Chapitre 4: Madeleine

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-Je suis pile à l'heure à ce que je vois... Répondit Zed, omettant volontairement ma seconde et plus importante question, à savoir si il allait bien.

Je ne relevai pas, n'insistant pas pour ne pas froisser la bête que je savais tenace. Je l'avais déjà rencontré quatre fois, sa bête. Quatre fois correspondant aux pires instants de toute mon existence. Elle n'avait rien à voir avec ce que je connaissais de Zed. Il était un homme de 22 ans peu sociable, très en retrait et ce trait de caractère était compréhensible au vue du combat intérieur qu'il menait. Il observait plus qu'il n'intervenait, était spectateur du cercle même s'il en était membre à part entière, et même si sa froideur pouvait passer pour du mépris, je savais qu'elle n'était rien d'autre qu'une protection. Moins il s'impliquait avec nous et moins il n'avait de chance de nous faire du mal. S'attacher aux autres pouvaient être une bénédiction pour nous autres, confectionneurs, songeur et sages, mais pour lui cela aurait risqué nos vies. Aimer provoquait les sentiments, les mettait à rudes épreuves. Aimer c'était accepter d'être heureux, autant qu'en colère. Et les émotions, Zed les fuyaient, car c'était à travers elles, que sa bête l'atteignait.

Et sa bête, elle, était émotive, comme jamais Zed n'aurait pu l'être. La première fois qu'elle pris possession de lui, elle fut dévastatrice. Ni Hadriès, ni même Sophie, qui en connaît un rayon sur ce maléfice, n'avaient vu venir le démon. Il était apparu sans même que nous puissions le deviner. Zed était resté le même. Il avait la même apparence, ce n'était rien d'autre que lui. Mais, intérieurement, il était un autre homme. Et jamais je n'avais eu aussi peur de toute ma vie. Sa main s'était refermée sur ma gorge, ses ongles s'étaient insinués sous ma peau. J'eus l'impression qu'il tenait ma trachée entre ses doigts. Sophie était une sage, elle ne pouvait rien pour moi. Son savoir n'aurait servis à rien. Hadriès, tout aussi impuissant, ne pouvait invoquer aucun pouvoir.Les songeurs voyaient l'avenir, mais n'avaient aucune incidence sur le présent et son don d'illusionniste ne m'aurait été d'aucune aide. Seul un chuchoteur aurait été en mesure de lui faire lâcher prise. Et le seul chuchoteur qui aurait pu mettre un terme à tout ça tenait ma gorge entre ses doigts. Il nous avait fallu batailler pour le faire battre en retraite. Notre seule issue était de faire revenir Zed, le bon. Zed notre ami. Le tuer aurait été inconcevable. Alors Sophie et Hadriès l'avaient invoqué, hurlant son retour, espérant qu'au fond de son esprit, Zed se battait corps et âmes pour retrouver sa place. Ils avaient criés plus fort encore, frappant la bête à coups de poings inutiles, quand moi, je n'entendais presque plus rien. L'air me manquait, mes sens s'éteignaient peu à peu et j'avais très vite sombré dans l'inconscience. A mon réveil, Zed, le vrai, était de retour, il avait combattu son démon juste à temps, avant de commette l'irréparable, et depuis ce jour, nous avions fomenté un plan Hadriès, Sophie et moi. A notre portée, nous détenions toujours une fiole paralysante que j'avais spécialement concoctée, nous permettant de fuir si la bête refaisait surface. Et lorsque c'était le cas, nous avions tout juste le temps de l'enfermer dans le cachot de ma maison, et n'avions pas d'autre choix que de laisser Zed mener sa propre bataille, craignant à chaque fois, qu'il ne perde le combat.

-Ne me regarde pas comme ça Madeleine... Souffla-t-il dans ma direction, avec autant de froideur que le ferait sa bête.

Pourtant ce n'était pas elle. Je le savais. Zed parvenait toujours à nous prévenir, maintenant, lorsqu'elle était sur le point de prendre sa place. Pour autant, son ton me fit froid dans le dos, et je détournai immédiatement le regard.

-Nous devons commencer le sortilège... S'impatienta Hadriès depuis le salon.

Zed poussa un soupire que je ne relevai pas et nous montâmes l'escalier de bois en silence pour rejoindre la salle à manger. Hadriès venait tout juste d'allumer un feu de cheminé, ce qui réchauffa la pièce presque instantanément. Vêtu d'un peignoir en soie prune, par dessus un pyjama rayé noir et gris, Hadriès attendait nonchalamment sur le siège de velours rouille que l'un de mes pères avait ramené d'un voyage en inde. Comme toujours lorsqu'il se montrait impatient, Hadriès triturait d'une main sa chevelure bleue nuit, quand de l'autre il jouait avec son Zippo d'acier, faisant rouler la pierre sous son pouce orné d'une bague épaisse.

Le Cercle de MoonstoneOù les histoires vivent. Découvrez maintenant