"Never apologize for burning too brightly or collapsing into yourself every night. That is howgalaxies are made. " - Tyler Kent White.
Nolan ne sait pas trop ce qui lui a plus coupé le souffle ce matin, à la grille du lycée, appuyé contre le muret et à l'écart de l'attroupement d'élèves qui fument. Il consomme sa cigarette seul. Dans sa bulle, encore. Ça aurait pu être un jour comme les autres, ça aurait pu se dérouler sur le plan de cette petite routine qui s'installe un peu plus chaque seconde. Cela aurait pu... Mais le soleil brille depuis ce matin, en plein mois de Novembre. Il brûle littéralement les yeux et il est obligé de détourner le regard pour ne pas être ébloui. Ce surplus de lumière lui donne déjà mal à la tête. Il serre les dents, tire une autre bouffée. Il entend des rires, reconnaît l'un des deux, il appartient à Gabin. Gabin qui discute avec deux autres garçons, deux amis sûrement. Il a l'air heureux. Son teint rayonne autant que la boule de feu au dessus d'eux. A cette vue, à son air joyeux, Nolan ressent quelque chose qui le démange, qui le gratte et fait chauffer ses joues. Une légère pointe de jalousie qu'il réfute immédiatement, sans prendre le temps de s'y attarder ou d'y réfléchir. Il la repousse, loin. A des milliers de kilomètres de lui. Sur une autre planète même. Tout droit dans le système solaire. Il n'a pas besoin de chercher longtemps avec quel autre sujet s'occuper l'esprit puisque le brun arrive vers lui, seul. Son sourire n'a pas quitté son visage. Toujours là. Tracé, ancré sur ses lèvres. Plus beau encore que celui qu'il arborait avant. Sa voix est douce, comme une caresse timide.
« Bonjour. »
« Salut... »
« Tu viens ? Ça va bientôt sonner. »
Il se contente de hocher la tête, écrase sa cigarette et le suit à l'intérieur. Sans rien ajouter. Parce que c'est aussi simple que cela. Malgré ce soleil, la froid reste présent. Plus vil et glacial encore. Alors, retrouver la chaleur entre ces murs le met assez à l'aise. Il dénoue son écharpe, ouvre la fermeture de son blouson sans pour autant l'enlever. Les cours ne débute que dans dix minutes, ils ont le temps de se rendre devant la salle de philosophie. Nolan sent les regards sur lui, mais il n'en tient pas compte, il a l'impression que sa carapace est plus solide avec quelqu'un à ses côtés. Quelqu'un qui le protège des mauvaises ondes et les aspire pour lui, les encaisse quasiment toutes à sa place. Et ça lui fait un bien fou de se libérer, même quelques heures, de ce poids immense sur ses épaules faiblardes. Il peut souffler. Respirer correctement. Voir la vie en grand, la tête haute, le menton face au monde ouvert à lui. Derrière lui, il n'a plus peur de marcher en regardant droit devant. C'est exactement comme si un champ de force invisible les protégeait, le protégeait.
Le professeur ne se fait pas trop attendre, il est même légèrement en avance. Nolan et Gabin profitent d'être premiers dans les rangs pour se rendre au milieu de la salle, vers les fenêtres. Parce que Nolan, et son voisin l'a bien remarqué, aime jeter quelques œillades discrètes dehors, entre deux phrases écrites sur son cahier. Dans le brouhaha quotidien des conversations de bon matin, le grincement des chaises sur le sol, les élèves sortent leurs affaires et c'est à ce moment précis que la surprise touche Nolan en plein coeur. Il arrête tout mouvement, les yeux brillants, les lèvres entre-ouvertes, il fixe les doigts de Gabin. Pendant plusieurs secondes. Assez longues. Un laps de temps durant lequel plus rien autour n'existe. Tout ce qu'il voit, tout ce sur quoi son attention se concentre ce sont ses ongles colorés d'une jolie couleur violacée foncée, presque noire. Une nuance qui suit parfaitement avec ses vêtements d'aujourd'hui, un gros pull marron sombre et un jean noir, simple, mais qui lui va à merveille.
Gabin sent son regard sur lui, il cherche à déceler une réaction, n'importe laquelle. Il trouve la surprise dessinée sur son visage, alors il affiche un sourire en coin et pose son sac au sol avant de s'asseoir sur la chaise en bois. Sa mission est une réussite, il se sent fier, content. Il vient d'accomplir quelque chose de beau et grand. De petits pas qui amènent à un grand résultat. Ce n'est pas encore très solide, très concret, mais ça avance, ça se rapproche. Et il est d'autant plus heureux quand il voit les joues de son voisin de colorer d'un léger voile rosé. Nolan fuit son regard, essaie de calmer ses rougissements. Aux yeux des autres, ce n'est peut-être trois fois rien, mais aux siens, c'est le geste le plus précieux au monde. Il commence à se dire que le soleil, présent haut dans le ciel depuis ce matin, n'est pas seulement le fruit de la météo, mais aussi de toutes ces petites attentions discrètes que lui offrent Gabin.
« Pourquoi tu as fait ça ? »
Ce n'est qu'à la fin du cours, quand les chaises grincent et que tout le monde sort, que Nolan ose poser la question au bouclé. Discrètement, mais assez fort pour qu'il puisse l'entendre et distinguer sa voix à travers tout ce brouhaha. Il range son cahier dans son sac, remonte la fermeture et tourne son visage vers le sien, souriant.
« Je me disais que cette couleur coordonnais bien avec la tienne. C'est ma maman, Hélène, qui m'a aidé à le mettre, parce que... Je ne suis pas trop doué pour l'appliquer. Elle en mettait avant, donc elle se débrouille. »
« C'est... Pourquoi en avoir mis ? »
Peut-être que si Nolan aurait eu le courage de lever les yeux vers ceux chocolats de Gabin, il y aurait lu la réponse. Celle qui se lit clairement, noir sur blanc, comme une évidence : pour toi.
Mais Nolan a peur, peur de la vérité. Alors, il évite le contact visuel autant qu'il peut, casse les liens qui pourraient et commencent à se créer. Il n'ose pas, il a un peu honte, de mal interpréter, il n'est pas certain. Parce que jamais personne n'a agi ainsi avec lui. Personne ne l'a jamais regardé. Si on lui a un jour prêté de l'attention, ce n'était que pour se moquer de sa manière d'être, le rabaisser plus bas que terre.
« Parce que je me disais qu'on pouvait être à deux là-dedans. »
« Tu n'es pas obligé de faire ça parce que je te fais pitié, je peux me débrouiller seu... »
« Quand est-ce que tu vas finir par comprendre que ce n'est pas de la pitié ? Demande le brun avec un petit soupir, accompagné d'un sourire. Et encore moins une obligation. Je ne vois pas ce qui cloche, tu ne devrais pas être angoissé à l'idée de porter du vernis. »
Et Nolan sait qu'il a raison, alors il ne répond rien, il remonte son regard vers le professeur et essaye de reprendre le fil du cours. Gabin a encore marqué un point, il le sait.
Ils sortent de la classe, Nolan doit se rendre tout en bas du bâtiment pour rejoindre sa classe d'arts plastiques, Gabin le suit, l'accompagne. Tout le monde se précipite, se parle, du brouhaha dans tous les couloirs et eux marchent en silence. Ils n'ont jamais énormément de choses à se dire, mais cela ne les dérange pas, de ne pas se parler. Leur présence se suffisent à elles-même. Comme si le corps parle à la place de leur voix. Nolan se fait bousculer par l'épaule, un autre garçon lui rentre volontairement dedans et rit en quittant le couloir. Il ne fit rien, il baisse les yeux et serre ses doigts autour de la sangle de son sac. Gabin est prêt à revenir sur ses pas pour aller lui donner une bonne leçon, mais la main timide que pose le châtain sur son bras l'en dissuade. C'est vrai, il a mieux à faire que de perdre son temps avec des adolescents immatures. Il ouvre la bouche, prépare une phrase pour lui dire qu'il n'est pas obligé de se rabaisser ainsi, mais ce n'est pas sa voix qui se fait entendre.
« Salut vous deux ! »
Anouk apparaît comme un charme, elle porte toujours cet air joyeux sur son visage. Et Nolan se demande juste s'il n'est pas le seul à tout voir en noir et blanc. Derrière ses grosses lunettes, ses yeux se baissent rapidement vers la main du châtain toujours sur le bras de Gabin, et il la retire presque aussi vite, pour l'enfoncer dans la poche de sa veste. Elle sourit, porte sous son bras un carton à dessin vert et noir. Aujourd'hui, elle porte un tee-shirt avec le dessin délicat d'un magnifique cerf.
« Nolan, tu veux bien qu'on s'installe à côté ? »
« Euh... Oui. »
« On ferait mieux de rentrer pour avoir une place sur les grandes tables alors. »
Le jeune homme hoche la tête et la tourne vers le brun à ses côtés, qui lui fait un petit signe de la main accompagné d'un au revoir murmuré. Cependant, il ne bouge pas de sa place, il reste là, à attendre que les deux amis soient rentrés dans la salle. C'est seulement quand ils sont installés à leur table que Gabin se met en route vers la bibliothèque du lycée, étant donné qu'il a une heure de libre, autant la combler avec des livres. Nolan, de son côté, sort sa trousse, son calepin avec des feuilles cançons, il va chercher son dernier tableau qu'il a presque terminé la fois dernière. Il ne lui manque que quelques petites touches de couleurs pour le rendre encore plus vrai et touchant. La jeune fille, assise sur le tabouret à sa droite, ne cesse de l'observer, du moins du coin de l'oeil. Et finalement, quand la professeur finit d'expliquer quelques précisions sur une future sortie au musée et qu'elle les laisse voguer à leur occupation, elle prend enfin la parole.
« C'est ton petit ami ? »
Cette remarque fait monter le rouge aux joues de Nolan qui ouvre grand les yeux, abordant l'air de celui qui n'a pas compris sa question, ou la personne visée. Alors qu'elle est tout de même évidente. Elle hausse un sourcil et laissa échapper un rire léger, avant de finalement reposer sa question.
« J'ai oublié son prénom, Gavin non ? C'est ton copain ? »
Là, il ne pouvait plus se dérober. Il se mord la lèvre et secoue vivement la tête, osant enfin tourner son regard vers la jolie jeune femme. Aucune hésitation à avoir.
« Il s'appelle Gabin, et non... Il n'est pas... Nous ne sommes pas ensemble. »
« Ah bon ? »
« Pourquoi tu parais si surprise ? »
« Je ne sais pas... Une impression. »
Elle hausse les épaules et reporte son attention sur son dessin qu'elle produit au porte-mines. Nolan reste quelques secondes sans rien dire, sans rien ajouter, son regard bloqué sur la jeune femme qui vient de le figer sur place sous le pouvoir de seulement quelques mots. Toutefois, quand elle relève les yeux vers lui, il détourne le sien et prépare alors sa gouache et ses pinceaux. Il se met au travail rapidement, il est totalement dans son élément. Certes, il n'est pas un artiste, certes il a encore des défauts de traits de crayon à corriger, des détails à approfondir, mais il aime ce qu'il fait. Surtout, il aime peindre. Cela lui permet de s'évader. De se créer une autre bulle au dessus de celle que lui procure les livres, déjà bien épaisse. Surtout, il pourrait se perdre des heures à admirer des œuvres, des tableaux dans un musée. C'est une passion qui fait vibrer son coeur, moins que la magie des mots, mais assez pour le transporter autre part. Un endroit qui lui appartient le temps de deux petites heures.
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Colored Nails.
Romance« De quelque façon que les hommes veuillent me voir, ils ne sauraient changer mon être, et malgré leur puissance et malgré toutes leurs sourdes intrigues, je continuerai, quoi qu'ils fassent, d'être en dépit d'eux ce que je suis. » - Rousseau, Les R...
