Sept heures du matin. J'éteignis mon jeu qui consistait à massacrer une tonne de zombies à moitié décomposés arpentant les rues de New-York sans autre but que de dévorer la matière grise des pauvres passants. Je baillai longuement avant de me relever du canapé en cuir noir sur lequel je m'étais si confortablement avachi. Du bruit dans les escaliers, l'indication que mes parents descendaient prendre leur petit-déjeuner. J'allai en faire de même.
D'un pas tranquille j'entrai dans la cuisine. Je fus surpris de voir ma mère, la tête basse. Elle était assise sur une chaise l'air attristée. Mon père, debout derrière elle, posait les mains sur ses épaules sveltes, comme pour la consoler.
-Bonjour, lançai-je sur un ton détaché.
Je fixai le couple du coin de l'œil tandis que j'attrapai un bol et une boîte de céréale dans le placard. Ils restaient immobiles, c'en était inquiétant. Lorsque je m'installai à table avec une nonchalance exagéré, mon père se décida enfin à parler.
-Écoute Sam, ta mère, commença-t-il en marquant un bref arrêt avant de continuer, et moi nous faisons du souci à ton sujet. Nous t'avons entendu te lever en plein milieu à plusieurs reprises au cours de ces dernières semaines. Si quelque chose te tracasse, tu peux nous en parler, tu le sais, déclara-t-il d'une voix préoccupée.
Mon regard se releva immédiatement sur lui. Bien que je devine que mon père s'inquiétait pour moi, l'instigatrice de cette discussion n'était autre que ma mère. D'une nature bien plus soucieuse, elle avait toujours eu le don pour remarquer quand la situation n'allait pas pour moi. En revanche, elle s'arrangeait toujours pour que mon père soit celui qui engage la discussion plutôt qu'elle. Un stratagème que je trouvais parfois mesquin.
Mes sourcils se froncèrent légèrement. Moi qui pensais avoir été assez discret pour ne pas éveiller de crainte chez mes parents.
-Je vais très bien, j'ai simplement du mal à dormir en ce moment. Peut-être suis un peu stressé par le BAC blanc en approche. Ne vous inquiétez surtout pas, je vous assure que tout va bien, dis-je avec un sourire.
Ma mère ne se laissait jamais convaincre facilement. Elle tenait toujours à percer le moindre de mes secrets.
-Si c'est à cause de ce à quoi je pense, tu peux nous le dire ! Sam même si on ne comprend pas bien cet aspect là de toi, nous sommes tes parents, nous pouvons essayer de trouver une solution, dit-elle son timbre montant dans les aigus.
Il fallait toujours que mes parents se fassent trop de soucis à mon sujet. Je ne pouvais pas leur en vouloir, si jamais j'avais un enfant aussi étrange que moi, j'imagine que je me ferais toujours du souci pour lui.
-Cela n'a rien à voir avec ça ! Je fais juste des cauchemars, ce n'est vraiment rien d'inquiétant, marmonnai-je entre mes dents.
Il leur était impossible de me comprendre. Ils faisaient énormément d'efforts, et je leur en étais grandement reconnaissant, toutefois certains aspects de ma personne leur échapperaient toujours. Cela ne signifiait pas qu'ils ne pouvaient pas m'aider, me soutenir quand les choses allaient mal. Ils devaient juste accepter qu'il y aurait toujours une part d'incertitude dans leur compréhension.
Ils se concertèrent d'un regard restant silencieux. Ils faisaient souvent ça. Parfois j'en venais même à me demander s'ils n'avaient pas une sorte de dialogue télépathique que je ne pouvais pas entendre. Une proximité et une complicité que bien des couples pourraient jalouser.
Pendant ce temps, je me versai un bol de céréale ainsi qu'un verre de jus d'orange tout droit sorti du frigo. Je m'assis sur une chaise et commençai à manger avec nonchalance. Je veux gérer mon problème seul. Il ne concerne que moi, moi et moi seul !
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Métamorphose
FantastiqueUn fusil. Une balle. Une victime. Quand une série de meurtres sanglants secoue la région, Sam n'a pas idée de ce qui est en train de se passer jusqu'à ce que son nom apparaisse dans la liste des victimes potentielles. Alors que les autorités peinent...
