Partie dix-neuf.

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« Try to be a rainbow in someone's cloud » - Maya Angelou.



XIX.



Deux ans plus tôt.


La couleur rouge semble briller dans la pièce. Nolan a l'impression de ne voir qu'elle. Il la regarde, tourne le tube dans tous les sens entre ses doigts. Jamais il n'a vu quelque chose d'aussi pur et beau. Ça sent bon, la vanille. Il se demande si c'est créé uniquement dans le but que les lèvres aient un goût quand on les embrasse. En tout cas, il ne réfléchit pas plus longtemps et applique un peu de cette couleur sur ses lèvres. Il commence par celle du dessous, elle se colore rapidement de rouge. Le trait est soigné, bien qu'un peu maladroit. Il déborde légèrement sur le coin de la bouche. Un premier essai. Et le dernier. Car la porte de la salle de bains s'ouvre sur Emmanuelle. Elle pensait être seule, elle croyait par mégarde que Nolan était dans sa chambre à ce moment là. Un mascara et une brosse à la main, elle s'arrête dans son mouvement et se fige dans l'entrée de la pièce.

Elle voit Nolan. Debout, devant le miroir. L'air terrorisé ou honteux. Un de ses rouge à lèvres entre les doigts et du rouge sur sa lèvre inférieure. L'air s'est figé si soudainement qu'ils ont l'impression de voir les atomes flotter autour d'eux. Nolan, surtout, a la sensation de ne plus pouvoir respirer. Comme si les murs se resserraient autour de lui pour ne plus lui laisser que quelques secondes de survie. C'est cet instant de malaise, de danger, lorsqu'on se sait être pris sur le fait de quelque chose d'interdit. Pourtant, Nolan mieux que personne sait parfaitement que porter du rouge à lèvres quelque soit son sexe n'est pas un geste banni. Donc, ce n'est pas si terrible. Simplement rare. Même, il a déjà vu des garçons en porter sur des affiches publicitaires de grandes chaînes de cosmétiques, alors... Pourquoi pas lui ? Si cela lui plaît, s'il a envie d'essayer, de peut-être y trouver un plaisir.

Mais alors que sa sœur s'apprête à prendre la parole, il pose précipitamment le tube encore ouvert sur le rebord de l'évier et quitte la pièce dans un coup de vent. Comme elle est rentrée. Sans oser lui jeter un seul regard. Non pas qu'il avait honte, mais il se sentait pris le fait. Il retourne s'enfermer dans sa chambre, un lieu sûr. Là, il se tient debout devant son miroir au mur. Ses yeux bleu observent son visage, ses joues rosées puis sa lèvre inférieure couverte de rouge. Sous sa peau, au creux de sa poitrine, son coeur pulse excessivement vite. Les battements écrasants d'une troupe qui part au combat. Il passe ses doigts dessus, frôle dans la caresse aussi légère que celle d'une plume la texture qui recouvre sa peau gercée. Il en a un peu sur les doigts. Un soupir s'échappe de sa bouche, il prend un mouchoir, de l'eau d'une bouteille quasiment vide sur son bureau et nettoie sa bouche. Tout cela fini à la poubelle, entre les brouillons de ses devoirs et un paquet de gâteaux vide.

Pendant quelques secondes, Nolan ne bouge pas, il fixe les mouchoirs froissés. Il cherche à savoir si l'emballement dans sa cage thoracique est dû à la peur d'avoir été surpris ou au sentiment proche de la révélation qu'il a ressenti lorsqu'il ses lèvres se sont habillées de cette couleur vive rouge. Ou encore au fait que cette part de son identité n'est bonne qu'à finir cachée, enterrée au fond d'une poubelle. Puis les larmes pointent à ses yeux, les font briller, et dévalent sur ses joues. Elles meurent, au creux du col de son tee-shirt, en même temps qu'une part de lui-même.


Aujourd'hui.


Demain. Demain la photo de classe. Le grand jour. Les élèves sont impatients. Chaque année le même engouement. Choisir le thème de la classe, les costumes. Le moment idéal pour se montrer créatif. Mais Nolan ne se sent pas l'âme d'un artiste. Venez comme vous êtes. Voilà le thème choisi par sa classe. Il aurait largement préféré incarner les dieux grecs ou se déguiser avec un béret, une baguette de pain et une marinière. Seulement, le vote a été unanime, pour montrer la diversité culturelle et internationale du lycée, selon les autres élèves. Le professeur de français a immédiatement adoré l'idée, la notion de fraternité et de laïcité. Et Nolan a eu envie de rire à ce moment là. Un rire jaune et ironique. Parce que, l'égalité ce n'est pas seulement entre les religions ou la couleur de peau, mais ça se joue aussi sur la question de la sexualité.

Gabin aussi ça le dérange. En classe, il est intervenu pour dire que ce n'était pas très original et recherché à ses yeux et qu'ils ne gagnerait pas le prix de la meilleure photo de classe avec ce thème. Mais sa remarque n'a amené qu'un long débat sur la devise de la France auquel le professeur a dû mettre fin pour reprendre son cours. Et, au final, le thème a été approuvé et gardé.

La tête posée contre la vitre, Nolan regarde le ciel presque noir et les gouttes de pluie sur la fenêtre du bus. Gabin referme correctement son manteau et lui donne un léger coup de coude afin de lui signaler qu'ils sont à leur arrêt. Ils descendent, ensemble. Ils marchent en silence, Gabin sent bien que quelque chose ne va pas. Que Nolan est, plus que d'habitude, extrêmement silencieux. Ailleurs. Pourtant, il ne dit rien pour le moment. Ils font la route jusqu'à chez lui, jusqu'à la porte d'entrée. Le chien les accueille joyeusement en venant demander des caresses aux deux adolescents. Hélène est là, elle lit un livre dans le canapé, la télévision allumée comme fond sonore. Elle veut se lever, mais Gabin s'approche, pose sa main sur son épaule pour lui dire de rester là et un baiser sur son front. Nolan vient lui faire la bise timidement, prend des nouvelles de son état même si Gabin lui en donne tous les jours. Ensuite, ils vont tous les deux dans sa chambre. Nolan pose son sac au sol et s'installe sur le rebord du lit.


« Tu as l'air ailleurs. »


Gabin prend enfin la parole, tout en rangeant ses affaires dans ses armoires et sur son bureau. Nolan hausse les épaules, pousse un léger soupir et s'allonge sur le dos, de travers dans le lit. Il fixe le plafond, il réfléchit. Ferme les paupières.


« Je pense au thème de la photo de classe, demain. »
« Encore ? Ça fait presque un mois qu'on a voté. Ça te tracasse, hein... »
« Mais je n'ai pas trouvé ce que je vais faire. »
« Viens comme tu es, c'est le thème il paraît. »


Un fin sourire prend place sur les lèvres de Nolan. Gabin a toujours su prendre les choses, affronter les pires situations, avec humour. Nolan aimerait posséder ce don, savoir aborder les situations dérangeantes avec légèreté. Trouver le bon côté. Rester optimiste. Mais lui, il n'y parvient jamais. Il ne tire toujours que le mauvais, le pire d'une situation.


« Tu sais comment tu vas venir, toi ? »
« Comme aujourd'hui. Avec des vêtements différents, je vais simplement un peu plus soigner mes cheveux et voilà. Ce n'est pas sorcier. »
« Oui... »
« Qu'est-ce qui te pose problème ? »


Le thème en lui-même, c'est ce qu'à envie de répondre Nolan. Prôner la diversité, la fraternité, c'est bien beau comme message, mais il ne se voit pas comme faisant partie de cette diversité. Tous les jours, lorsqu'il franchit les grilles du lycée, il sent une boule se former dans son estomac. Il se demande à quelle nouvelle insulte, à quel nouveau tour il va avoir droit. Depuis un petit moment, cependant, la bande de Drew ne s'attaque plus à lui mais à un nouvel élève qui s'attire, en plus des faveurs de tous les professeurs quant à ses notes exemplaires, les remarques et l'attention de ces trois garçons qui prennent plaisir à en faire leur cible. Mais il y existe un autre problème qui ronge le coeur de Nolan bien plus atrocement que les regards qu'on peut porter à son égard.


« Je veux réellement venir comme je suis. »
« Alors vas-y ! »
« J'ai un peu... Peur. »
« On s'en fiche des autres, tu le sais. Tu viens comme tu veux No', comme tu es. »
« Non, pas eux. Non, j'ai peur de... Toi. »
« De moi ? »


Gabin hausse un sourcil, l'air étonné et prend place sur le bord du lit. Il se demande s'il doit rire, à ce moment même, ou le secouer par les épaules jusqu'à lui faire revenir la tête sur Terre. Pourtant, Nolan le sait parfaitement. Il sait que Gabin est sûrement l'une des rares personnes en qui il peut avoir une confiance aveugle, totale même. Sans hésiter une seule seconde, il laisserait sa vie entre ses mains en étant certains qu'il en ferait de l'or. Il sait que Gabin serait certainement le dernier à le juger, à critiquer n'importe lequel de ses mouvements. Mais, malgré ces assurances, Nolan ne peut s'empêcher de se questionner, d'avoir peur, de craindre le pire. Dans sa tête, il expose toutes les théories possibles, les scénarios qui pourraient se dérouler à l'instant. Quand il ose enfin le regard, il lit de l'interrogation et de l'inquiétude dans ses orbes noisettes.


« Et si le vrai moi... Ne te plaît pas ? »


C'est cela même, le vrai problème. Évidemment, Nolan a montré la majorité de ses facettes à Gabin, il n'a pas essayé de cacher sa personnalité ou qui il est réellement. Parce qu'entre eux, ça a tout de suite était naturel. Nolan a senti qu'il n'avait pas besoin de se créer une carapace en sa présence, que Gabin était et est encore sa protection. Que, sous son regard, il parvient à révéler et vivre en étant lui-même et pas ce que tout le monde semble attendre de lui. En si peu de temps, en entrant dans sa vie comme un véritable raz-de-marée, Gabin a su lui donner et lui faire acquérir une confiance énorme en sa personne. Le faire s'accepter. S'accepter comme il est. Nolan Talmon. Et non pas l'image rangée du parfait fils dans laquelle ses parents essaient à tout prix de le faire rentrer. C'est une illusion. Une image qui ne colle pas à sa peau.

Et il y a Gabin qui le regarde, les yeux brillants et un sourire triste sur ses lèvres. Ce genre de regard qui tord l'estomac et donne envie de serrer la personne dans ses bras jusqu'à ce qu'elle aille mieux. Il se penche, s'appuie sur son coude, près de lui. Son visage n'est pas très loin du sien. Sa main glisse lentement sur celle de Nolan, la caresse. Leurs doigts se cherchent et se lient. Ne se quittent plus.


« Parce que ce n'est pas le vrai toi, là ? »
« Si.. Enfin, pas totalement. »
« Comment cela ? »


Un soupir s'échappe des lèvres de Nolan, il passe sa langue entre ses lèvres, ses doigts serrent lentement ceux de Gabin.


« Je n'ai pas envie de te faire honte. »
« Ce ne sera pas le cas, tu le sais. »
« Non Gab, tu ne sais pas. Pas encore. »
« Dis moi... C'est le vrai toi que je veux voir, je ne supporte pas que tu me caches une seule partie parce que tu as peur que je te repousse. Je t'ai déjà dis ce que j'en pensais. »


Nolan se mord la lèvre, se redresse lentement et regarde autour de lui. Il sait que Gabin ne porte aucune importance à l'apparence, à ce qu'il peut bien porter. Que ce soit attribué à tel sexe ou à un autre. Qu'il se peigne les doigts d'une certaine couleur ou non. Qu'il colore certaines mèches de ses cheveux en bleu violacé ou en rose saumon. Alors, Nolan se dit finalement que cette dernière partie de sa personnalité, qui forme le tout, ne peut pas être si terrible en définitive. Ce n'est qu'une pièce de plus, la dernière, qui constitue et ferme le puzzle. Et là, là seulement, il pourra lui offrir l'image du véritable Nolan. Nolan entier et réel. Le Nolan qu'il est. Mais d'abord, il se doit de lui raconter une histoire. Celle où tout a commencé.


« Quand je suis rentré en seconde, j'avais cette amie. Elle s'appelle Aenor, elle a quitté le lycée après la seconde pour se réorienter et parce que ses parents déménageaient dans le sud de la France. Peu importe. On s'est tout de suite bien entendu. Elle était extrêmement timide, on était seuls tous les deux, mais elle a eu le courage de venir vers moi. Elle avait un beau sourire, il respirait la joie de vivre, tu aurais dû voir ça. Elle m'a accompagné pendant toute l'année scolaire, on a partagé énormément de choses, de souvenirs dont je me souviens encore. J'ai une photo de nous deux, dans mon tiroir. Mes parents ont tout de suite cru qu'elle m'attirait et que je voulais qu'elle soit ma petite amie. Il ne s'était simplement pas encore fait à l'idée que j'aimais les garçons... Elle était comme ma meilleure amie, ou une petite sœur que je n'ai jamais eu. Dans tous les cas, elle m'a beaucoup aidé. Notamment à me découvrir et m'affirmer. Un jour, j'ai été chez elle, elle m'a montré ses vêtements, ses collections de livres et son maquillage... J'ai été attiré par ses rouge à lèvres. Je trouvais ça beau... Elle en a mis sur ses lèvres et là, je me suis tout de suite dit que je voulais faire pareil. Que moi aussi je voulais en porter. Parce que c'était si élégant sur elle, ça illuminait tout son visage. J'étais persuadé que ça embellirait mon sourire, à moi aussi. Je suis rentré chez moi, quelques jours plus tard, j'ai voulu essayé celui de Emmanuelle. Sauf qu'elle m'a pris sur le fait. Elle a pas su réagir, j'étais paralysé. Mais je me suis regardé dans le miroir et ça me tordu l'estomac, parce que je savais que c'était une part de moi qui s'effaçait aussi quand je le retirais. C'est idiot... Pour un foutu rouge à lèvres... Et je n'ai jamais osé en acheter. Parce qu'on fait bien comprendre aux garçons que ce n'est pas naturel et normal. Que ce n'est que pour les filles. Même encore au vingt-et-unième siècle, ça passe mal. Pourtant, quand je l'accompagnais dans les boutiques, j'avais toujours cette envie d'en acheter, d'en posséder un... »


Nolan exprime un rire étranglé, ironique presque et bientôt il sent la main chaude de Gabin prendre la sienne et les faire se relever. Il ne pose pas de question, il le suit. Dans la pièce à côté, la salle de bain. Ses sourcils se froncent tout de même quand il le fait s'asseoir sur le bord de la baignoire et se met à fouiller dans une étagère sur le côté. Lorsqu'il revient, il tient quatre tubes entre ses mains, de différentes formes et couleurs. Après avoir pris place en face de lui, il tend les paumes et sourit.


« Choisis une couleur qui te plaît. »


Et Nolan comprend que ce sont des rouges à lèvres, il distingue des marques célèbres et des indices sur les couleurs. Mais immédiatement, couvert de honte, il secoue la tête alors qu'il sent les battements de son coeur s'accélérer. Gabin soupire, lève les yeux au ciel et ouvre les bouchons pour exposer les couleurs au grand jour.


« Je te verrais bien avec un rose légèrement violacé aujourd'hui. Le rouge c'est pas mal aussi, ça fait ressortir le bleu de tes yeux. »
« Qu'est-ce que tu fais... ? »


Nolan recule sa tête tandis que Gabin approche le bout prune près de son visage, son regard chocolat concentré sur lui. Passant de ses lèvres entre-ouvertes à ses yeux ébahis et hagards.


« Choisis une couleur. »
« C'est à l'une de tes mamans, je ne peux pas... »
« Ne t'en fais pas, Hélène n'en mets quasiment plus et elle va sûrement adorer te voir le porter. »
« Je ne vais pas le porter devant elle... Hors de question... »
« Pourquoi pas ? »
« Mais ça ne se fait pas ! »
« Nolan ! Je croyais que c'était une partie de toi ? Et si tu as envie d'en mettre, je ne vois pas le problème, ce serait même très joli. D'ailleurs, si tu veux en mettre demain, je serais ravi de t'aider à choisir ta couleur ou venir en acheter avec toi. »


Nolan pousse un soupir mais désigne la couleur que Gabin tient dans sa main. Taupe. Discret mais chic. Un sourire se dessine sur les lèvres de Gabin qui range les autres couleurs dans la trousse à côté de lui.


« Tu me laisserais te l'appliquer ? »


Il n'en faut pas plus qu'un hochement tête pour que Gabin se mette à l'oeuvre. Concentré comme jamais, il se penche sur la bouche de Nolan et fait glisser le bout coloré sur sa lèvre inférieure. C'est lisse, doux. Nolan reste droit, stoïque, pour ne pas que le maquillage dérape, mais en réalité il a envie à la fois d'exploser en larmes et de se jeter dans les bras du jeune homme en face de lui. Ses gestes sont lents, méticuleux, précis. Il prête une attention particulière à ce que le trait soit parfait. Lorsqu'il termine par le coin de la lèvre du haut, Nolan se sent complet. Vivant. Enfin lui-même. Dans sa totalité. Bien que ce ne soit qu'enfermé entre les quatre murs d'une salle de bains. Gabin se recule, sourit, fixe ses lèvres quelques secondes. Son voisin a à peine le temps de rependre son souffle, ses esprits. Puis, subitement, il se penche sur celles-ci et les embrasse. Un baiser nouveau, passionné. Ils s'accrochent l'un à l'autre. Se respirent. Se découvrent encore. Allument une nouvelle étoile dans leur ciel. Et Nolan réfléchit, se dit qu'il s'est trompé, que son idée était insensée. On n'embrasse pas quelqu'un parce que ses lèvres ont un goût particulier avec du rouge à lèvres. Quand ils se détachent, ses joues se colorent d'un voile rosée et le sourire de Gabin s'étend jusqu'à creuser ses fossettes. Lui aussi, ses lèvres sont légèrement teintées de cette nuance taupe.


« Gab, pourquoi tu me mets du rouge à lèvres si c'est pour me l'enlever deux secondes après en m'embrassant ? »
« Je voulais vérifier si c'était bien tenu pendant huit heures comme marqué dessus. »


Leurs rires se mêlent, se confondent. Puis ils s'embrassent à nouveau, c'est Nolan qui fait le premier pas et vient chercher les lèvres de son voisin. Ils rient durant ce second baiser, c'est maladroit, gauche, Gabin se retrouve avec du rouge à lèvres sur les dents de devant. Nolan joue avec ses cheveux, le regarde en souriant.

« Alors, tu en penses quoi ? »
« Ils ne mentent pas, la texture tient vraiment bien sur le... »
« Non, il rit et secoue la tête, tu en penses quoi du... Vrai moi ? »


C'est un nouveau sourire qui prend forme sur le visage de Gabin, un sourire lumineux. De fierté. Et de quelque chose de nouveau, qui fait vibrer le coeur de Nolan. Il vient chercher sa main, noue leurs doigts, glisse les autres contre sa joue. Son pouce frôle doucement sa lèvre inférieure, la pulpe de son doigt produit la caresse d'une plume sur sa peau, lui déclenche un frisson de la tête aux pieds.


« J'aime énormément. Le vrai toi, il me plaît plus encore. J'aimerais le voir sur toi demain, lors de la photo de classe, parce que tu viendras comme tu es. Pourquoi est-ce que j'aurais honte de ça ? De toi ? Nolan Talmon. Mon Nolan, celui que j'aimerais voir tous les jours comme ça, heureux, le regard vif et brillant... Parce qu'il vaut la peine que tout le monde le connaisse. Parce qu'il est exceptionnel... Tu es beau, tu es tellement beau Nolan. »


Soufflé, Nolan ne sait pas quoi répondre. Il le fixe, silencieux, la prise autour de ses doigts se resserre. Et il sent, il entend son coeur tambouriner dans sa poitrine. A travers les yeux de Gabin, il en est sûr maintenant. Il ne peut pas en douter. Il ne peut plus. C'est évident. Il peut être lui-même, entièrement. Il en a le droit. Ce n'est pas interdit de s'habiller ainsi, de porter du maquillage même s'il n'est pas de sexe féminin. Son genre ne détermine rien du tout, aucune barrière, aucun principe. En fait, il est libre de faire et de porter ce qu'il veut. Il le fait pour lui, pour se sentir à l'aise dans sa peau. Pour se sentir comme il est. Il est ainsi. Et Gabin l'accepte. Gabin accepte le vrai Nolan.


« Nolan... ? »
« Oui ? »


Ils se regardent. Pendant quelques secondes, c'est le silence qui règne. Et les mots qui flottent autour d'eux.
Une nouvelle étoile est sur le point de s'allumer, de briller mille fois plus fort que les autres. Ce sera celle qui les guidera toutes.
Oui, Nolan s'est trompé, son idée était insensée. On n'embrasse pas quelqu'un parce que ses lèvres ont un goût particulier avec du rouge à lèvres. Il sait pourquoi maintenant...


« Je t'aime. »


On l'embrasse parce qu'on en est amoureux. 

Colored Nails.Où les histoires vivent. Découvrez maintenant