En revenant de notre promenade, je me mets à la recherche de mon grand-père tandis que Julie se dirige vers le bureau où se trouve le seul ordinateur de la maison.
Il me faut peu de temps pour le trouver, il est dans son potager, occupé à récolter des tomates. Un sourire apparaît sur son visage quand il me voit approcher. J'essaye de l'amadouer avec un bisou sur la joie pour lui piquer une tomate en douce mais il le remarque et me tapote la main.
- Elles ont l'air excellentes.
Il hoche la tête et reporte son attention sur ses pieds de tomates.
- Papi, tu sais où sont partis le fermier et son fils ?
Il relève la tête et hausse les sourcils, surpris de ma question. Il s'apprête à ouvrir la bouche mais son visage se ferme brutalement. Il secoue la tête.
Je n'ose pas insister. Au même moment, la voix de Julie m'appelle depuis le bureau, je m'empresse de la rejoindre, priant pour qu'elle ait trouvé quelque chose.
- Le compte facebook de Julien est inactif depuis 2015. J'ai aussi essayé de chercher leur nom de famille sur google et rien. Il semble avoir disparu lui aussi.
- C'est pas possible, il doit bien y avoir une trace quelque part, grogné-je en me penchant par dessus son épaule.
- T'as une meilleure idée ?
Je me laisse tomber sur la chaise en paille à côté du bureau. Je prends ma tête entre mes mains et me concentre.
- Rah ! C'est un dinosaure ce machin, râle Julie en tapant sur le poste. Je savais même pas que cette version de Windows existait encore sérieux.
- Du calme Ju'.
En me redressant, j'aperçois mon grand-père sur le seuil de la porte. Il m'adresse un signe de tête, m'incitant à le suivre. Je m'exécute et laisse Julie devant l'ordinateur capricieux.
Il me conduit jusqu'à sa chambre, dans laquelle je suis rarement rentrée.
Je redécouvre le papier peint avec des lilas que ma grand-mère affectionnait tant ainsi qu'une agréable odeur de lavande. Elle a disposé des petits sacs de lavande dans chaque pièce car elle détestait, je cite, « que ça sente le vieux dans cette maison ».
Il se dirige vers l'imposante armoire qui occupe une bonne partie de la pièce, et ouvre l'une des portes grinçante avant de se pencher pour en sortir une boîte d'archive.
- Elle les cherchait aussi, marmonne-t-il d'une voix à peine audible.
Je fronce les sourcils, sans comprendre de quoi il parle. Avant que je n'ai le temps de répondre quoi que ce soit, il tourne les talons et s'en va, le dos affaissé, me laissant seule face à cette vieille boîte poussiéreuse.
Je reste interdite pendant quelques secondes puis baisse les yeux sur la boîte d'archive, qui gît devant l'armoire. Je m'agenouille pour l'ouvrir avec précaution, dès lors, une odeur de renfermé s'empare de mes narines.
La boîte ne contient pas grand chose, seulement des enveloppes et des itinéraires imprimés, je repère également quelques journaux.
Après avoir jeté un œil aux itinéraires sans comprendre leur but, je tombe sur un article de journal découpé qui attire mon attention.
Un village paisible du Lot-et-Garonne dans la tourmente.
Dans la soirée du samedi 13 septembre 2014, à St-Julien, un village de trois mille habitants à priori sans histoire, un drame a éclaté au grand jour. S. Amara, un fermier de 46 ans a été placé en examen pour maltraitance sur mineure suite à l'hospitalisation de sa fille de 17 ans. C'est un médecin du centre hospitalier d'Agen qui a donné l'alerte après la découverte de nombreux hématome sur le corps de la jeune fille. D'après le père, elle aurait simplement trébuché avant que sa tête heurte un meuble. Pour éviter toute séquelle, l'adolescente a été placée sous coma artificiel. Son pronostic vital n'étant pas engagé, elle devrait s'en sortir avec une légère commotion cérébrale, sans gravité.
Les autorités attendent son réveil pour commencer à l'interroger, même si une perquisition a déjà eu lieu au domicile familial. Nos journalistes ont recueilli les témoignages de plusieurs voisins, qui, après avoir entendu des cris à plusieurs reprises depuis la maison, l'ont plusieurs fois signalé au commissariat le plus proche. Une brigade s'est rendue sur les lieux une seule fois pour rappeler à l'ordre l'homme qui a prétexté que les voisins confondaient les cris avec les jappements de son chien. Ce drame prouve, une fois de plus, le manque de rigueur de la police en zone rurale face à ce genre d'affaire.
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Breathe [gxg]
RomanceÀ 22 ans, Thaïs mène une vie libérée et épanouie, entourée de son petit cercle d'amis. Un jour, son quotidien est bouleversé par un événement familial qui va l'obliger à retourner dans le village où elle passait tous ses étés, enfant. Des secrets...