Chapitre 1 - Les Noces - Part 1

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Entre mon âme, mon corps et ma tête,

C'est toujours cette dernière qui prend les décisions,

Cette première qui me rend qui je suis,

Ce corps, quant à lui, n'est qu'éphémère,

Mais lequel connaît vraiment le doux goût de la liberté.


Les Noces

26 juin 2015

Assise sur un tabouret devant le miroir de ma chambre, j'observais ma sœur Cassiope manier avec assurance les épingles et le peigne pour façonner mes cheveux bruns soyeux qui encadraient mon visage ovale, soulignant mes yeux en amande d'un marron profond. Ses gestes habiles créaient des torsades et des boucles, m'inspirant confiance quant à la perfection de ma coiffure pour cette journée exceptionnelle. Au loin, portées par une brise légère, les notes enchanteresses du grand compositeur italien Einaudi s'élevaient depuis le jardin, dansant jusqu'à la fenêtre pour captiver mon âme mélomane. L'essence intemporelle de cet art musical me fascinait, le hissant parmi les réalisations les plus sublimes de l'humanité.

Dans cette vie, j'exerçais l'enseignement du violon aux élèves du conservatoire de Rome, en Italie, suivant ainsi les traces de Julia Gentile, celle dont l'identité m'avait été involontairement conférée il y a trois années de cela. L'allure élégante et le charisme de cette Italienne de trente-quatre ans ensorcelaient tous ceux qu'elle croisait, tout comme l'homme du nom de Matteo Costa, fièrement affiché sur sa coiffeuse, prédestiné à devenir son époux, mais également le mien, en ce jour solennel.

Je me souvenais de ce jour pendant l'été 2012, où la transition inéluctable s'était produite. Une décharge électrique m'avait parcouru, une sensation devenue familière au fil des années. Mon âme avait semblé se détacher de l'enveloppe charnelle qui la contenait. Mes pouvoirs s'étaient décuplés et mon esprit avait été emporté dans un tourbillon d'images, tel un voyage éblouissant à travers le temps. Après quelques secondes, mes yeux – ou plutôt ceux de Julia – s'étaient rouverts. J'étais à nouveau prisonnière d'un corps qui m'appartenait malgré moi. Cette vie était devenue ma réalité, mais aussi ma fatalité.

Aveuglée par la lumière éclatante du néon suspendu au plafond, je me retrouvais assise sur une chaise, tenant un archet et un violon. Alors que je façonnais chaque note avec une grâce innée et une virtuosité stupéfiante, mes doigts agiles glissaient avec une précision exquise sur les cordes, révélant une maîtrise forgée par une passion ardente pour la musique. Peu à peu, je prenais conscience de mon rôle de professeur de musique, laissant Anna, l'adolescente de quinze ans avec qui j'avais partagé ces deux dernières années, reprendre possession de son corps et de sa vie.

La salle de classe était spacieuse, ses hauts plafonds amplifiant les sons des instruments. La lumière naturelle inondait la pièce à travers de grandes fenêtres donnant sur la cour de l'école. Des pupitres en bois étaient soigneusement disposés en rangées, et une large table d'enseignant trônait à l'avant de la classe, accueillant partitions de musique et divers instruments. J'étais vêtue d'une élégante robe noire se fondant parfaitement dans l'esthétique de la salle. Le balancement du métronome remplissait la pièce de sa pulsation apaisante, rythmant mes pensées alors que je me tenais toujours assise, immobile. Devant moi, des élèves curieux et surpris par mon silence soudain. Ils me fixaient avec des expressions d'étonnement, se demandant ce qu'il se passait. Certains chuchotaient entre eux, cherchant des réponses. Je me rendis alors compte que j'avais interrompu mon morceau. Troublée, j'essayais de me ressaisir face à cette situation nouvelle.

Le Trio aux Mille Vies 🌙✨Où les histoires vivent. Découvrez maintenant