Et si...
Il vous était possible de changer d'apparence juste le temps d'une soirée telle une Cendrillon. D'être la belle Princesse du bal qui fera tourner les têtes et chavirer le Prince...
Pour Sophie, la marraine la bonne sorcière d'Halloween a so...
Le réveil sonne. Enfin, "sonne", c'est un mot gentil. Le réveil rose bonbon de Rebecca, posé à côté de ma tête, se met à hurler Barbie Girl comme si une armée de poupées psychotiques s'étaient données rendez-vous dans ma chambre. Je sursaute, manque de me vautrer hors du lit et jette le réveil contre le sol d'un revers de main pour le faire taire. Silence. Enfin.
Je relève la tête, les cheveux en bataille.
6h00 ! SIX HEURES DU MATIN.
Je fixe l'écran comme si j'espérais que les chiffres se changent en 8H00 comme par magie, après tout, j'ai changé de corps, pourquoi ça ne fonctionnerait pas avec le réveil ?
— Elle est complètement cinglée. C'est pas humain de se réveiller à une heure pareille, marmoné-je d'une voix pâteuse.
Je me frotte les yeux, tâtonne autour de moi. Le lit est immense, le matelas si moelleux qu'on pourrait y disparaître à jamais. Et la chambre... un musée. Tout brille, tout sent la vanille et la perfection. Il y a des flacons de parfum sur la coiffeuse, des bougies qui n'ont jamais brûlées, et même un coussin en fausse fourrure avec "Queen" brodé dessus. Je lève les yeux au plafond, rose lui aussi...
Bah oui, il faut bien trois heures à Madame pour se transformer en déesse du lycée. Pendant que moi, à cette heure-là, je suis encore en phase coma profond, avec la trace du coussin sur la joue et un filet de bave en bonus.
Je me traîne jusqu'à la salle de bain et me passe un peu d'eau sur le visage. Même au réveil, c'est choquant : Rebecca a des cils parfaits, une peau impeccable et un nez de magazine. J'ai presque envie de m'applaudir dans le miroir.
Je file ensuite dans le dressing et là je suis bouche bée. C'est un truc de malade la masse de fringues qu'elle a là-dedans ! Finalement, c'est plutôt cool ce changement de peau. Je vais pouvoir porter des choses que je n'aurai jamais osé mettre. Me sentir belle et bien apprêtée, je ne me souviens pas de la dernière fois où ça m'est arrivé. Je teste mille et une combinaisons possibles avant de faire mon choix. Ma décision finale se porte sur une jupe plissée noire et rose pâle qui m'arrive au dessus des genoux avec un chemisier noir et une blouse bordeaux. J'enfile chaussettes montantes à paillettes et bottines noires. Je me regarde dans le miroir. Pas mal. Vraiment pas mal, même. Je pensais Rebecca "fraîche au réveil", la fille qui se lève déjà belle et prête à défiler. Spoiler Alerte, ce n'est pas le cas ! Entre le mascara qui colle et le fond de teint à étaler comme du plâtre, je découvre la vérité. La fille parfaite du lycée... bosse dur pour l'être. Étrangement, ça me fait plaisir.
— Cette fille est humaine, bordel, soufflé-je avec un petit sourire.
Je finis avec un gros chouchou et me fais une queue de cheval haute. Je me penche, redresse la tête. Dans le miroir, une version 2.0 de moi me regarde. J'ai l'impression d'être Britney Spears dans Baby One More Time et franchement, j'adore ça !
Une fois mon sac sur l'épaule, je dévale les marches pour arriver dans le hall d'entrée. Pas un bruit. Je jette un rapide coup d'œil au salon et trouve la mère de Rebecca affalée dans le canapé. Je m'approche histoire de voir si elle est toujours vivante. Mes yeux se figent sur la table basse et je peux constater qu'elle a dû passer la nuit devant son émission. Le cendrier est rempli de mégots et il reste une gorgée de café au fond de sa tasse à moitié sèche. Je m'empare du plaid aux couleurs de Noël qui est posé à ses pieds et la couvre. J'ai une pointe au cœur en regardant la scène de plus près. Cette femme à l'air si triste et seule, enfermée chez elle devant la télé à se nourrire de toutes les conneries qu'on peut y regarder. Je n'ai pas vu l'ombre de son père d'ailleurs. Mais je crois qu'il est souvent en déplacement pour son travail. Je sors de ma mélancolie lorsque la mère de Rebecca se met à respirer comme un camionneur asthmatique.
Je reste un instant là, debout, à regarder cette image triste dans une maison trop silencieuse. Moi qui pensais que Rebecca avait tout... Je me trompais. Bon, c'est pas le tout, mais va falloir se bouger le train !
Je file dans la cuisine, embarque deux paquets de Pitch à la pomme dans mon sac : réflexe de survie. Rebecca a peut-être des toasts à l'avocat dans le frigo, mais moi j'ai mes priorités. Je me dirige vers la porte d'entrée, jette un dernier regard à la mère endormie, et murmure :
— Dors bien, Madame Perfection. Votre fille est entre de bonnes mains. Enfin... peut-être.
Je sors dans la fraîcheur du matin. L'air sent le pain chaud et le bitume mouillé. Je souris malgré moi. J'ai peut-être le corps de Rebecca, la fille la plus enviée du lycée... Mais Sophie, la fille ordinaire avec les chaussettes dépareillées et les rêves un peu trop grands, elle, elle est toujours là.
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