Une semaine ! Une semaine déjà que l'on pleurait l'adolescente qui avait perdu la vie dans un règlement de compte au parc de l'Étoile. J'avais envie de vomir à chaque fois que je voyais Sonya pleurer dans les bras de camarades de classe venus la consoler. Cette garce fourvoyait tout le monde ! Même Léo qui ne l'appréciait pas plus que moi était venu lui adresser quelques mots de consolation. Á chaque fois que je croisais le regard souriant de Rebecca, dont la photo trônait au milieu du hall, décoré de fleurs, de bougies, de cartes, mon cœur cessait de battre.
Je l'avais vu se faire descendre. Je revoyais encore le sang gicler hors de sa poitrine et se répandre sur le sable blanc du sentier. Sonya m'agrippait la main et m'éloignait, et moi je demeurai bouche-bée, incapable de réagir. Pouf. Une seconde. Il n'avait pas fallu beaucoup plus pour que sa vie quitte son corps. Je n'avais pas pu regarder ses parents effondrés venir déposer sa photo au lycée, et tenir un discours au sujet de la joie de leur fille qui avait vécu pleinement jusqu'à présent. Le temps l'avait cueilli trop vite. Non. Non ! Je ne pouvais pas l'accepter ! Je vivais un cauchemar ! Tout ça c'était Sa faute ! Sonya ne faisait que répandre la mort sur son chemin. Elle n'arrêterait jamais !
-J'ai toujours du mal à y croire ... ce que racontent les journaux à son sujet ... on ne dirait pas Rebecca ... , déclara Ed qui fixait le papier imprimé devant lui.
Nous étions avec Léo au foyer des étudiants, un bâtiment annexe au lycée, installé à une table.
-Ce n'est qu'un ramassis de mensonges ! Les médias déforment toujours la réalité. Quelqu'un leur raconte des bêtises qu'ils s'empressent d'écrire sans en vérifier la source ! m'énervai-je.
Mes deux amis écarquillèrent les yeux devant tant d'hostilité. Ils avaient remarqué que j'avais changé. Je ne parlais plus à Sonya, j'étais constamment en colère, mon monde était bouleversé et j'étais perdu.
-Je ... je ne savais pas que tu ... enfin toi et Rebecca étiez si proches ... , murmura Léo qui ne trouvait pas les mots.
Bien sûr tous autant que nous étions, nous pouvions qu'être choqué par la mort de notre camarade, mais là, moi j'étais esquinté, ils ne comprenaient pas. Seulement si je l'avais aimé ... Ils ne voyaient pas d'autres alternatives. Qui pouvait leur en vouloir ?
-Non, non cela n'a rien à voir ! Mais tu crois sérieusement que Rebecca aurait poignardé une étudiante dans la gorge pour une histoire de drogue ? Oui elle buvait, mais cette fille n'était pas une dealeuse. Attends, tu penses qu'elle aurait le sang-froid au point d'égorger quelqu'un ?!
Je perdais patience, la vérité se trouvait au bout de ma langue. Je n'avais qu'à tout dire et la véritable criminelle serait derrière des barreaux ! J'avais envie de crier. D'avouer. J'ouvrais la bouche : aucun son n'en sortait. J'avais trop à perdre. Les conséquences de la vérité étaient plus importantes que le poids du mensonge.
-Tout le monde à une face cachée Sam ... peut-être qu'on ne la connaissait pas si bien finalement.
Á qui le dis-tu ?! Et moi ? Et Sonya ?! Vous nous connaissez ? Autant se faire tatouer le mot « monstre » directement sur le front !
-Enfin, ça ne veut pas dire qu'on croit les bêtises du journal, forcément, rattrapa Léo qui avait vu mon regard noir, lourd de sens.
-Mouais, je vous le dis, cette fille, Rebecca, c'était une fille innocente, incapable de faire du mal aux autres malgré l'enfer qu'on lui a fait subir durant sa scolarité. Elle se relevait à chaque fois avec un sourire. Et maintenant on continue à lui cracher dessus alors qu'elle est morte !
Je n'en pouvais plus. J'entendis le bruit d'un déchirement. Le barrage qui retenait toute ma colère, ma frustration, venait de rompre. Je saisis le journal et le réduit en charpie avant de réaliser que j'étais une bête de foire. Tous les lycéens du foyer avaient les yeux rivés sur moi. Je perdais pied. Je titubais. Croisai le regard d'Edward.
VOUS LISEZ
Métamorphose
ParanormalUn fusil. Une balle. Une victime. Quand une série de meurtres sanglants secoue la région, Sam n'a pas idée de ce qui est en train de se passer jusqu'à ce que son nom apparaisse dans la liste des victimes potentielles. Alors que les autorités peinent...
