— Promets-moi de m'emmener avec toi. Promets-le, Nicolas, je n'ai pas envie de rester ici et me marier avec Nathaniel. Je veux qu'on parte, tous les deux.
Ivène avait pris Nicolas à part, s'isolant derrière une vieille charrette abandonnée ici il y avait quelques années. Elle avait sa douce main posée sur sa joue et elle le regardait droit dans les yeux. Nicolas n'avait pas compté le temps que cela faisait qu'il fricotait avec elle dans le dos de Nathaniel. Il avait pu faire environ cinq voyages encore, avec ce secret. Mais aujourd'hui était un jour spécial, l'invention étant terminée, il fallait libérer ce dragon de ses chaînes. Et avec un peu de chance, il reviendrait vers Nicolas, ainsi, ils pourraient tester leur invention.
Durant des mois, ils avaient conçu cela. Durant des mois, Nicolas avait travaillé pour que la bête lui lègue son entière confiance. Grâce aux marins, ils récupéraient beaucoup de matériaux, tel que du cuir, c'était ce dont Archibald avait besoin pour créer cette "selle" spécifique pour loger sur un dragon. Ils y avaient ajouté des sangles, pour ainsi l'attacher, quelques lanières pour s'accrocher et ils l'avaient solidifiée pour qu'il n'y ait aucun risque d'accident.
— Je ne peux pas te promettre de partir ce soir. Je ne sais pas comment ça va se passer aujourd'hui. Mais tu le sauras, très vite.
Elle hocha la tête, sans dire un mot de plus. Elle caressa sa joue du gras de son pouce avant de presser ses lèvres contre les siennes. Ce baiser était fort, long et tendre. Comme un baiser d'adieu. Comme si elle sentait quelque chose.
Nicolas lui jeta un dernier regard avant de rejoindre Archibald sur le pont principal du bateau. Ivène posa sa main sur son estomac, elle avait mal au ventre, mal de le voir partir. Et un mauvais pressentiment ne la quittait pas depuis la veille.
Non loin d'ici, Nathaniel la toisait d'un regard amère, ses yeux bruns totalement noirs de colère. Il inspira profondément, serra les poings quelques secondes puis monta à bord du bateau à son tour. Il ravala tout ce qu'il ressentait à cet instant et s'isola tout le long du voyage.
De l'autre côté, Archibald faisait part à Nicolas de toutes ses ambitions, de son amour pour le dessin et l'ingénierie. Il rêvait d'inventer des tas de choses. Nicolas songeait à lui faire une demande chaque fois qu'il pensait à Hargon, son dragon qui ne pouvait pas voler. Il se demandait même s'il était encore en vie, lui comme ses frères. Depuis tout ce temps, sans Nicolas, livrés à eux-mêmes...
— Vous n'avez pas plus de deux heures ! annonça le capitaine du navire. Nous devons partir tôt demain, alors vous feriez mieux de vous dépêcher.
Ils quittèrent rapidement le bateau et marchèrent jusqu'aux falaises. Ils avaient brièvement visité la cité abandonnée, il n'y avait aucun signe de vie sauf des animaux errants comme des chats ou des chiens. Mais aucun humain ne s'était montré, comme si cette cité était bel et bien morte depuis des siècles.
Archibald avait laissé la selle sur une surface plate, ainsi, ils ne la perdraient pas. Lui et Nathaniel devaient attendre sur les bords des falaises pendant que Nicolas libérerait le dragon.
Il entra dans la grotte, muni d'une torche que Archibald lui avait confectionnée puis il s'aventura jusqu'aux escaliers. Il les descendit tout doucement, il pouvait déjà ressentir la présence imposante de la bête et son cœur tambourinait contre sa poitrine à cause de l'adrénaline. C'était une sensation qu'il appréciait, bien que désagréable lorsqu'elle était mêlée à la peur.
Le dragon ne mit guère longtemps à se montrer. Ses yeux jaunes brillèrent à travers l'obscurité et Nicolas posa sa main sur son nez tout doucement, c'était ainsi qu'il lui disait bonjour. Le pauvre dragon était privé de tout, de la lumière du jour et d'espace. Il était voûté, et impossible pour l'animal de déployer ses ailes. L'endroit était trop confiné.
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Le Maître des Dragons
FantasyNicolas est né avec des yeux atypiques, vifs comme un feu qu'on ne peut éteindre. Alors qu'il n'était qu'un enfant, il eut l'étrange capacité d'approcher les dragons. Ce don fit rapidement le tour du village, lui donnant alors l'image d'un démon. Ba...
