"La nuit a fait éclore dans la ville des milliers de lumières qui scintillent et paraissent se déplacer. On dirait des étoiles tombées à terre et qui cherchent à s'envoler de nouveau vers le ciel. Mais elles ne peuvent le faire. On ne peut jamais s'envoler vers ce qu'on a perdu." La petite fille de Monsieur Linh, Philippe Claudel.
I.
Il regarde sa main avec attention, son coeur bat la chamade, il a du mal à réfléchir en l'entendant résonner dans son cerveau. Boum. Boum. Boum. Ca fait presque mal. Son regard vague entre quelques flacons. Du rose, du bleu, du noir, du rouge. Toutes les couleurs lui sont offertes, mais pas forcément le droit de les porter. Il aime particulièrement la nuance violine, cela ressemble un peu à la galaxie, à l'explosion de l'Univers. D'une main légèrement tremblante, il saisit alors la petite bouteille et dévisse le capuchon, il hésite quelques secondes avant de commencer à s'en appliquer sur l'ongle de son index. Les autres suivent. Le liquide, lisse et presque brillant, est tout à fait comme il le souhaitait quand il l'avait acheté quelques heures plus tôt. Enfermé dans la salle de bain, il fait cela en cachette, même si tout le monde finira par le découvrir d'une façon ou d'une autre. Il n'était pas du genre à être tellement gêné par le regard des autres, au contraire, il gardait la tête haute et était même fier de ce qu'il avait accompli jusqu'ici. De la manière dont il avait su évoluer et grandir, mentalement et physiquement. Une gradation dont personne s'était rendu compte, évidemment. Il avait pris de la force, de l'assurance, du caractère et de l'intelligence à défaut de prendre du muscle. Les autres garçons de son école sont tous rangés à peu près dans le même sac, tous guidés par le sport, le foot, les filles, les soirées bien arrosées, le rap, la musculation... Lui préfère se construire un monde et un futur solide avec des livres, des crayons et du papier, du bon vieux rock et en éloignant le plus possible de lui la chute fatale qu'est celle de l'amour. En soit, ses deux seules relations amoureuses se sont révélées être des échecs cuisants, qui lui avaient brisé le coeur en mille morceaux. Alors, certes il n'a pas banni ce sentiment de sa vie, mais il agit comme s'il peut parfaitement exister sans, ou le puiser seulement en se nourrissant d'histoires d'amour victorieuses. Après tout, ces livres restent de la pure fiction, mais rêver ne lui est pas interdit.
Le résultat final est satisfaisant. Nolan regarde ses mains avec un petit sourire en coin, ses ongles violacés sont maintenant beaux et secs. Flamboyants. Il se sent flotter légèrement. Il se lève enfin et ouvre la porte pour descendre au salon, ses parents sont déjà partis au travail, après avoir conduit son petit frère à l'école, et il ne reste plus que sa grande sœur. Elle en est déjà à sa dernière année de faculté, en master de droit. Il l'envie, lui, encore à devoir subir la terminale et le baccalauréat. La jeune femme finit de ranger son petit-déjeuné quand il entre dans la cuisine afin de se servir un verre de jus d'orange et prendre son sandwich en guise de repas du midi. Elle jette un coup d'oeil à sa main qui tient la porte du réfrigérateur et soupire, posant l'éponge verte sur le rebord de l'évier.
« Tu ne devrais pas porter ça pour aller en cours No'.»
« Aucune loi ne me l'interdit. Répond-t-il simplement en refermant la portière, ne lui accordant pas même un regard. »
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Colored Nails.
Romance« De quelque façon que les hommes veuillent me voir, ils ne sauraient changer mon être, et malgré leur puissance et malgré toutes leurs sourdes intrigues, je continuerai, quoi qu'ils fassent, d'être en dépit d'eux ce que je suis. » - Rousseau, Les R...
