'It would be too easy to say that I feel invisible. Instead, I feel painfully visible, and entirely ignored.' — David Levithan, Every day.
Nolan déteste les lundi. Ce n'est pas nouveau. Mais celui-là, est sûrement le pire de tous. Comme d'habitude, on lui a donné des coups d'épaule à son arrivée le matin, on l'a poussé qu'il fasse tomber ses affaires et encore des tas de choses stupides que même des primaires ne font plus. Ça, il est habitué. Par contre, se retrouver dans la file d'attente pour passer au réfectoire, ça il déteste. De toute sa scolarité, en trois ans, il ne s'est rendu qu'une fois à la restauration du lycée. Premièrement, parce que les repas y sont infectes. Deuxièmement, parce que l'attente est souvent très longue et il est difficile de trouver une place seul. Et troisièmement, parce qu'il a tous les regards braqués sur lui quand il arrive dans le réfectoire avec son plateau. Alors, c'est une satisfaction pour lui d'y avoir échappé. Seulement aujourd'hui, Gabin n'a pas eu le temps d'aller acheter de quoi manger, sa mère était en déplacement et elle n'a pas eu le temps de lui préparer quoi que ce soit. Sans compter que son réfrigérateur est vide. Du moins, c'est ce que le bouclé lui a raconté ce matin, en cours d'anglais avant que le professeur n'arrive. Et Nolan l'avait regardé, l'air de dire : Et alors, qu'est-ce que ça me fait ? C'est vrai, ce n'était pas réellement son problème. Cela ne l'empêcherait pas de manger seul, sur un banc, dehors. Mais Gabin avait su trouver une faille, un moyen de le faire céder.
« Non mais tu vois, tu n'es pas obligé de m'accompagner, évidemment, mais juste... Enfin, j'aimerai que tu viennes avec moi. Je n'ai pas tellement envie de manger seul, ou même avec les autres abrutis de la classe. Les entendre parler du dernier match de foot ou de combien de filles ils ont réussi à mettre dans leur lit, ça ne m'intéresse pas trop. »
« Et... Un garçon qui ne parle jamais, ça t'intéresse ? »
« Tu parles là. Puis, avec toi, je me sens à ma place. »
Il lui avait répondu qu'il n'aimait pas manger au réfectoire et Gabin lui avait lancé un regard tellement attendrissant, accompagné d'une moue d'enfant triste, que Nolan n'avait pu que céder. La seconde après son : oui, il avait tout de suite regretté. Il savait que ce serait un enfer pour lui, et il n'avait pas eu tord. A peine se sont-ils approchés de la grande porte battante, d'où sort déjà le brouhaha oppressant, que son coeur s'emballe. Il a la nausée. Il veut faire demi-tour. Seulement, il ne peut plus faire marche arrière. Il a promis à Gabin. Quoique... Ce n'était pas tellement une promesse. Mais, bizarrement, il se sentirait coupable de le laisser tomber maintenant. Si proche. Puis, il est affamé. Même si l'odeur n'est pas très alléchante, il peut se réconforter en se disant qu'il aura le droit à un bon dessert. Le seul point positif du menu proposé aujourd'hui. Alors, il fait un effort. Il sert les poings et suit le bouclé à l'intérieur. Parfois, il lui lance un regard en coin, un peu inquiet, lui demande silencieusement s'il va bien. Nolan fait toujours en sorte de détourner les yeux, il fixe le sol ou un point devant lui. Pour oublier le monde autour, les regards qui le perforent. Ses mains commencent à être moites autour du plateau en plastique, elles tremblent légèrement. Dans sa tête il se répète : je peux le faire je peux le faire je peux le faire je peux le faire...
Comme tout le monde, ils font la queue. Une attente qui se prolongent à cause de ceux qui ne savent pas choisir entre une salade de thon ou un œuf-mayonnaise. Le châtain a seulement envie de s'enfuir très vite, de quitter le réfectoire et de rejoindre l'air frais de l'hiver dehors. Son sac remplit de cahier de cours sur son dos rend le poids de son corps encore plus lourd, plus insupportable. C'est leur tour. Gabin mange pour quatre, et pourtant il reste mince avec des formes élancées et fines. Il prend une assiette de salade de riz, le plat principal qui se constitue de steak haché dur comme une semelle et des pâtes qui dégorgent d'eau, accompagnées de sauce tomate. Nolan accepte l'assiette que lui tend la grosse dame rousse avec un filet sur les cheveux, il n'a pas trop le choix de toutes manières, il a payé son repas avec l'argent qui lui sert à acheter son sandwich pour le lendemain. Autant ne pas le gâcher. Au niveau des desserts, il se sent un peu plus rassuré. Il hésite entre un yaourt au fruit ou un brownie. Étant donné qu'il est fondu de chocolat, il penche pour le deuxième choix. Comparé à celui de Gabin, son plateau est vide. Mais il est satisfait d'avoir eu la viennoiserie qu'il voulait, quand bien même elle semble un peu dure.Seulement, son moment de paix n'est pas bien long. Il sent une tape ferme dans son dos, juste avant qu'il n'atteigne l'entrée dans le réfectoire avec toutes les tables, et il se fige sur place. Le trio d'imbéciles viennent barrer son chemin. Drew tient son plateau d'une main et passe son bras autour des épaules de Nolan. Il se crispe, serre sa prise autour du plastique. Il déteste les contacts en général. Mais avec eux, c'est encore pire, il les hait. C'est le plus gros de la bande qui amorce le premier geste, il tend la main et saisit le brownie posé sur le coin de son plateau en souriant, alors que le sien est déjà remplit au moins pour cinq personnes.
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Colored Nails.
Romance« De quelque façon que les hommes veuillent me voir, ils ne sauraient changer mon être, et malgré leur puissance et malgré toutes leurs sourdes intrigues, je continuerai, quoi qu'ils fassent, d'être en dépit d'eux ce que je suis. » - Rousseau, Les R...
