Titubante, je me précipitai hors des toilettes et rejoignis Vincent qui m'attendait en bas dans la salle bondée. Il me regarda arriver affolée et ne prenant pas garde à une des marchés, je m'écroulais maladroitement dans ses bras.
_ Désolée, balbutiai-je, je crois qu'il faut qu'on rentre.
_ Ah ça, tu as trop bu oui ! riposta t'il en riant.
_ Tu n'es pas un exemple non plus, hein ! Dépéchons, j'ai eu une vision... Il faut que je rentre tout de suite ! le pressai-je. Tu peux rester si tu veux...
Il secoua la tête négativement. Et saluant le monde saoulé par l'alcool et l'ambiance ainsi qu'Adeline, nous partîmes. Je ne marchais ni ne courais. J'étais complètement bourrée et par conséquent, je chancelais dangereusement. Mes pas formaient de beaux zigzags et derrière moi, Vincent rigolait. Je gloussai à mon tour, l'alcool brûlante encore dans mes veines et bientôt ce fut l'hilarité générale. Nous rions de plein coeur quand je vis que nous étions arrivés devant ma maison.
Je lui indiquai d'une main ivre traversant le ciel nocturne en de grands mouvements exagérés, que je rentrais.
Il répondit par un sourire jusqu'aux oreilles et partit. Je restai seule un instant dans le jardin. J'avais oublié quelque chose ... mais quoi ?
Toute pompette, je valsais en direction de ma porte. Tout à coup, des fourmillements picotèrent au bout de mes membres affaiblis par l'action persistante de l'alcool. Le paysage se brouilla, je ne distinguai plus que des masses informes dans les ténèbres de mon jardin.
Une silhouette familière sortit de l'ombre d'un buisson et se planta droite devant moi. Sa voix suave martela mon cerveau alors qu'elle avait un ton langoureux.
_ Lawrence ... dis-je au bord du désespoir me souvenant de ma vision précédente. Qu'as tu fait aux parents ?
_ Rien ne t'inquiète pas, c'est toi qui va souffrir.
Elle me gifla d'un coup froidement mesuré. Je m'écrasai au sol sans preuve de souplesse. Les effets de l'alcool ne me firent presque rien sentir de l'impact de la chute et je me relevai fièrement.
_ Tu en veux encore ? Tu vas en avoir, grogna t'elle, un rictus au coin de sa bouche, détruisant tout le charme de sa beauté naturelle.
Elle m'attrapa et me jeta par terre dédaigneusement et me frappa de par et d'autre du visage. Les coups défilaient et ne pensaient pas s'arrêter un jour. Ma demi-soeur prenait un malin plaisir à me voir subir ses assauts de rage. Je gardais les yeux secs mais mon coeur pleurait abondamment. Je lui hurlais d'arrêter ce qu'elle faisait car ce n'était pas elle.
_ Si c'est moi au contraire... Tu ne m'as jamais connu, gronda t'elle la haine faisant surface au maximum.
Elle continua de me battre si bien que je ne bougeais plus. Ses pieds dans mes côtes, ses soufflets me foûettaient le visage en continu. Le temps semblait s'être arrêté. Soudain, au comble du désespoir, épuisée par tant de frappes immorales, elle fourra sa main dans sa poche et en ressortit un pistolet flambant neuf à la lueur de la lune.
_ Qu'est-ce que... Lawrence arrête ça... Tu ne vas pas me tuer ?, l'implorai-je bêtement. Je ... Je suis ta soeur.
Elle releva lentement la tête, ses yeux marrons lavés de tout sentiment. Un sourire irréel s'insinua sur son doux visage. Non. Elle ne pouvait pas tuer à main nue. Ce n'était pas Lawrence bien qu'elle ait pu être ingrate envers notre famille et particulièrement avec moi. Elle était à un stade où je ne pourrais pas la faire changer d'avis à moins qu'elle eut une révélation. Une once de compassion ?
Lawrence étendit le bras vers moi. L'assurance que l'on pouvait lire sur son visage de blondinette n'était plus aussi présent dans l'extension de sa main. L'arme à son poing reluisait d'éclat comme si elle avait été maintes fois nettoyée avant son utilisation fatale.
Son pouce se crispa sur la gâchette et elle tourna enfin la tête vers moi, ses cheveux battant le vent. Des nuages s'amoncelaient pour assister à ma triste et pathétique exécution. Je fermai les paupières refusant de voir ma demi-soeur que j'avais haï être la cause de ma "chute".
Un bruit de tonnerre retentit dans le lointain et le coup de feu brisa le fil du temps.
Elle tira.
VOUS LISEZ
Marianne, Clairvoyance
DobrodružnéMarianne, Jeune fille devra supporter les coups en douce de sa soeur détestable. Grâce à son don de clairvoyance, elle se retrouvera rapidement au milieu d'un grand secret de famille. Monde torturé, don...
