9- Respire...

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Je m'élançai et courais à en perdre l'haleine.

Ils pensaient ça de moi alors ? Je ne suis pas égocentrique pourtant. Je pense justement sans cesse à eux ... N'avais-je donc rien vu venir ?

De l'air, il me fallait de l'air. Je courais de toutes mes forces vers la forêt, endroit que je connaissais comme ma poche depuis ma plus tendre enfance. J'entendais derrière moi, les sauts sportifs de mon frère qui se rapprochait. Il hurla mon nom mais je l'ignorai, encore sous le choque des paroles blessantes et faites secrètement. Tout ça s'est dit dans mon dos...
Ma gorge me faisait mal, de lourds sanglots obstruaient mon corps. Je ne voulais pas pleurer. J'évitais les branchages au sol, contournais les chemins, virais, tournais, jouais pour laisser éclater ma souffrance.
Elle s'était trop accumulée. Depuis trop longtemps.
Enfin je m'arrêtai essoufflée malgré moi.

Devant, mes prunelles bleues s'ouvraient sur l'inconnu. Les champs, la prairie allemande que je n'avais jamais parcouru étant petite. La lune, cercle argentée trônait parmi les étoiles. En l'observant, j'oubliais momentanément les dures circonstances de ma vie.

Dans le lointain, j'entendais la voie de mon frère forçant sur ses poumons pour m'appeler.

S'il croyait que j'allais répondre alors que je désirais au contraire être dans la solitude de mon ombre.

Quelques minutes, je restais immobile et retrouvais un calme partiel. La trahison de mon frère m'affectait plus que je ne l'aurais cru. De longues larmes continuaient leur sillage à travers ma joue. Silencieuses. Amers.
Immobile, enveloppée dans la chaleur des arbres de printemps, le mois d'avril me parut bien froid tout à coup. Glacé je dirai même ...
J'entendis un craquement près de moi. Il approchait. Relevant la tête, je me levai aussitôt, cherchant à fuir celui qui me faisait tant souffrir. Néanmoins, mon corps en avait décidé autrement. Ma tête tourna, je fus prise d'un vertige.

Pourtant je ne pense que je vais avoir une vision ...

_ Arrête ! entendis-je dans le vague.

Le vertige était maintenant si intense que je pris ma tête entre mes mains espérant que la douleur en sortirait plus facilement. Je titubais, mes muscles ne me retenaient plus, les jambes qui m'avaient porté jusqu'ici refusaient tout contact avec les ordres supérieurs de mon cerveau. J'avais tellement mal. Mal, mal, mal... Que se passait-il ?

_ Pars d'ici ! Je ne veux plus te voir, m'égosillai-je à l'égard de Pierre.

Je perdais mon énergie, comment expliquer cela ? Enfin, renonçant à la résistance intérieur de mon coeur, je tombais lourdement au sol. Ma tête heurta une pierre, puis plus rien. Le noir complet.

*******

Les jours qui suivirent, je les passais dans mon lit accompagné d'un magnifique mal de crâne. La migraine plus la chute n'avaient fait qu'amplifier le tiraillement de mon cerveau jusqu'à atteindre son apogée le dimanche soir. Je dois dire que les deux s'alliaient parfaitement bien. Mon père avait dû veiller longuement en me caressant les cheveux face à mes nombreux gémissements plaintifs. Mon week-end s'est donc très mal déroulé. Le dimanche, le lundi et le mardi m'avait été enlevé. Je ne pus donc absolument pas prévenir l'Ambassadeur Allemand de la menace qui plânait sur le monde entier et particulièrement sur Paris. Mon père prévint cependant ce dernier pour lui rapporter ce que j'avais vu. L'Ambassadeur prit en compte ses paroles et appela l'Ambassadeur français en précision du danger.

Toutefois, je me réveillais le jour même du massacre. Au moins, je pouvais reconnaître que mes visions pouvaient être fiables. La bombe ne fut pas évitée et il y eut 124 morts au total. Sans y ajouter les centaines de blessés graves, de la rue la plus chic de Paris, les Champs Élysées.

Marianne, ClairvoyanceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant