7- Course folle

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Je sortis enfin de la salle de cinéma avec empressement et tournais la tête de tous côtés afin de retrouver la trace de ma cible. Le monsieur que j'avais vu partir était au premier étage du centre commercial. Je me précipitai vers les escaliers et les descendaient comme une fusée à réaction. Jamais je n'avais couru aussi vite ! Tout en me félicitant intérieurement de mon extrême réactivité, je fonçai tel un agent secret à l'extérieur du bâtiment d'où j'avais vu partir le monsieur. La pluie me gicla au visage, froide et cinglante.

Nous sommes pourtant au mois d'avril, non ? Quand je pense qu'en France, ils se dorent au soleil ... grognai-je.

Je cherchais encore des yeux le bonhomme et le retrouvais à l'angle de la rue. Il pressa le pas, je dus faire de même; lorsqu'il s'arrêta. Je me cachais sous le porche d'une porte, et attendis qu'il rentre dans l'immeuble. Je reconnais amplement que ce que je fais, est dangereux mais j'avais envie de réponses et celles-ci ne viendraient à moi que si je me bougeais les fesses. Autrement dit, je les aurais seule.

Je priai le Bon Dieu de me garder en vie durant cette escapade, me signai et entrai confiante, à mon tour dans l'immeuble. Le hall d'entrée était sombre et humide, un lieu lugubre qui ne donnait pas la foi... Un craquement résonna. Je sursautai, me figeai et tendis l'oreille. Le silence pesant fit écho à mon sursaut. Je plissai les paupières pour trouver un chemin quelconque où aurait pu aller le monsieur. Au premier étage, je perçus des sons. Puis un tintement régulier, très faible. Je frémis de peur.
Tout à coup, les vibrations d'une voie masculine glissèrent jusqu'à mon oreille. Il devait parler au téléphone puisque je n'entendais pas son interlocuteur. Les bribes de la conversation se tenaient derrière une porte, sûrement un appartement vétuste vu l'aspect du hall d'accueil. C'était suffisamment audible pour que je comprenne le gros de la discussion.

_ Qu'est-ce que tu racontes... Non, pas demain, essaye mardi prochain... Oui, dans les champs Élysées et fais gaffe à pas te faire prendre... Vive les Nations et les Brillants !! ... Bonne chance mec... Ouais à plus pour fêter ça, pense aux particules de sons aussi, faudrait les garder. Tu sais ce qu'il te reste à faire... Chao !

... Je restais sans voie un moment. Je partis en courant car le monsieur s'était apprêté à ouvrir la porte de son appartement. J'arrivais complètement à bout de souffle au niveau du cinéma et y retrouvais mes copines totalement affolées.

_ Tu étais passée où ?! Mais enfin, t'as foutu quoi pendant tout ce temps ?! Et pourquoi tu as quitté la salle comme une furie avant que le film soit terminé ?! Explique toi ! me crièrent en chœur mes amies.

_ Je suis désolée les filles... Je devais comprendre un truc... dis-je en rougissant de honte.

_ Tu te rends compte qu'on a failli appeler tes parents ? me répondis Adeline les yeux embués de larmes.

_ Oui ... Désolée vraiment ...

Je détournai la tête trop chamboulée par les révélations que j'avais entendu et qui avaient confirmé mes doutes sur mes visions. Je n'osais pas tenir tête à mes copines et reconnaissais mon tort mais c'était plus fort que moi. Je ne regrettais pas mon comportement. Sophie me toucha l'épaule et ajouta la gorge serrée :

_ Ce n'est pas grave, tu es vivante... On va faire comme s'il ne s'était rien passé mais sache qu'on s'est beaucoup inquiété. On va au restaurant alors ?

Adeline et moi acquiescèrent ensemble et un regard nous permis de retrouver le sourire bien que l'ambiance s'était plombée d'un seul coup. Le restaurant était toujours dans le centre commercial, au deuxième étage. On choisit une pizzeria italienne pour combler d'appétit nos estomacs gourmands. Sophie connaissait le gérant et cela nous permit de manger généreusement car il offrit à Sophie toutes sortes de mets au tître de "cadeaux de la maison".

_ Ils ont l'air de t'apprécier par ici ! lançais-je en croquant une part de pizza au chèvre.

_ Oui, nous sommes voisins et mon père l'a sorti d'un mauvais pas plusieurs fois. Alors il nous remercie quand on vient chez lui ! Et puis... Nous sommes des habitués maintenant.

_ J'aimerai que cela soit pareil avec une gérante de pâtisserie... ajouta Adeline la bouche encore pleine de pizza.

Je me tournais vers elle les yeux ronds. Sophie fit de même et après, un court silence, nous éclatâmes de rire. La tension venait de disparaître comme par magie et toute la soirée se déroula comme au début.
Je rentrais chez moi vers une heure du matin épuisée de ma longue soirée. Je fis tinter mes clefs lorsqu'elles entrèrent dans la serrure.

_ Mince ... J'espère que je ne vais réveiller personne... Je suis douée pour ça tellement je suis pas discrète ! blaguai-je intérieurement.

De plus, j'avais les bras chargés de sacs après l'épisode infernal des boutiques de vêtements. J'avais recompleté mon armoire pour au moins un an ! Les filles avaient insisté pour que je m'achète de nouveaux bas car les miens étaient soi-disant "périmés". Merci les copines... !
Je trébuchai sur le pas de la porte de ma chambre et poussai un juron. C'était toujours sur moi que tombait la maladresse ou quoi ?! Je me déshabillai et enfilai rapidement mon pyjama blanc aux dessins de cœurs rouges typiques une fois que j'eus fait une courte toilette. Je me couchai ultérieurement et la nuit m'emporta au pays des songes.

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Le lendemain, j'entendis au loin une voie qui me hurlait dans les tympans.

_ Deboooooout ma petite soeur chérie !!!!

J'ouvris brusquement les yeux encore dans ma léthargie et vis, penchée sur moi, la reine des chiantes, Lawrence. D'un coup de pieds, je la fis valser par terre et elle partit dans une envolée de mèches blondes, en lançant au passage quelques insultes toujours sympathiques au réveil. Je me levai en mode mollusque et subséquemment, je fis un brin de toilette de façon à effacer les dernières traces du maquillage de la veille.
Je rejoignis ma famille attablée en train de savourer les bretzels que ma mère aimait préparer de temps en temps. Ma soeur me regarda avec haine et ma mère me tendit les viennoiseries traditionnelles.

_ C'était bien hier alors ? me demanda t'elle avec un sourire.

_ Oui génial, on s'est bien amusé entre filles, répondis-je mollement.

_ Tu n'as pas l'air trop convaincu dis donc ...

_ Non non c'était bien, on a fait les boutiques et on a mangé à la pizzeria chez Dino, assurai-je avec plus d'effusion.

Ma mère sourit de nouveau et le petit-déjeuner se poursuivit sans plus de questions. Je soupirais de soulagement car je ne voulais pas à avoir à donner plus de précisions sur ma soirée. Je ne voulais pas qu'ils sachent que j'avais suivi un homme juste parce que je devais confirmer mes hypothèses.

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Voilà !! J'ai pris plaisir à écrire ce chapitre qui va largement faire avancer l'intrigue.

Marianne devrait-elle se confier à ses parents ?

Que pensez-vous de Lawrence sa demi-soeur ?

Quel est le secret de ses parents ?

Pour le savoir, BONNE LECTURE !!!
La suite, bientôt... Bisoooooous !!! :-*


Marianne, ClairvoyanceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant