Août 2014
Une semaine.
Ça fait une semaine que je n'ai aucune nouvelle d'Adèle.
J'ai beau guetter le perron de la ferme depuis la fenêtre près de vingt fois par jour, je ne l'ai pas aperçu une seule fois. Et ça me rend dingue.
Tout au long de la journée, des dizaines de films, tous aussi pires les uns que les autres, défilent dans ma tête. J'ai trop regardé de séries policières pour être sereine.
- Qu'est-ce-qui va pas ma belle ? demande ma grand-mère d'une voix inquiète en posant sa main sur mon bras.
- Rien. T'en fais pas mamie, j'ai juste mal dormi.
- Je ne te crois pas, on me la fait pas à moi.
Inconsciemment, je tourne la tête vers la fenêtre de la cuisine.
- Ça fait longtemps que je ne l'ai pas aperçu la petite voisine, dit-elle, ayant probablement suivi mon regard.
- Moi non plus et ça fait une semaine, ça m'inquiète, avoué-je.
Je ne l'ai pas revu depuis l'autre soir, celui où j'ai remarqué son poignet violacée. Je n'arrive pas à savoir si elle m'évite ou si c'est son père qui lui interdit de sortir. Ceci ajouté au souci que je me fais pour elle rend l'attente insupportable.
- Tu as essayé d'aller voir à la rivière ? Elle qui a l'habitude d'y aller.
- Oui. J'y vais régulièrement mais rien. J'ai aussi été voir à la cabane, personne.
Ma grand-mère me tapote l'épaule gentiment.
- Bouge-toi jeune fille, c'est pas en restant à te morfondre sur cette table que tu vas la retrouver, ta copine.
Je souris. Julie est encore fourrée je ne sais où avec Julien, ce qui me donne l'occasion de faire ce que je veux. Je n'ai rien à perdre.
- Je vais faire un tour, dis-je en me levant vivement.
- Très bien !
Je sors par la porte de derrière et enjambe la haie pour m'engager à travers la forêt. J'accélère le pas et quelques minutes après, j'entends l'eau de la rivière. Mon cœur se sert quand je ne vois personne, au fond, j'espérais apercevoir ses cheveux bruns au pied de l'arbre, et elle, plongée dans sa lecture. J'essaye de ne pas me décourager et reviens sur mes pas. Je décide de faire un détour par la cabane, me préparant à une nouvelle déception.
Après une bonne vingtaine minutes de marche à travers les arbres et les buissons épineux sans une trace de la cabane, je me rends à l'évidence; j'ai réussi à me perdre dans ces bois que je pensais connaître par cœur.
Quand je m'y rendais avec Julie, j'avais certains points de repères; un arbre étrangement tordu, un tapis de crocus, une souche à la forme humaine... Je n'ai réussi à en retrouver aucun.
J'ai tellement tourné que je ne sais même plus comment rebrousser chemin.
Génial. Vous allez crever tous seuls ici, toi et ton foutu sens de l'orientation, Thaïs Garnier.
Je marche pendant près d'une heure avant de constater avec effroi que je n'ai fais que revenir à mon point de départ. Le soleil qui commence à tomber entre les arbres m'inquiète davantage. Je tente de réfléchir. Je vois le soleil se coucher juste en face de la fenêtre de la chambre, pour retrouver la maison il faut donc que je marche dos au soleil.
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Breathe [gxg]
RomanceÀ 22 ans, Thaïs mène une vie libérée et épanouie, entourée de son petit cercle d'amis. Un jour, son quotidien est bouleversé par un événement familial qui va l'obliger à retourner dans le village où elle passait tous ses étés, enfant. Des secrets...