Chapitre 3

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Cette fille s'appelle Lily. Rien que son prénom était le signe de sa supériorité.
Parents sûrs d'eux, osant et bravant tous les défis.

D'une année à l'autre revenaient toujours les mêmes prénoms:
Manon, Claudia, Laura, Marie, Julie, Sarah, Mathilde, Louise, Justine, ou encore Anaïs.
Mais elle, elle s'appelait Lily...

J'ai développé une haine viscérale contre elle et les filles de son genre.
J'ai vraiment ressenti beaucoup de haine car je rêvais au plus fin fond de moi d'être née dans leur famille.
Je jouais, plus jeune à être une petite fille modèle.
Et Lily en était une. Lily et sa bande passaient leur temps libre à lire ou réviser. Elles étaient bonnes élèves.
Elles trépignaient d'impatience lors de la remise des contrôles. Elles se lançaient des regards complices. Elles avaient hâte. Elles étaient excitées. Elles me donnaient envie de vomir.

Je les observais et j'avais des bouffées de chaleurs. J'avais la nausée. Pendant qu'elles souriaient. Elles étaient surs d'avoir la meilleure note.
Il n'y avait même pas de compétition entre elles.
Non.
Elles étaient soudées. Soudées dans le bonheur et l'exaltation.
Soudées dans la réussite.
Alors que moi, j'angoissais.
Le moment le pire pour moi était la distribution des contrôles.
Le monde allait savoir que je n'étais rien.

La note est un jugement.

Une note c'est notre valeur. 0/20 veut dire tu ne vaux rien.
Aujourd'hui je me demande pourquoi je n'ai pas essayé d'être inclue dans leur bande. Pourquoi je ne faisais pas mes devoirs. Pourquoi je ne faisais pas tout pour réussir et être une bonne élève puisse que c'était mon rêve?
J'ai longuement réfléchi.
Je crois que c'était moins humiliant d'avoir un 2/20 et se vanter de n'avoir rien fait plutôt que de donner son maximum et recevoir un 4/20.

Je pense qu'une fois prise dans la spirale des mauvaises notes, du jugement négatif, on se fait à l'idée qu'on ne pourra jamais faire mieux.
C'est pourquoi aujourd'hui je transmets à mes enfants la passion de la réussite. Je ne peux m'empêcher de les complimenter. Pour que jamais ils pensent qu'ils ne valent rien. J'ai ce besoin de les rassurer. Besoin de les élever pour que jamais ils ne se sentent inférieurs.
Je pense que la vie c'est ainsi: on se bat pour ne pas reproduire les erreurs de notre vie. Au point où l'on va dans un autre extrême. Une autre problématique...

Le cours de la vie est identique au symbole infini. Nous sommes emmené d'un côté de la boucle par nos parents. Dans le pire des cas nous en souffrons. Et nous guidons nos enfants dans l'autre extrême de la boucle.
Et dans l'autre cas, nous n'en souffrons pas mais, nous ne voulons pas faire comme nos parents. Et les générations s'enchaînent ainsi. Et nous restons dans la même boucle. À l'infini.
Nous croyons faire mieux.
Mais nous ne faisons que l'inverse. Dans son extrême. Ce qui fera souffrir également nos enfants.

Quoi qu'il arrive, de toute façon, ils trouveront à redire.

C'est pour cela que je suis apaisée au sujet de l'éducation de mes enfants. Je ne me pose pas beaucoup de questions. J'agis avec mon instinct. J'agis avec amour. J'agis qu'importe les remarques. Je peux agir à contre-courant si j'en suis convaincue comme je suis capable de prendre l' avis d'autrui. De l' appliquer avec conviction car je suis persuadée qu'il n'y a pas un chemin qui mène à la réussite.
Pas un chemin qui mène au bonheur.

En réalité nous ne contrôlons rien.

Le bonheur dépend de la façon dont on voit les choses.
Le bonheur dépend de la pureté des cœurs.
La beauté dépend du bien être intérieure.

Tout est cercle.
Le cours de la vie est cercle. Le bonheur est cercle. La réussite est cercle. De même que le manque de confiance en soi, la décadence, La tristesse et la précarité n'est malheureusement qu'un cercle.

Le problème n'est pas ce cercle car dans une vie nous enchaînons plusieurs cercles.
Le problème est que lorsque nous sommes dans ce cercle qu'il soit bénéfique ou frénétique nous pensons que nous vivrons ainsi à vie.

Combien de couples heureux n'ont pas survécu au premier malheur? Parce que jamais ils ont pensé que cela puisse leur arriver.
Et combien de gens dans la précarité n'ont pas su gérer leur héritage ? Retournant ainsi dans la précarité après avoir dilapidé en un temps record la totalité du don du ciel...


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AnaïsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant