21 - Soirée pizza et tralala

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Une fois sortie de la douche avec une serviette rose sur la tête, on frappe à la porte. La poignée s’abaisse timidement, je vois alors le visage de Madame Morel apparaître.

— Je peux entrer ? demande-t-elle la voix presque éteinte.

— Oui…

Je m’installe sur le lit de Rebecca, sa mère préférant rester debout près de la porte.

— Je suis désolée…

Je pense à ma mère, elle me manque. Son regard doux et compréhensif me manque. Ses petites phrases réconfortantes et bienveillantes me manquent.

— Tu n’as pas à l’être… Tu as raison. Je ne me suis pas rendu compte que j’étais en train de m’effacer, de me noyer le cerveau avec toutes les conneries que je regarde à la télé. Merci… lâche-t-elle finalement. Merci de te soucier de moi.

Mon Dieu, elle me fait de la peine. Et quand j’ai de la peine, ma mère sait ce qu’il me faut, peut-être que ça aura le même effet bénéfique sur la mère de Rebecca.

— Ça te dit qu’on sorte manger une pizza ? fais-enjouée.

Elle acquiesce d’un signe de tête. Chacune se prépare de son côté et nous nous retrouvons dans le hall d’entrée quelques instants plus tard. La voir apprêtée me fait plaisir. Une petite robe fleurie, une veste en jean, des bottines et ça change tout. Elle a mis du mascara et un peu de rose sur ses lèvres. Je souligne l’effort d’un sourire tendre. Elle est tellement plus jolie ainsi. Je suis heureuse d’avoir accompli une bonne action durant ma “punition”. Si au moins ça peut servir à quelque chose…

Nous montons dans sa voiture et la musique d’un vieux CD se lance. Une fois ma ceinture bouclée, je regarde sur la boîte la liste des titres. Merde, toute la playlist date d’avant ma naissance. Je repense alors à ma soeur qui raffole des vieux CD de ma mère. Même sa voix quand elle chante me manque. Je n’aurai jamais osé penser une chose pareille. Oui, Stessy me manque.

Ah j’ai trouvé !

J’appuie sur la flèche jusqu’à la chanson numéro 7. Les premières notes me font sourire, la mère de Rebecca aussi. C’est à tue tête que nous nous mettons à chanter, et putain ce que ça fait du bien ! Je songe encore à Stessy qui chante toute la journée des chansons plus ou moins vieilles, plus ou moins douteuses aussi. Je ris, nostalgique, les larmes aux coins des yeux. Promis quand tout ça sera réglé, j’irai chanter une chanson du Moyen-Age avec ma sœur !

— “Viser la Lune, ça ne me fait pas peur. Même à l’usure j’y crois encore et en cœur. Des sacrifices, s’il le faut j’en ferai. J’en ai déjà fait. Mais toujours le poing levé !”

Nous crions ces paroles comme deux gamines, plus  qu’une libération, une prière…

J’espère sincèrement que l’inversion de ce soir marchera. Je me suis laissée attendrir par Madame Morel, si j’ai pu lui faire ouvrir les yeux, tant mieux. Mais je veux reprendre ma vie.

***

Pour une fois, la mère de Rebecca s’est couchée dans son lit. Pas d’émissions pourries au programme ce soir. Madame Morel devrait bien dormir ce soir. Une bonne pizza dans le ventre, un karaoké improvisé dans la voiture et des discussions interminables sur tout et rien. J’ai parfois eu un pincement au cœur quand j’ai pensé au fait qu’avec ma famille, même pour ça, je reste dans mon coin. L’excuse de mon corps que je ne supporte pas ne devrait pas exister avec eux. Ils sont ma famille et n’ont jamais jugé mon physique. Je sais que le jour où je récupérerai mon corps, les choses vont changer. J’en ai assez des barrières invisibles que je me mets sans cesse. Moi aussi je veux profiter avec eux !

Il est presque minuit quand j’entends quelque chose taper contre la fenêtre de la chambre. J’ouvre et baisse la tête et trouve Rebecca, prête à lancer une nouvelle pierre contre la vitre.

— Mais t’es folle ! chuchoté-je un peu trop fort. Tu vas péter le carreau !

— Bah viens m’ouvrir !

Je referme la fenêtre et quitte la chambre pour rejoindre le rez-de-chaussée. Je fais bien attention de ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller sa mère. Je déverrouille la porte et laisse entrer la star dans son antre. Elle observe un peu partout, comme si elle n’était pas venue depuis dix ans.

— Viens, on monte, dis-je.

Nous nous rendons alors dans sa chambre. Elle a limite les larmes aux yeux en entrant à l’intérieur. Elle se jette sur son lit et “fait l’étoile”, puis soupire d’aise.

— Comme c’est bon de rentrer à la maison…

— Avec un peu de chance, ce soir c’est toi qui dors ici…

23H58…

Ça y est ! Encore deux minutes et nous serons fixées. J’espère de tout coeur que ça va fonctionner. J’ai eu un aperçu de la vie de Rebecca et franchement je ne l’envie pas. Il est vrai que par le passé, plus d’une fois j’ai eu envie de vivre sa vie mais avec le recul, je prends conscience qu’il n’y a rien de cool à être elle. Je n’ai pas non plus envie de redevenir celle que j’étais, mes kilos en trop me pourrissent la vie mais détruisent également ceux qui m’entourent. Je dois reprendre ma vie en main bordel ! J’ai même pas dix huit ans, il serait grand temps que je me sorte les doigts du cul.

Nous patientons les deux minutes restantes assises au bord du lit, comme si nous étions punies. Mais je sens soudain un immense courant d’air traverser la pièce. Nous frissonnons en même temps, nous regardant perplexes.

— T’as bien fermé la fenêtre ? me demande Rebecca.

Mais je n’ai pas le temps de lui répondre qu’une sorte de tornade s’incruste au beau milieu de la chambre. L’air tourbillonne sous nos yeux effarés. Tous les bibelots s’envolent pour finir par terre. Les cheveux de “Sophie” me fouettent le visage et je sens mon brushing se faire la malle. En trois secondes, la pièce est devenue un bordel sans nom. On dirait que la troisième guerre mondiale a éclatée ici. La tempête finit par s’estomper et je la vois, je la reconnais…

Une vieille femme, pas si vieille que ça finalement avec le recul. Dépourvue de son costume d’halloween mais conservant cet air supérieur qui la caractérise. Pas besoin de lui demander qui elle est ni ce qu’elle fiche ici, sa simple manière de nous scruter me confirme mes pensées. On va passer un sale quart d'heure !

— La sorcière d’halloween… murmuré-je.

— La sorcière d’halloween… murmuré-je

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Bibidi Bobidi BOOH !Des histoires addictives. Découvrez maintenant