Partie vingt :

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« Dans mon âme a fleuri le miracle des roses,

Pour le mettre à l'abri, tenons les portes closes.

Je défends mon bonheur, comme on fait des trésors,

Contre les regards durs et les bruits du dehors. » -Intérieur, A l'heure, Renée Vivien.


XX.


Son visage apparaît, derrière les grilles du lycée, entre les têtes des autres élèves. Et tout ce que Nolan sait y lire à présent sont ces mots qu'il a prononcé sincèrement, en plongeant son regard dans le sien. La veille. Dans l'endroit le moins romantique au monde. Après un baiser électrisant. Ils résonnent encore dans sa tête, comme si toute une nuit blanche n'avait pas suffi à former l'idée dans son esprit. Je t'aime. Je t'aime, il lui avait murmuré sur un ton tout à fait sérieux et franc. Il n'avait jamais paru aussi sûr de lui qu'à ce moment là. Et Nolan, troublé, n'avait su quoi répondre. La réponse attendu n'avait pas franchi ses lèvres, en vérité il n'avait su lui adresser qu'un sourire timide, tremblant d'émotion. Et Gabin avait compris sans même avoir besoin de mots, il avait glissé sa main sur la sienne et lui avait lentement murmuré que ce n'était pas grave s'il ne lui répondait pas maintenant, qu'il avait tout son temps, qu'il pouvait aimer pour deux en attendant. Alors, à défaut de savoir s'exprimer verbalement, il avait embrassé ses lèvres et y avait déposé en même temps la promesse d'un jour lui rendre ses mots. Deux mots. A l'apparence si simples mais qui, littéralement, veulent dire quelque chose de fort. Nolan sait que, de nos jours, ils sont utilisés si fréquemment qu'ils en deviennent faibles et vides de sens. Mais à ses yeux, ils possèdent encore l'intense puissance de faire bondir un coeur. Exactement comme Gabin est parvenu à le faire.

Ce n'est pas un leurre. Il l'a senti et il le sent encore, ce picotement agréable au creux de son estomac. L'impression délicieuse que son coeur s'apprête à exploser en millier de petits éclats d'étoiles filantes à l'instant. A l'instant où il y pense, où il se répète en boucle ces deux mots dans sa tête. A l'instant où il revoit le regard flamboyant de Gabin posé sur lui. A l'instant où Gabin franchi les portes du lycée et s'approche de lui, un sourire pétillant illumine son visage. Et il n'a même pas le temps de demander je peux t'embrasser que Nolan prend les devants. Non, il n'a plus peur. Les regards, les rumeurs, les murmures, il ne s'en préoccupe plus. C'est exactement comme si son champ de vision ne se réduisait plus, maintenant, qu'à Gabin. Il glisse une main sur sa nuque et dépose un baiser contre ses lèvres. Gabin est heureux. Plus que d'habitude. Il déborde de joie. Même si Nolan n'a pas répondu à son je t'aime, hier, il sait que ce n'est pas parce que ses sentiments ne sont pas réciproques, mais simplement parce qu'il ne se sent pas prêt. Que ces mots lui font peur, qu'ils impliquent d'avoir le courage d'avancer dans le noir pour trouver une main au bout du tunnel. Ils se détachent, Gabin lient leurs doigts et le regarde. Ses yeux brillent quand il murmure

« Tu es beau, Nolan. Tu es vraiment beau. »

Les lèvres de Nolan s'étendent elles aussi dans un sourire à la fois timide et heureux. Elles sont teintées d'une couleur rosée, tirant légèrement sur le violet. Il porte sa veste en jean au dessus d'un tee-shirt blanc, celui-ci rentré dans son pantalon serré couleur rose pâle. Hier, il laissé Théo lui appliquer du vernis à ongle de la même teinte. Grâce à l'énorme confiance, l'énorme confidence, l'énorme assurance que lui a offert Gabin la veille, il a décidé de venir comme il est. Pour la photo de classe. Puis, dans les couloirs, il serre la main de Gabin et la garde dans la sienne, parce qu'il fait également partie de ce qu'il est. En chemin, ils croisent différents déguisement, certains plus insolites et originaux que les autres. Au détour d'un couloir, ils croisent Anouk et elle s'arrête devant eux en souriant. Elle voit Nolan, puis Gabin, puis leurs mains liées et c'est à son tour d'aborder un sourire animé par le bonheur. Ainsi, elle est quasiment méconnaissable, déguisée en Mia Wallace, l'héroïne de Pulp Fiction. La coupe au carrée, noire, raide, la frange. Des traces rouges sur sa chemise blanche et quelques unes sur son visage. Elle s'approche de Nolan, le prend dans ses bras et embrasse sa joue rapidement. Furtivement, elle lui murmure un félicitation, tu es très beau quand tu es heureux, avant de saluer Gabin et s'éloigner.

Colored Nails.Où les histoires vivent. Découvrez maintenant