Chapitre 13.

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Je joue avec mes doigts, recoiffe mes cheveux, tape du pied par terre, mange un bout de pain, pense... maudis Harry et Ed, sonne, les appelle, joue à Candy Crush, jusqu'à ce que mon portable s'éteigne.
Même lui n'en peut plus.

J'attends encore une trentaine de minutes, avant que la voisine d'en face sorte de l'ascenseur et me dévisage. Je la salue en souriant et lui explique la situation. Elle éclate de rire, je me sens humilié... ça me fait mal de voir une personne de 80 ans se moquer de ma situation.

Je me lève et la supplie de m'aider. Je suis resté tellement assis par terre, que j'ai l'impression que mes fesses, habituellement assez rebondies, sont autant plates que le carrelage dans la cuisine de l'appartement se trouvant derrière cette foutue porte. Ce n'est pas grave, je n'ai jamais vraiment aimé mes fesses, c'est Harry qui les apprécie particulièrement, il s'en plaindra et regrettera de m'avoir abandonné devant sa porte.

Dans les dents

La voisine me regarde, toujours hilare, me demandant ce qu'elle peut faire pour moi.

Je lui explique qu'il faudrait qu'elle sonne, et que lorsque les deux imbéciles se trouvant derrière la porte demanderont qui c'est, qu'elle réponde qu'elle a besoin de farine, ou de sucre, ou de papier toilette, ou de je ne sais pas quoi, en précisant qu'elle est seule. Que je ne suis plus là.

La voisine me regarde sérieusement en sonnant et suit les indications que je viens de lui donner. Les deux bobets apparaissent dans l'encadrement de la porte pour lui donner du sel. Je fonce sur Ed, qui n'a pas le temps de réagir. Je passe enfin le pas de la porte et Harry la referme, après avoir salué la voisine.

Je leur tourne le dos, ignorant leurs rires, prends les clés de l'appartement et ouvre la porte pour récupérer les affaires que j'ai laissées dehors. Ma sauveuse est sur le pas de sa porte et me regarde en riant. Je la remercie en lui faisant un clin d'œil et rentre chez Harry, les bras pleins de marchandises.

Je repose les clés à leur place, ferme la porte et me dirige vers le salon où les deux compères sont assis sur le canapé, riant encore, en jouant à Fifa.

Je m'approche et éteins la télévision. Ils râlent et me jettent tous les coussins dessus. Je me mets bien en face de Ed et l'insulte de tous les noms pour m'avoir laissé comme ça, puis je pointe Harry du doigt, le regardant bien dans les yeux. J'ai de la peine à ne pas craquer devant ses pupilles vertes, mais mon mal de fesses me rappelle à l'ordre et je lui dis simplement qu'il est privé de câlins, de bisous et de tout ce qui se rapportent d'une manière ou d'une autres à de l'affection de ma part face à lui, pendant une semaine.

Je ne vais pas tenir.

Mais sa tête qui se décompose me fait gagner la partie.

Je rallume la télé et vais dans la cuisine, ranger les courses. Je mets la table et appelle Harry pour qu'il vienne faire le repas... je ne sais pas cuisiner, sauf des pâtes...

Il entre dans la cuisine en ouvrant grand ses bras pour me faire un câlin, mais je me baisse et passe dessous, sous les rires de Ed et les plaintes de Harry.

Je m'enfuis sous la douche.

Quand Ed entre dans la chambre pour me dire de venir à table, je suis à plat ventre sur le lit, torse nu, à regarder un film.

J'éteins mon ordinateur portable et vais rejoindre les deux bouffons à table.

Je fais exprès de me mettre à côté de Harry, qui sert ce qu'il a préparé. Riz et poulet au curry. J'ai faim!

Ed s'en va peu après la fin du repas. Nous le saluons depuis le balcon. Mon amoureux tente de me prendre par la taille, mais je le repousse. Il laisse échapper un cri plaintif et je vois Ed se marrer depuis en-bas, en souhaitant bonne chance à son meilleur ami.

Je rentre dans le salon et m'assieds sur le canapé, en mettant en route Shining. Harry me rejoint et s'installe loin de moi, en boudant.

Je le regarde suivre le film. Je sais très bien qu'il ne tiendra pas très longtemps, avant de venir se coller contre moi pour que je le rassure.

En effet, j'avais raison. Dès que la famille se retrouve seule dans l'hôtel, je le vois se crisper et, à la scène suivante, il est déjà à côté de moi.

Mais lorsque le film nous montre le petit garçon seul dans la grande bâtisse, Harry ne me demande rien et vient se coller contre moi. Je me fais violence pour ne pas refermer mes bras autour de lui et pour m'éloigner de lui. J'ai dit pas d'affection.

Il se recroqueville sur lui-même et se cache la tête derrière un coussin, alors je me rapproche de lui et le laisse s'accrocher à mon t-shirt.

Les scènes défilent, Harry ne leurs jette seulement de simples coups d'œil.

Mais les sons suffisent à le faire trembler comme une feuille. J'oublie l'épisode de la porte et le serre de toutes mes forces dans mes bras.

Je vous avais dit que je ne tiendrai pas...

La sanction reprendra après le film...ou demain matin.

Je lui caresse le dos, en posant mon menton sur ses boucles.

À la fin du film, j'éteins le générique, en lâchant la masse recroquevillée sur elle-même à côté de moi. Je vais me laver les dents, puis me coucher. Mon compagnon me suit partout à la trace...

Quand j'éteins la lumière il vient directement se réfugier dans mes bras. Je me tourne de l'autre côté... mon cœur se pince quand je l'entends geindre...

Il tire tout le duvet chez lui, s'enroulant en boule dedans...

BreatheOù les histoires vivent. Découvrez maintenant