment envie ?
— Bah on a qu'à attendre minuit alors, fait-elle en croisant les bras sur sa poitrine.
C'est qu'elle n'est pas conne quand elle s'y met. Sauf qu'au fond de moi, je ne suis plus vraiment sûr de vouloir redevenir celle que j'étais avant. Si je recroise Batman ou Bruce Wayne, sera-t-il capable de me regarder et de s'intéresser à moi, j'en doute. Je sors mon téléphone portable de ma poche, attendant l'heure du verdict.
— Merde, lâché-je en regardant l'heure sur mon téléphone. Il est 00:04...
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