Chapitre 5 : Une rencontre inattendue

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Les pieds raclaient le sol goudronné. Chaque regard choqué des passants augmentait sa colère d'un cran. Roxanne sentait les gens dévisager son visage : pleine de bleus, ensanglantée, elle ne devait pas être belle à voir. L'adolescente était enfermée dans une bulle remplie de brouillard noir, une bulle de rage. Mais ce brouillard s'éclaircissait par intermittences d'éclairs rouges sang.

Elle claqua la porte de l'appartement avant de s'y appuyer. Ses doigts, agités de tremblements, ne purent retenir plus longtemps ses affaires de sport, qui s'écrasèrent sur le parquet dans un bruit de chiffon. Glissant contre la porte, elle laissa ses larmes dévaler sur ses joues.
« -AAAAAAAAAAAAAH !!! »
Son hurlement résonna dans le hall d'entrée vide, bientôt suivi par un hoquet incontrôlable. Roxanne était épuisée, ne supportait plus ce quotidien, ne savait pas comment faire pour stopper ce cercle vicieux. Ce n'était pas une vie !
« -Je dois trouver quelque chose... » renifla-t-elle, les yeux rougis. « Je vais redevenir une ombre... juste une ombre... »

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Les jours passèrent, identiques. Une, puis deux semaines s'écoulèrent. Roxanne n'avait pas osé retourner au Pagan Club ; la honte le lui interdisait. Elle avait l'impression d'avoir trahi Jérôme et les membres du cours : sa lâcheté lui faisait horreur. Assurément, s'ils la croisaient dans cet état, ils seraient dégoûtés. Et le regard de Koffi ? Il lui donnait l'impression qu'il transperçait son esprit, pour atteindre son âme. Que verrait-il s'il la regardait maintenant ?

Elle arrangeait son sac de cours, dont les anses commençaient à s'effilocher. Elle soupçonnait Killian et ses deux acolytes d'y être pour quelque chose.
« -Ce n'est pas comme si j'allais pouvoir y changer quoique ce soit, de toutes manières... » grommela-t-elle.
Soudain, des murmures la firent relever le nez de son sac. La majorité des élèves formaient des petits groupes dans la cour et chuchotaient entre eux avec frénésie. « Que se passe-t-il ? » se demanda Roxanne, à la fois inquiète et intriguée. Elle balaya la cour du regard, à la recherche de l'objet des discussions. Et là, elle eut le souffle coupé.

Pianotant sur un vieux téléphone à clavier, une cannette de soda à la main, Koffi se tenait derrière le grillage du collège, adossé au mur. Il avait une allure plutôt discrète, avec son sweat-shirt gris et son jean, mais sa haute taille et sa large carrure le distinguait des collégiens, qui faisaient allure de Lilliputiens à côté de lui. Stupéfaite, Roxanne s'immobilisa. Que faisait-il là ? Mais elle n'eut pas le temps de s'interroger davantage : il l'avait vue. Il lui adressa un petit signe de la main, l'invitant à le rejoindre. Sans trop savoir pourquoi, elle obéit.
Elle s'arrêta devant lui, laissant deux bons mètres entre lui et elle. Il fit un pas dans sa direction mais, instinctivement, Roxanne recula. Après une seconde d'hésitation, il fit machine arrière. Il la dévisagea pendant un court moment avant de se lancer :
« -Anna s'inquiète pour toi. Elle ne pouvait pas venir ce soir, alors elle m'a envoyé à sa place. »

À ces mots, la jeune fille se dissimula derrière un rideau de cheveux roux. El'e se sentait si émue ! Malgré le fait qu'elle ne soit pas retournée au club, Anna ne lui en voulait pas ? Et les autres, étaient-ils du même avis ?  Cette pensée lui mit du baume au coeur.

Pendant ce temps, Koffi l'observait, sans parler. Finalement, il lui demanda, en plantant ses yeux dans les siens :
« -Comment vas-tu, Roxanne ?
-Eh, la rousse ! »
Roxane tressaillit. Non. Pas eux, pas maintenant. Ce court moment de joie était fini, mort et enterré. Pourquoi étaient-ils arrivés maintenant ?! Deux minutes de plus et Koffi s'en serait allé, la laissant seule avec son humiliation. Mais là, il allait y assister ! Elle laissa s'échapper un gémissement, presque inaudible. Presque. Interloqué, Koffi se tourna. Killian, Victor et Charles se dirigeaient dans leur direction, l'air férocement joyeux.
« Une ombre, je suis une ombre... »
Roxane ferma fort les yeux et de mit à triturer une mèche de ses cheveux. Koffi vit son geste et fronça les sourcils. Il posa un oeil plus sévère sur la bande qui venait de s'arrêter à leur hauteur.

Killian ouvrit la bouche mais la voix grave de Koffi lui coupa l'herbe sous le pied :
« -Un problème ? »
Son ton abrupte fit frissonner Roxane. Ses harceleurs, désarçonnés, se regardèrent. Killian déglutit ; étrangement, son air arrogant avait disparu. Il essaya malgré tout de s'imposer : se redressant vainement, il s'écria d'une voix fluette :
« -Euh non, mais, euh... on doit parler à la fille ! »
Le visage du jeune homme, jusque là impassible, se durcit subitement. Il se plia en deux, de façon à ce que son visage se trouve à la hauteur de celui du collégien. Koffi parla alors d'une voix douce et glaciale, en détachant bien ses mots :
« -Tant mieux. Car si ç'avait été le cas, j'aurais été obligé de le... régler. »
D'un geste, il souligna son propos en broyant la cannette qu'il avait à la main. Les deux subalternes reculèrent immédiatement et Killian, vert de rage et de peur, grimaça. Ils firent demi-tour sans demander leur reste. Roxane ne put s'empêcher de pouffer à ce spectacle, quand le cri de menace du collégien fit cesser son rire :
« -On se revoir demain, la rousse ! »
Il lui jeta un regard mauvais, puis disparut dans le bâtiment principal.

Roxane éprouvait des sentiments contraires : d'abord, elle se sentait contente. Pour la première fois, ses harceleurs mordaient la poussière, et ce n'était pas pour lui déplaire. Mais de l'autre côté... le coup d'oeil haineux qu'il lui avait jeté ! L'angoisse saisit Roxanne. Il avait dit « demain ». Que comptaient-ils lui faire demain ?!
« -Il semblerait que j'ai bien fait de venir. »
La rouquine releva la tête et ils échangèrent un regard.
« -Merci. » chuchota-t-elle.
Une fois encore, les larmes lui montèrent aux yeux ; elle les essuya vivement d'un revers de la main. Koffi soupira. Il fourra son téléphone dans sa poche de jean, jeta ce qui restait de la cannette dans la poubelle la plus proche et s'éloigna soudainement du collège.
« -Suis-moi. J'ai quelque chose à te montrer. »
Roxane hésitait. Elle voulait le suivre, mais au fond, elle ne le connaissait pas ! Où voulait-il l'emmener ? Qu'allait-il...
« -Alors ? »
Il avait cessé de marcher. Roxane s'écria subitement :
« -J'arrive ! »

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