Partie sept.

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« I survived because the fire inside me burned brighter than the fire around me. »

- Joshua Graham.


Jamais, même dans ses plus lointains souvenirs, Nolan ne s'était rendu chez quelqu'un par lui-même. Avec ses parents si, plusieurs fois, à des dîners chez de la famille ou des collègues de travail. Mais, d'aussi loin qu'il s'en souvienne, c'est la première fois qu'il allait mettre les pieds chez un ami. Parents ou non. Pour le peu de connaissances ou de proximités qu'il avait eu avec des personnes de son âge, il s'était une seule fois retrouvé dans une pièce avec une jeune adolescente d'un an de moins que lui, lors de l'année de ses quinze ans, la fille du patron de son père. A qui, d'ailleurs, il n'avait adressé que deux mots durant toute la soirée : bonjour, au revoir. Oui, la difficulté pour nourrir une conversation était, et est toujours, un problème depuis sa naissance. Et jusqu'ici, une seule personne est parvenue à s'y accommoder. Précisément celle chez qui il allait se rendre ce soir. Alors, ce serait mentir que de dire que son coeur ne bat pas la chamade à ce moment précis dans son coeur. Il a toujours en lui, malgré ses efforts pour ne pas s'en préoccuper, l'appréhension de ne pas plaire aux autres. Ce n'est pas tellement qu'il veut que tout le monde tombe sous son charme, mais ce sont tout de même les parents de son am... De Gabin. Du moins, la mère de Gabin. Cela ne serait pas si impressionnant, n'est-ce pas ?

Lors de la pause de l'après-midi, il a envoyé un message à ses parents pour les prévenir qu'il ne rentrerait qu'après le dîner, puisqu'un camarade l'invitait à manger. Sa mère avait presque cru à une blague et il avait grincé des dents en serrant ses doigts autour de son portable, sans prendre la peine de répondre à son message. Il les avait prévenu, il n'allait pas non plus se justifier. Cela lui permet de passer du temps en dehors de sa maison, et c'est toujours à prendre. Il est tout de même un peu stressé, mais il sait aussi qu'il peut compter sur Gabin pour parler à sa place ou le mettre un minimum à l'aise. Il est toujours doué pour ça, comme une deuxième nature. Son oppose total. Il va facilement vers les gens, sait nourrir une conversation, garde toujours ce sourire heureux sur son visage. Une boule d'énergie positive. Et Nolan l'envie, il veut savoir comment il fait, connaître son secret pour paraître et être, quasiment, tout le temps aussi débordant de vie. Parce qu'il n'est pas dupe, il sait que personne ne peut être ainsi tous les jours, qu'il y a forcément des bas qui accompagnent des hauts. Mais il ne demande pas, il attend que le brun se sente prêt à parler de ça par lui-même. Ça doit être une initiative et pas une obligation. Nolan a ses secrets, Gabin à les siens, tout le monde en a.

Gabin habite un joli petit quartier campagnard, plutôt éloigné de la ville, les maisons ont toutes un style différent, pas trop proches les unes des autres. Et elles possèdent chacune un grand jardin arrière, parfois l'on peut même voir une piscine qui dépasse. Mais surtout, c'est silencieux, calme, reposant. Aucun bruit, ou presque. De temps en temps un chien qui aboie ou une voiture qui passe sur la route. Ils ont du prendre le bus, pendant vingt minutes pour arriver ici, et marcher près de dix de plus ensuite. Le bouclé s'arrête devant une demeure qui semble un peu plus petite que les autres, la façade est peinte en un beau beige, les fenêtres en un marron clair, le toit également et le petit jardin avant laisse apparaître de multiples plans de fleurs colorées, elles ressortent d'autant plus en dessous du léger soleil brillant de l'hiver. Nolan en prend plein les yeux, il regarde partout, avant de lever la tête vers son camarade qui pose une main sur son avant bras pour attirer son attention. Gabin semble anxieux, ou stressé, ou quelque chose d'autre qui le tracasse. Du moins son expression est étrange, différente de celle de d'habitude. Il se mord la lèvre, jette un regard vers l'arrière, vers la maison, soupire.


« Je voudrais te dire quelque chose avant qu'on ne rentre... »
« Oui ? »
« J'ai... Je n'ai pas dis toute la vérité, tu... Je ne... »


Mais avant qu'il n'ai pu finir sa phrase, la porte s'ouvre sur une femme et un assez gros chien qui fonce dehors comme s'il en meurt d'envie depuis des heures. Il remue et court partout, avant de venir sauter autour de Gabin, dont le visage se crispe encore plus. Il se penche tout même pour caresser le dos de l'animal et lui fit signe de descendre, de se calmer, car il commence à venir renifler l'invité. Il va alors jouer dans le jardin, renifler les fleurs et trouver un coin idéal pour s'allonger. Nolan n'a jamais eu de chien, celui là est assez impressionnant, mais il semble juste avoir envie de s'amuser et d'avoir de l'attention. La femme à la porte s'avance, dépose un sac noir dans une grande poubelle en plastique et s'approche des deux garçons, avec un grand sourire, qui n'est pas inconnu aux yeux du châtain. Elle porte un simple gilet en laine gris, qu'elle referme bien sur sa poitrine en serrant ses bras autour d'elle. Ses cheveux blonds, mi longs, sont rattachés en un chignon assez brouillon au dessus de sa tête.


« Bonjour maman, dit Gabin d'une petite voix pour engager la conversation, je te présente Nolan. »
« Oh bonjour, je suis ravie de te rencontrer enfin, Gab n'arrête pas de parler de toi ! »
« Maman ! »


Nolan peut le jurer, c'est la première fois qu'il voit le bouclé aussi gêné et même rosir légèrement des joues. Il soupire et lève les yeux au ciel, détournant le regard vers son chien, mais la femme sourit d'autant plus et vient faire la bise au châtain. Il est un peu gêné aussi, surprit de rencontrer quelqu'un d'aussi chaleureux et vivant. Au moins, il sait d'où Gabin tient sa joie de vivre.


« Bonjour madame, enchanté aussi... »
« Oh non, pas de madame avec moi, j'ai l'impression d'avoir vingt ans de plus ! Appelle moi Hélène. »
« D'accord, alors. »
« Allez, rentrez il commence à faire froid ! Je vous ai préparé un bon chocolat chaud en attendant le repas de ce soir. »


Alors que la femme fait déjà sa route vers l'intérieur de la maison, le bouclé pousse un léger soupir, hausse les épaules et fait signe à Nolan de le suivre. Mais avant d'entrer, le châtain fronce les sourcils et appel son attention.


« Qu'est-ce que tu voulais me dire ? »
« Je... Il se mord la lèvre et secoue la tête. Laisse tomber, ce n'est... Tu verras plus tard. »


Son ton reste légèrement inquiet toutefois. Ils rentrent, suivis par le chien, la chaleur du foyer réchauffe tout de suite leurs membres. Ils retirent leurs couches de vêtements, gardent tout de même leurs pulls et se rendent au salon. Il est ouvert sur une grande cuisine à l'américaine, dans les tons taupe et blanc. Chaque objet, chaque couleur se répond et se suit. Dans ce décor, rien ne fait tâche. C'est un mélange entre le nouveau et l'ancien, sans que ce ne soit trop, des touches d'industriel pour donner un aspect brut et vieux. Tout est en ordre. En place. Tout est chaleureux et accueillant. Si bien que Nolan s'y sentirait facilement chez lui. La télévision est allumée, le son pratiquement muet, juste pour servir de fond sonore. Pour éviter un gros silence. Sur l'îlot qui sert à la fois de table et de séparation entre la cuisine et la salon, se trouvent deux tasses fumantes.

Gabin aborde à nouveau son sourire et va prendre place sur un tabouret noir et gris, il tourne dessus et regarde Nolan, tout timide, au milieu de cette grande pièce. Il essaie de se faire tout petit. Son sac de cours encore sur ses épaules, il laisse ses yeux traîner au sol. Le bout de ses Converses collés l'un contre l'autre. Le bouclé se met à rire légèrement, mais encore une fois, ce n'est pas pour se moquer. Il le trouve plutôt intriguant en fait, il a du mal à le comprendre, à la cerner et ça le rend d'avantage attirant. Pas seulement dans le sens physique, parce que oui il trouve Nolan beau, charmant, mais son esprit le semble tout autant. Voir plus.


« Tu viens ? Ça va te réchauffer de boire du chocolat. »


Le châtain relève la tête, les lèvres entre-ouvertes, avant qu'il ne morde son inférieure. Il va poser son sac au pied de la table basse, lentement et prendre place sur le tabouret tournant à côté de celui de son camarade. C'est là, du haut de son siège droit, qu'il remarque la mère de famille en train de préparer un repas, sur l'îlot central, en plein milieu. Derrière elle, un grand réfrigérateur de style américain, bleu pastel, et toutes les machines électriques nécessaires, indispensables dans une cuisine. Elle coupe des légumes, assez rapidement, comme ces chefs cuisiniers à la télévision. Gabin lui explique alors qu'elle travail dans un restaurant, dont elle est la patronne. Ce qui explique tout. Elle est dans son élément, ça se voit, ça se sent. Dans ses gestes, dans ses expressions, dans l'amour qu'elle met dans chaque esquisse.

Nolan glisse ses doigts autour de la tasse encore brûlante, ça réchauffe ses paumes, il en frissonne même. Gabin souffle sur le liquide marron, la tête penchée légèrement en avant, puis porte la tasse à ses lèvres rosées. Comme ses joues. De côté, ses boucles sont encore plus flagrantes, elles entourent le haut de son visage, ses tempes, sa mâchoire, dont l'os est parfaitement dessiné, et retombent sur le haut de sa nuque. Ses cheveux ne sont pas bien longs, mais assez épais, assez pour que Nolan ressente l'envie d'y passer ses doigts et jouer avec. D'abord, durant quelques secondes, Gabin ne le voit pas. Il est trop occupé, paupières closes, à savourer la sensation du chocolat chaud qui coule dans sa gorge et réchauffe son corps. Mais quand il les rouvre, il sent le regard de Nolan sur lui. Il sourit en coin, passe sa langue entre ses lèvres pour happer les gouttes qui voudraient s'échapper, repose sa tasse.


« Tu devrais le boire, il va être froid. »


Quand il tourne, enfin, son regard vers lui, il remarque l'expression gênée sur son visage et le rouge qui teinte ses joues. Maintenant, il sait ce que cela fait, d'être fixé. Le brun s'apprête à reprendre la parole, pour s'amuser un peu avec lui, le taquiner, mais le chien, précédemment allongé sur le tapis gris du salon se relève d'un coup et aboie. Deux secondes, une portière claque, deux secondes, des pas, la porte s'ouvre. Une femme d'une trentaine d'année, également, fait son entrée. Elle a des cheveux bruns, coupés au carré, la taille fine et svelte, malgré son manteau et son bonnet. Elle retire tout, alors que les trois personnes dans la pièces se retournent vers elle. Elle caresse le chien, lui pose un baiser sur le crâne et s'avance au salon. Un grand sourire sur le visage. Visage qui est, en beaucoup de points, similaire à celui de Gabin.


« Bonjour tout le monde ! »


Elle est assez grande, élancée, elle approche de l'îlot et pose un baiser sur le front du bouclé, passes doigts dans ses cheveux et lui se recule en grognant. Mais il lui sourit quand même. Elle se tourne ensuite vers leur invité et penche légèrement sa tête sur le côté.


« Bonjour, tu dois être Nolan, c'est ça ? »
« Bonjour, oui c'est moi. »


Même s'il est un peu confus, si la situation lui semblait floue, il reste poli et salut chaque personne qui fait de même. Le bouclé a tourné son tabouret pour le regarder, l'expression inquiète de tout à l'heure est revenue. Il joue avec ses doigts, l'interroge silencieusement avec ses yeux. Mais Nolan ne comprend pas trop, il est perdu.


« Ravie de te rencontrer alors, depuis le temps que Gab nous parle de son fameux camarade de classe ! Je suis Roxanne. »
« S'il te plaît.... »
« Mais quoi chéri, ta mère a raison ! Vu tous les mérites qu'il te donnait, on pensait qu'il t'avait inventé de toute pièce. »


Les deux femmes se mettent à rire, ensemble. Une parfaite harmonie. Et là, il comprend. Ça lui tombe dessus. Ce n'est pas lourd, ce n'est pas choquant, mais il lui faut quelque seconde pour réagir, pour assimiler. Le regard de Gabin dit tout, il sait qu'il sait. Il sait qu'il a compris. Plus encore quand, Roxanne s'avance alors dans la cuisine, un sourire heureux sur les lèvres et vient déposer un léger baiser sur celles de Hélène. Gabin a deux mères. C'est sa famille. Nolan n'aime pas tellement dire ça comme ça : deux mères. Comme si ça sortait de l'ordinaire. Mais c'est simplement pour concrétiser la chose, poser des mots dessus. Expliquer. Le bouclé lui jette un regard pour lui faire comprendre qu'ils en parleront après, quand ils seront seuls. Il hoche la tête et boit la première gorgée de son chocolat, qui a un peu refroidit. Au moins, il ne se brûle pas les lèvres.

Pendant près d'une heure, ils restent là. Tous les quatre. Ils font connaissance. Du moins, les deux femmes essaient d'apprendre à connaître le nouvel ami de leur fils. Elles sont toujours souriantes et chaleureuses, Nolan se demande si c'est simplement une apparence, mais quand il remarque les interactions entre Gabin et les deux parents, il se rend compte que ce n'est pas de la comédie. Que cette famille est belle, soudée, forte et aimante. Tout le contraire de la sienne. Il ressent cette pointe de jalousie, il envie le bouclé, d'avoir quelqu'un à qui se confier, quelqu'un à serrer dans ses bras, une grande personne qui peut l'écouter et comprendre ses problèmes d'adolescent. Ou simplement l'aimer en retour. Il se dit que lui, ne pourra jamais avoir ça. Que, malgré les faux efforts de sa mère, il ne se sentira jamais -assez- aimé. Et son père n'essaie même pas, il ne fait aucun pas vers lui, pour essayer de le comprendre ou l'approcher. C'est à peine, d'ailleurs, s'il a fait son éducation. Nolan n'est pas le fils parfait, celui à son image, qu'il voulait façonner à sa manière. Qui regarderait le foot avec lui, qui supporterait son équipe également, qui irait voir des matchs, ferait du skate en plus de la de la boxe par dessus le marché, et ramènerait une jolie fille à la maison aussi. Surtout. Le plus important.

Quand ils finissent leur tasse, Gabin tapote doucement la jambe du châtain et lui fait signe de le suivre. Il jette un regard timide vers l'arrière, pour demander la permission de quitter le salon en quelque sorte et le sourire de Roxanne l'incite à faire comme chez lui. Alors, un peu plus à l'aise, il suit le brun qui quitte le salon, l'emmène dans un long couloir d'entrée, monte l'escalier et entre à la troisième porte au fond du couloir. Sa chambre. Nolan s'arrête juste avant, par politesse, mais l'autre jeune homme rit et lui dit d'entrer. Toujours amusé par sa gêne. Sa chambre avait tout de celle d'un adolescent comme les autres, quelques photographies sur les murs, un bureau en pagaille, un lit simple, un grand poster de la lune décomposée sous ses plusieurs formes face à l'endroit où il dort, une grande bibliothèque avec plusieurs ouvrages, gros ou fins, une grande armoire également et quelques babioles qui traînaient au sol ou sur les étagères. Gabin prend place sur son lit, tapote la place à côté de lui pour proposer à celui qu'il considère comme son ami de s'asseoir.


« Alors, tu as compris, n'est-ce pas ? »


Nolan hoche la tête puis regarde l'expression nerveuse du bouclé, il ne l'a encore jamais vu dans cet état. Il joue avec les doigts, puis pousse un léger soupir. A la fois de soulagement, de lui avoir dit, et d'agacement. Parce qu'il s'en veut à lui-même de lui avoir caché cela.


« Pourquoi tu ne m'as rien dit ? »
« Ce n'est pas contre toi, je sais que... Que tu aurais accepté et compris, j'ai confiance en toi, je voulais te le dire bien avant d'ailleurs. Mais, quand tes parents ont abordé le sujet de ma famille, je n'ai pas... Osé leur dire que j'avais deux mères. Alors, j'ai préféré inventer un mensonge, plutôt que... Je ne les juge pas, ils sont très gentils avec moi, ta mère surtout. Seulement... Je ne voulais pas qu'il réagisse mal. On ne peut jamais prévoir la manière dont les gens vont réagir à... Ce genre de choses. »
« Un père, une mère. Deux mères. Deux pères. Ça ne change rien du tout. Peu importe l'avis de mes parents, ils n'ont pas la science infuse. Et sûrement pas le droit de juger avec qui j'ai le droit d'être am... D'être. »


Le châtain se rattrape sur son dernier mot, mais Gabin a tout à fait compris son attention, il relève alors la tête et son sourire apparaît de nouveau. Léger et fragile. Mais il est là. Sur le bout de ses lèvres. Existant. Pas encore lumineux comme les autres, mais il arrive. C'est le plus important. Gabin se sent prêt à se confier, à ouvrir ses barrières légères. Il s'allonge sur le dos, fixe son plafond blanc et inspire avant de se lancer. A ses premières paroles, Nolan suit son mouvement et s'étend à ses côtés. Silencieux. Pour la première fois, il tend l'oreille, il se préoccupe des problèmes des autres. D'un autre.


« Mes mamans sont très fortes, tu sais. Elles se connaissent depuis leur adolescence, elles ont eu des hauts et des bas, comme tous les couples je suppose, mais je suis très fier d'être leur fils. J'ai... Quand j'étais au collège et au lycée, on a m'en a fait pas mal baver parce que j'avais une famille différente selon la plupart des autres élèves. Même les parents étaient vraiment méchants parfois, envers elles quand elles venaient assister aux réunions avec les professeurs ou à différentes activités. C'est pour ça que je suis ici cette année, parce que nous avons déménagés. Dans mon ancien lycée, je... J'ai subi des violences, surtout verbales, mais aussi physiques. Juste une fois, seulement ça compte aussi... Je me suis fait taper à la sortie des cours. A cause de mes mères et aussi pour mon orientation sexuelle, que j'assume ouvertement. Un groupe de garçons m'attendaient, ils m'ont dit que les gens comme nous étaient répugnants et contre nature, avant de commencer à me donner quelques coups. »


Sa voix vrille, déraille, vers la fin de sa phrase. Il a besoin que ça sorte, d'ouvrir les vannes et de tout laisser sortir. Une grosse partie. Nolan comprend, il ne dit rien, mais il comprend. Parfaitement, même. Et pour le faire savoir, il se rapproche légèrement de lui pour faire toucher leur épaule. Ce n'est trois fois rien, pourtant ce simple geste suffit à rassurer le brun qui pousse un soupir tremblant. Puis reprend son récit.


« Ils n'ont pas eu l'occasion de faire plus, parce que deux filles passaient par ce chemin où ils m'avaient coincés et sont partis prévenir des surveillants. On les as retenu avant qu'ils ne partent, ils sont allés dans le bureau du principal. Moi, à l'infirmerie. Ils ont appelé mes mamans et elles ont quittés leur travail pour venir me chercher. Parce que j'avais réellement la trouille, j'étais surtout choqué et secoué. Elles aussi. Hélène tremblait, ne savait pas quoi dire et Roxanne pleurait en caressant mon visage abîmé. Je n'ai plus voulu remettre les pieds au lycée, elles ont portés plaintes, évidemment. Ces quatre garçons ont été expulsés provisoirement de l'établissement après plusieurs heures de colle et des blâmes. Ils se sont retrouvés sans école. »


Un début de larmes est perceptible dans sa voix, enfoui mais présent, caché bien derrière. Nolan trouve cela incroyablement courageux d'en parler à coeur ouvert, à un garçon qu'il ne connaît que depuis à peine un mois.


« Aujourd'hui, je ne sais pas ce qu'ils sont devenus, mais s'ils récidivent, ils peuvent se retrouver en garde à vue et en prison pour mineur. Enfin, c'est ce que nous a dit le policier, pour nous rassurer. Ce n'était pas suffisant à nos yeux, mais c'était le minimum, la loi je présume. Donc... Nous avons déménagés, loin, pour que je retrouve un autre lycée. Mes mamans ont du démissionner. Elles ont retrouvé du travail rapidement et... Moi, les cours. Pour le moment, ça se passe bien. Je n'ai eu aucun problème... »


Pour le moment. Ce sont les trois mots qu'il ajoute à la fin de sa tirade, dans un murmure à peine audible. Nolan, cependant, l'entend parfaitement et le comprend. Le ressent. Battre contre sa poitrine et pulser dans ses veines. Ce n'est pas de la haine, ou du dégoût, c'est plus puissant encore. Plus dur et plus fort. Il a presque envie de pleurer. Parce qu'il se plaint, il se croit le bouc et misère de la Terre entière, mais il oublie qu'il n'est pas l'unique être humain à subir le harcèlement. En voyant Gabin se comporter de manière très humble et fière devant ceux qui l'agressent, il se dit qu'il a dû bien évoluer. Apprendre de son passé. Se forger une carapace solide, qui ne lui fait pas courber l'échine devant les autres. Et il l'envie, il a envie de lui demander : passe moi un peu de ton courage, s'il te plaît, tu veux bien partager ? Il veut lui ressembler, avoir sa force, sa conviction, sa répartie et des personnes sur qui compter derrière. Sa famille.

Ils sont à peine éclairés, seulement par la petite lampe de chevet qui donne une couleur tirant sur le jaune, mais en tournant sa tête vers lui, Nolan remarque son visage crispé et le tremblement de ses lèvres. Ses paupières closes. Il n'a pas prononcé un seul mot depuis le début, pour le laisser parler comme il en avait envie, il sentait bien aussi que Gabin n'a pas besoin de paroles réconfortantes. Parfois, le silence en dit beaucoup plus. Cela tombe bien, parce que Nolan n'est pas très doué pour la conversation. Mais là, il sent qu'il a besoin de quelque chose. D'une présence. D'un signe. D'un soutient. Pour dire : je suis là, moi aussi. Alors, lentement, timidement, il bouge sa main, glisse ses doigts dans un frôlement contre son bras, son poignet et vient chercher les siens. Gabin émet un léger sursaut, il tourne sa tête vers la sienne et resserre ses doigts autour des siens avant de sourire. Ce vrai sourire. Qui peut faire fondre n'importe quel glacier. Qui murmure un merci silencieux mais qui résonne comme un tremblement de terre dans leur coeur.

Et ça fait du bien, parfois, de constater que nous ne sommes pas les seuls à traîner de lourds démons derrière soi.

Colored Nails.Où les histoires vivent. Découvrez maintenant