Chapitre 17: Madeleine

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-HADRIEEEES !

J'allais le tuer. Je devais le tuer. Il fallait que je le fasse !

Mon lit à baldaquin flottait au beau milieu de ma chambre, sur une mer calme et transparente, à la profondeur infinie. L'effet aurait pu être séduisant, un matin, au réveil, si seulement je n'avais pas dormis quatre heure, que le catalyseur n'était pas sur le point de nous laisser tomber et qu'un requin de six mètres de long ne tournait pas autour de mon lit avec la ferme intention de me bouffer toute crue !

Je voyais ses dents acérées scintiller au travers de l'eau clair, quand ma chambre était pourtant plongée dans l'obscurité. Ses nageoires faisaient tanguer mon lit, et j'étais à deux doigts de perdre l'équilibre, debout sur le matelas, tremblante, à demi éveillée.

-JE VAIS TE TUER ! Hurlais-je de plus belle, quand soudain la porte de ma chambre s'ouvrit.

L'eau ne s'échappa pas par cette brèche, elle restait inévitablement figée, comme si une barrière invisible la retenait prisonnière de la chambre. Et il fallait s'y attendre, la magie n'avait pas de logique, aucun code. Sur le seuil, en contrebas, se tenait Hadriès, vêtu de son peignoir de soie, qu'il portait aussi quotidiennement que son sourire insolent. Je voulais le lui arracher ! Son sourire évidemment...

-Tu n'as pas l'air de bonne humeur Madeleine...

-Tu ! Quoi ? Non mais ! Tu vas la fermer oui ?

Je voulais lui sauter dessus mais dès l'instant où je tendis le bras avec la naïve intention de l'atteindre, le requin effectua un bond, mâchoire ouverte, qui me fit hurler.

-NON MAIS CA VA PAS ! Enlève moi cette illusion Hadriès ou je te jure que...que...

-Que quoi ?

-Que je te tue !

Hadriès arqua un sourcil et jeta un œil sur sa montre avec nonchalance.

-N'est-ce pas déjà ce que tu m'as promis il y a une minute Madeleine ? Je cite « HADRIEEES ! JE VAIS TE TUER »

Boudeuse, je me laissai retomber sur le lit, bras croisés et lui adressai un regard meurtrier.

-Je peux revenir sur mes paroles... Négociai-je. Mais tu m'enlèves ça. Maintenant.

-Non. Sourit-il.

-Tu vas mourir Hadriès... Je te préviens.

-D'accord.

-Je veux bien t'épargner hein...

-Non, non. Merci, c'est gentil.

Je devins rouge de rage. Les dents serrées, je n'avais qu'une envie, c'était de les planter dans sa gorge pour la lui arracher.

-Tu as chaud ?

-Vas-t-en.

-Je t'avais dis, Madeleine, de bien fermer ta porte à clef cette nuit. Tu ne m'as pas écouté.

-Pars.

-Je prépare le thé, Sophie et moi t'attendons pour le Brunch, et...J'ai une annonce à vous faire avant que le catalyseur ne se réveille, alors, essaye de faire vite s'il te plaît.

Puis il referma la porte avec délicatesse, me laissant seule à mon sort.

Essayer de faire vite, essayer de faire vite... Non mais il plaisantait ?

Ce qui était sûr, c'était que pour le tuer, j'allai prendre tout mon temps !


Trente minutes. Je mis trente longues minutes à me persuader que ce requin n'était qu'un mirage. Je le savais pourtant. Une illusion, comme son nom l'indiquait, n'avait rien de réel. Elle était intangible, imaginaire. Ce que mes yeux percevaient n'était que mensonge. Il me suffisait de sauter à pieds joints pour rejoindre le plancher de ma chambre, même si celui-ci reflétait les abysses les plus sombres de la mer. J'avais beau le savoir, le requin aux dents acérées, aussi faux était-il, me dissuadait de poser un pied au sol.

Lorsque j'eus enfin quitté ma chambre, j'étais furieuse. Pourtant, je retrouvai le salon avec un sourire jusqu'aux oreilles, quand intérieurement, j'aurai voulu partir en guerre contre une armée de songeurs aux sourires arrogants ! Mais, ma colère, aussi légitime était-elle, aurait été une trop grande victoire pour Hadriès. Alors je feignais l'innocence et la bonne humeur, adressant aux deux mages des salutations enjouées.

-Bien dormi ? Demandai-je avant de prendre place sur le sofa au côté de Sophie.

Je pris une biscotte sur le plateau d'argent installé sur la table basse tout juste rafistolée et la trempait dans une tasse de thé bien chaude. Hadriès me regarda curieusement, les yeux plissés, une pointe de suspicion traversant ses iris. Je lui offris un sourire radieux, auquel il répondit par un rire.

Ne rit pas trop songeur...

-La nuit fut plutôt courte mais riche en révélations.

-Un songe ? Demanda aussitôt Sophie. Tu as eu une prémonition Hadriès ?

-Oui.J e crois que j'ai vu les mêmes images que Lauren. A l'académie des mages. Le songe a été très succin. Nous finissions tous assassinés. Par qui ? Je n'ai pas pu le voir, ni même l'entendre, mais je savais que c'était elle, l'ombre. Je ne sais rien de plus. Mais... Je crois avoir partagé cette prémonition avec un jeune songeur et, je sais où nous pouvons le trouver. Il en a peut-être vu plus que moi.

Cette fois, j'oubliai ma vengeance. Pour un temps. Je la relayai au second plan et me concentrai sur cette nouvelle toujours aussi funeste.

-Le destin n'a donc toujours pas changé, sifflais-je entre deux gorgées de thé.

-Non.

-Où pouvons-nous trouver ce songeur ? Demanda Sophie, contrariée.

-Il travaille chez Sophocle le week-end. Nous irons Samedi.

-Bien. Conclut Sophie. Nous en reparlerons. Pour l'instant, ce qui nous intéresse, c'est le catalyseur. Vous le savez, nous lui avons fait une promesse. Si Alexie décide de partir, nous ne pouvons la retenir.

Brutalement, je reposai ma tasse sur la table carbonisée, manquant de briser la porcelaine entre mes doigts.

-Je refuse, grinçai-je.

Le craquement des murs se fissurant sous nos yeux confirmaient mes dires. Je refusai catégoriquement de voir la Senssaïr partir. Mes joues s'échauffaient déjà, et mon corps tout entier se crispait de douleur. Mes pensées se tournaient vers Zed. Mon ami. Ce mage audacieux et fort, dont la vie se voyait dirigée par un autre. Puis mes pères, ces deux confectionneurs avides d'amour et de voyages, qui verraient bientôt leur terre chérie se décimer sous leurs yeux par la main de l'ombre elle-même. J'osai un regard vers Hadriès, ce songeur, cet orphelin que je voulais tuer de mes mains, mais pour qui j'étais prête à mourir pour lui offrir justice. Les larmes pointaient, résultat d'une frustration dévastatrice.

Le bonheur du Senssaïr valait-il plus que la survie de million de mages ?

Si j'avais pu prendre sa place, je l'aurais fait sans hésiter. Sacrifier mon bonheur ne m'avait jamais fait peur, si pour cela, je savais les miens en sécurité !

-Madeleine...Murmura tout à coup Hadriès, me sortant de mes pensées. Elle n'a pas encore refusé.

-Non...S'éleva une voix depuis le couloir. Puisque j'accepte.

Alexie se tenait au bas des escaliers menant aux chambres. Ses yeux étaient cernés de noir et son teint, livide. Pourtant, l'intonation de sa voix ne manquait pas de conviction. D'un simple regard échangé, le poids qui pesait sur ma poitrine s'envola, libérant enfin le souffle de vie que je brûlais tant d'expulser.

L'aventure commençait enfin. Le cercle était fragile, mais au complet. Les armes étaient entre nos mains. Il nous fallait maintenant comprendre comment nous en servir.

-Merci...Soupirai-je, émue.


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RE LES LOULOUS!!!

Çà y est... L'aventure va pouvoir enfin commencer! :P J'espère que cette suite vous plaît :)

Je vous publie un chapitre ou deux de plus dès maintenant, pour m'excuser de ma longue absence et ensuite... Je m'arrête :)

A TOUT DE SUITE :)

LOVE... ET noubliez pas le petit vote de l'amour et le petit commentaire pour donner votre avis! LOVE LOVE

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