Lundi 23 décembre 2012.Lise,
Te souviens-tu de quand nous étions enfants ? Je ne sais pas si c'est la maladie ou le fait d'être père mais depuis ces derniers mois, les souvenirs d'enfance influent à mon esprit. Elles me suivent, me hantent même, nuit et jour. Je pense à tes cheveux blonds et aux miens, châtains. Tantôt courts, tantôt longs. Je songe d'ailleurs à les refaire pousser. Le crâne rasé, ce n'est pas moi. Tout comme les tuyaux dans mes veines reliés à des machines ou la fatigue qui me cloue au lit cinq jours par semaine. Ce n'est pas moi et ce n'est certainement pas une vie.
Je suis désolé, Lise, j'avais juré de ne pas remettre ma séropositivité sur le tapis mais c'est plus fort que moi. J'aimerai que tu sois là, parfois. J'aimerai pouvoir tenir ta main et sentir le parfum de ta peau. Ca me rassurerait. Et quand la maladie me laisserait un peu de répit, on pourrait aller au zoo avec Louis. Il est fan de Baleine. Tu ne trouves pas ça fou ? On dirait moi plus petit. Je lui ai promis qu'on irait voir le musée du capitaine Némo un jour mais je doute de vivre assez longtemps pour que son rêve se réalise.
Les médecins me donnent encore plusieurs années. Ils disent que ma maladie se développe normalement et en parlent comme s'il s'agissait d'un enfant qui grandit. Ca me rend malade ! On parle quand même d'un virus en train de muter dans mon corps et tuer mon système immunitaire et eux, ils sont presque là à me dire « Félicitation ! C'est une fille ! »
Pardonne-moi, ma Lise, mon humour ne s'est pas bonifié avec les années. Me trouvais-tu drôle à l'époque ? J'en doute. Mais j'arrive à faire rire Louis tous les jours et je peux m'en contenter. Tout comme Antoine se contente de me voir conscient tous les jours alors que je ne fais rien d'autre que dormir. D'ailleurs, cette lettre devra attendre pour que je la termine mais je ne veux pas qu'elle s'achève ainsi. Alors, attends-moi, Lise.
Je suis devenu faible mais aujourd'hui a été une bonne journée. On a encore été au zoo avec Louis mais cette fois, Mylène était là. C'est étrange mais je crois que la maladie nous a rapprochés. Tu ne voudras sans doute pas lire qu'une femme me rend heureux (une autre que toi) et pourtant, Mylène y parvient. Je la soupçonne d'avoir pris un mi-temps le temps de ma maladie. Elle est plus disponible en ce moment et je la trouve beaucoup moins fatiguée que pendant une période. Elle accompagne toujours Louis quand il vient chez moi et si ça me rend dingue qu'elle se sente obligée de surveiller Louis quand il est avec moi, j'apprécie sa présence. Je la trouve réconfortante. Je crois qu'elle essaye de donner une famille à Louis pour quand je serai parti. Elle va sûrement vouloir lui parler de tout ce qu'on faisait ensemble mais il faut qu'elle soit là pour pouvoir en parler.
Ne sois pas jalouse, Lise, Mylène a un nouveau compagnon. Frank, il me semble. Il est steward donc il comprend la pénibilité d'un travail dans les airs et l'absence de repos, les longs vols, les escales de plusieurs jours... Tout ce qui a fait que ça n'a pas marché entre elle et moi – à moins que ce soit nos différences qui nous ont éloignées ? Je ne sais plus.
Antoine vient manger à la maison ce soir. Il m'a dit qu'il pouvait commander une pizza et qu'on la mangerait devant le match de foot mais moi, je préfère la vraie nourriture. J'aurai bien aimé lui préparer un plat hollandais mais il risquerait d'être malade alors ce soir, ce sera un filet chantilly. Je crois ne t'en avoir jamais fait et pourtant, c'est délicieux. Je t'enverrai la recette dans la lettre de demain.
Et puisqu'aujourd'hui est un bon jour, j'ai décidé qu'on sortirait ce soir. Antoine, pour rire, m'a dit que je devrais faire la liste de toutes les choses à faire avant de mourir. Alors, c'est décidé : Ce soir, je l'emmène dans un bar gay !
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... et t'attendre à Noël
Romance25 chapitres, 25 jours, 25 lettres. C'est le temps qu'ont Klaas et Lise pour s'aimer. A moins que...