11- Dîner avec les Grands

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                 Le samedi soir, nous arrivâmes après dix bonnes heures de trajet. Nos membres engourdis étaient las mais nous étions heureux d'avoir enfin les pieds sur la terre ferme.
L'île était flottante, belle immensément grande et très écologique !
Elle était moderne quoi. L'architecture banale d'aujourd'hui quoique peut-être démonstrative de puissance. La piste n'occupait rien qu'un espace cadrillé pas très large mais suffisant. J'adorais le cadre de l'île mais ce qui était le plus impressionnant c'était inévitablement: l'Océan Atlantique. De tous bords, on pouvait l'apercevoir, la surface de l'eau luisante et bleue sous la caresse des rayons chauds du soleil. J'avais précisé que l'île était centrée au beau milieu de cet océan. Pas très rassurant mais même les fragiles de l'estomac pourraient assurément s'y sentir confortablement installés car la partie inférieure de l'engin servait à équilibrer le tout. Rien n'était laissé au hasard à mon goût et malheureusement peu de gens avait la possibilité de l'admirer.

Ma famille et moi croisâmes succinctement trois groupes de personnages affublés sérieusement d'un costume trois pièces, où pour chacun se démarquait un drapeau. Ce devait être quelques uns des Ambassadeurs !
J'étais émerveillée par tant de beauté et leur attitude respectable était presque en accord avec la vue. L'océan aussi inspirait cette sorte de respect aux gens.
Mon frère pouvait bien en faire parti aussi !! me moquai-je en sourdine.
N'empêche, je me demandais si tous ces gens remarquaient au moins le paysage, avec la multitude de problèmes qu'ils avaient sur les bras...
Un valet à l'uniforme vermeille nous salua et entreprit de nous faire visiter l'étage de nos chambres respectives. Mes parents désiraient coucher ensemble. À mon grand désarroi, nous devions donc nous soumettre à dormir tous les trois ensemble. Je poussai un soupir de soulagement lorsque je remarquai trois lits distincts. Pierre sourit lui aussi. Lawrence, elle, rejeta ses cheveux lissés en arrière d'un geste désinvolte et dès que le valet en eut fini avec nous, elle se rua sur le lit au bord de la fenêtre.

À la lumière, pensai-je. Fallait s'en douter, Madame n'aime pas quand elle n'est pas sous les projecteurs...

Je haussai les épaules et me dirigea vers le lit le plus proche de la porte. Pierre s'octroya finalement celui du milieu mettant une barrière entre Lawrence et moi. Parfait !
Un sourire naquit sur le bout de mes lèvres, et je vis que Pierre me fixait étonné du mon changement d'attitude. Il n'ajouta rien, m'attristant davantage.

Aucun de nous n'avait brisé la glace. J'avais tellement envie qu'il fasse le premier pas !...

Pierre me connait très bien. Il sait qu'un sourire qui disparaît aussi rapidement qu'il est apparu, prouve précisément qu'un sanglot coule en continu à l'intérieur de ma poitrine.

Notre père nous informa que le dîner en compagnie de l'Ambassadeur Allemand et du chef de Conseil aurait lieu ce soi-même. La famille serait présente et je comptais bien mettre toutes les chances de notre côté pour qu'ils me donnent une confiance absolue en mes visions. Notre avenir en dépendait. J'enfilai donc mon unique robe typée distinguée. Quand je sortis de la salle de bain, Lawrence était déjà prête, magnifique avec un soupçon de coquetterie qui charmait tous les galants et même leurs femmes. Je n'aimais pas la complimenter mais afin d'améliorer mes rapports sociaux avec elle et d'apaiser la tension entre Pierre et moi, je devais faire un effort surhumain ! Je m'approchai d'elle et après un court instant d'hésitation, je balbutiai quelques mots valorisants sur la finalité de sa carrure. Elle stoppa net sa mise en beauté et se pâma d'orgueil:

_ Je sais... Mais si tu crois vraiment m'attendrir avec tes compliments à la noix, tu te fourres le doigt dans l'œil.

Je reculai devant tant d'arrogance et la défiai du regard les sourcils arcés de surprise. Pourquoi était-elle aussi peu modeste ? Je pensai de plus en plus qu'un lien existait entre le fait qu'elle n'est pas eu de vrai père. Compatissante, je lui demandai si elle n'aspirait pas à autre chose que son apparence extérieure mais ravalai mes paroles sur-le-champs. Peut-être un peu trop loquaces et ironiques... Elle se contempla dans le miroir qui prenait une place considérable dans la chambre, et sans prévenir, me gifla d'un large revers de la main. Cette humiliation me transforma littéralement. Elle devait penser que je n'étais pas assez tenace pour riposter ? L'attente de ma revanche ne se fit pas attendre. Je me jetai sur elle de toutes mes forces laissant s'échapper la rage accumulée depuis des années. Je lui griffai le visage, elle me coucha au sol d'une brutalité sans égal. Elle me tira les cheveux et par conséquent, je poussai un gémissement à en faire frémir les moins sensibles de l'âme. Puis, elle me mordit l'épaule comme une sauvage. Je la repoussai piquée par la peur et la poussa si fort qu'elle se reversa sur le lit. Soudain, alors qu'elle m'avait enfin immobilisé à son tour, un bras autour de ma gorge, mon frère fit une sortie fracassante de la salle de bain. Son torse nu dégoulinait d'eau et la violence des événements qui suivirent, restèrent gravés dans ma mémoire. Il se rua sur ma soeur et arracha le bras qui manquait de m'étouffer. Elle resta ébahie devant la force qui la gifla à son issu. Mon frère la traita inflexiblement en lui proférant ses paroles qui eurent pour effet de transpercer le coeur de ma soeur.

Marianne, ClairvoyanceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant