Chapitre 2

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Quand nous arrivons à la hauteur du jardin, j'aperçois ma grand-mère qui s'affaire à étendre son linge. Quand elle tourne la tête vers nous, elle explose de rire devant nos cheveux dégoulinants et nos vêtements trempés que nous avons été obligées de remettre sans avoir sécher.

- Besoin d'aide ? proposai-je.

- Non non, va rejoindre Le Vieux, il a déjà préparé la table d'échec.

"Le Vieux" c'est le surnom affectif que donne ma grand-mère à son mari, elle l'a toujours appelé comme ça, même quand ils étaient jeunes. D'après elle, il s'est toujours comporté comme un vieux; peu vif et légèrement ronchon sur les bords.

Je salue donc Julie d'un geste de la main et rejoins mon grand-père à l'intérieur, où il fait déjà bien plus frais.

- Prêt à perdre ? lui lancé-je en m'essayant devant l'échiquier.

Il me lance un regard amusé et commence à jouer.

- Échec et mat ! m'exclamé-je une demi-heure plus tard en abattant son roi.

Julie lance un cri de victoire depuis le jardin, ce qui me fait d'autant plus sourire.

- Bravo, me félicite mon grand-père en me serrant la main d'un air grave.

Je lui lance un sourire victorieux et regagne le jardin en me pavanant.

- Ça-y-est elle se sent plus péter, raille Julie depuis son transat.

- Excuse-moi mais je viens tout de même de battre le maître incontesté des échecs, répliqué-je en feignant une voix hautaine.

- C'est vrai ça, intervient ma grand-mère dans mon dos en m'ébouriffant les cheveux. On dîne dans une heure les filles.

- Compris, chef.

Je me laisse tomber dans le transat adjacent à celui de Julie mais quelque chose attire mon attention et m'oblige à me relever.

C'est la fille de la rivière qui sort de la forêt. D'un bond elle enjambe le haie et emprunte le chemin qui mène à la ferme voisine.

- T'avais raison, elle habite bien à la ferme Courtel.

Julie me lance un regard interrogateur puis se relève à son tour pour suivre mon regard.

- Ah ouais, dit-elle d'une voix désintéressée avant de se remettre à l'horizontale.

Je regarde la fille s'éloigner jusqu'à ce qu'elle disparaisse de mon champ de vision. Pour une raison que j'ignore, elle m'intrigue.

- Ils ont emménagé quand les nouveaux voisins ? demandé-je à ma grand-mère en attrapant un torchon pour essuyer la vaisselle.

- Il y a quatre, peut-être cinq mois, pourquoi ?

- Avec Julie, on a aperçu leur fille cet après-midi à la rivière.

- Ah oui elle est toujours en train de traîner. La dernière fois j'avais oublié de récupérer mon linge, il faisait nuit je suis sortie et elle était là, en train de marcher jusqu'à la forêt. Je pense pas qu'elle soit très nette si tu veux mon avis.

Breathe [gxg]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant