-Zed !Réveilles-toi ! Zed !
Zed dormait, le visage penché en avant, contre son torse, tandis que ses poignets entravés de chaînes pendaient au dessus de lui. Il était assis, le dos reposant contre le mur de pierres dégoulinant d'humidité, et sa respiration encore haletante nous fit réaliser le calvaire par lequel il était passé. Même dans son sommeil, il n'avait pu récupérer de sa bataille avec la bête. Son visage n'était pas visible, mais la sueur perlait encore sur sa nuque, et ses poings maintenant détendus étaient écorchés, ne laissant apercevoir plus de sang que de chair. Il était amoché. Le combat avait été rude. Aussi, j'éprouvais un sentiment de culpabilité à le réveiller. Car il n'y avait que dans son sommeil, que Zed déposait les armes. Mais nous n'avions pas le choix. Nous devions savoir si il était encore lui-même. Nous devions savoir, si nous courrions un terrible danger.
-Zed !Mon pote ! Réveilles-toi ! On veut juste savoir si t'es encore là ! Ou si t'es un putain de criminel... Tu vois legenre.
-Tu peux pas la fermer Hadriès, sérieux !
J'avais beau aimer Hadriès et Madeleine et les considérer comme des membres de ma propre famille, ils avaient le don de me fatiguer. J'étais à deux doigts de m'agacer, mais je ravalais mes remarques. Je n'aimais pas voir Madeleine répondre de mes ordres, cela me fendait le cœur à chaque fois. J'aurai voulu lui dire que jamais, je n'avais un jour approuvé les actes passés de ma caste. Si j'avais vécu à cette époque, j'aurai considéré la confectionneuse comme mon égale, et ce, malgré les traditions. Mais quand bien même ces mots me brûlaient les lèvres, Madeleine ne semblait pas prête à les entendre. Elle préférait le dénis. Alors nous options tous pour cette même attitude. A l'exception d'Hadriès, qui ne semblait jamais vouloir s'accommoder aux règles de la communauté.
-Zed...S'il te plaît, insistai-je, secouant son épaule d'une main incertaine. Réveilles-toi.
La cave était brumeuse et froide, retenue par un sortilège qui bloquait notre magie. Un vent venu de nul part frôlait nos peaux en un voile de glace. Une fumée épaisse s'échappait de nos lèvres à chaque respiration et cette ambiance sinistre me faisait trembler. Je haïssais cet endroit, il était synonyme de prison. Je n'y avais mis les pieds que pour y enfermer Zed. Les murs humides libéraient d'épaisses gouttes qui s'écrasaient bruyamment contre le sol rugueux. Les clapotis résonnaient dans toute la pièce, lui donnant une impression d'infinie profondeur.
-Zed n'est pas là...
Mon cœur se serra dans ma poitrine. J'observai aussitôt Madeleine. Ses lèvres tremblaient. Son teint rosâtre devint livide et Hadriès perdit son célèbre sourire insolent. L'instant fut tout à coup sombre et violent de vérité. La sentence s'abattit sur nos cœurs comme le marteau du juge frappe contre son pupitre. Elle semblait irrévocable. Elle nous fit sursauter en même temps.
Zed.
Ses yeux étaient grands ouverts et balayaient nos mines abattues. Son sourire discret était une menace à lui tout seul. Et sa voix. Cette voix. C'était la sienne. Il n'était personne d'autre que lui. Ses cheveux ondulés sur le haut de son crâne étaient encore là, ses yeux noirs avaient la même profondeur, sa peau doré hâlait toujours ses joues, et son odeur si masculine n'avait pas tournée. Il était lui. Sans être là.
-Zed n'est plus là... Parce que, je l'ai chassé. Pas complètement, vous vous en doutez. J'ai bien vu que chacun de vous s'est suffisamment renseigné sur la question pour savoir que, quelque part, dans ma tête, mon esprit, il hurle encore son désir de revenir. Il résistera, ça ne fait aucun doute, mais il finira par périr, pour toujours. Je tiens à vous préciser qu'il s'est bien battu, mais diable ce qu'il est ridicule en ce moment même. Je crois l'entendre pleurer. Oh, il me supplie, là, tout de suite. Navrant...
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Le Cercle de Moonstone
ParanormalLe monde des mages est sur le point de disparaître... Les massacres se succèdent, la malédiction se répand, les membres de l'Ordre demeurent silencieux... Mais dans la petite ville de Moonstone, Hadriès, Madeleine, Zed et Sophie, anciennement étudia...
