-Nous ne pouvons plus attendre... Suggérai-je une fois le catalyseur hors de porté. Sophie, maintenant qu'Alexie a rejoint le cercle, nous devons nous rendre au marais. Il se peut que nous trouvions nos réponses.
Sophie, plongée dans ses grimoires, leva deux yeux distraits vers moi. Elle me voyait sans vraiment me regarder, et je savais à cet instant qu'elle était immergée dans son monde. Les sages fouillaient très souvent leurs souvenirs, se retirant de la réalité pour les revivre. Pendant ces sessions d'absences, Sophie était stoïque. Elle réagissait à peine à ce qui l'entourait. En revanche, lorsque son don de rétro cognition se manifestait, l'effet était bien différent de celui-ci. Son teint devenait livide et ses yeux exorbités. En contact avec un objet chargé d'histoire, son corps réagissait immédiatement, comme prit de soubresauts incontrôlables. C'était bien plus impressionnant. Un tout autre spectacle. Parfois même, terrifiant. Son don ressemblait au notre, songeurs, mais quand nous avions la capacité de voir le futur, elle, ne voyait que le passé.
-Nous irons, répondit Madeleine. Le catalyseur doit d'abord travailler son don. C'est indispensable. Le marais est bien trop dangereux Hadriès. Nous ne pouvons nous y rendre que de nuit. Et la nuit, les chuchoteurs sont bien trop nombreux dans les rues. Sans un catalyseur formé, je doute que mes potions suffisent.
Je me sentais à la fois frustré et vaincu. Madeleine avait raison. Se rendre au marais dans ces conditions étaient bien trop risqué. Nous métrions nos vies en danger et offririons l'opportunité aux chuchoteurs d'accomplir le dessein de l'ombre et de rejoindre ses rangs. Si un couvre-feu avait été établi, c'était pour une bonne raison.
Je profitai de cet instant de calme pour rejoindre ma chambre au deuxième étage. Elle faisait face à celle de Madeleine, dont la décoration ne manquait pas de me faire sourire chaque fois que je passais devant. Une vraie chambre d'enfant, fleurie et colorée, dont le manque de coordination semblait finalement avoir un sens. Fermant les yeux, je songeais à un immense bouquet de fleurs aux nuances pourpre, qui se matérialisa immédiatement sur son lit. Mes dons d'illusionniste ne me servait pas à grand chose, si ce n'était à faire des farces, ou des cadeaux fictifs. Le mirage était parfait. Les fleurs dégageaient une odeur douce et sucrée. Mais l'illusion était de courte durée. Quelques heures, tout au plus, avant qu'elle ne s'efface à jamais. Peut-être Madeleine le verrait-elle à temps, ce bouquet. Dans le cas contraire, tant pis.
M'allongeant sur mon lit, je soupirai, les yeux rivés au plafond. J'avais la sensation de rater quelque chose. Nous avions des pistes à suivre. Le barman de chez Sophocle, ce songeur ayant partagé ma prémonition, peut-être en avait il vu plus que moi. Le marais sinueux, un lieu dangereux mais porteur de réponses. L'académie des mages était aussi un indice. Si nous y étions, tout les cinq, que ce soit dans mon propre songe, ou celui de Lauren, c'était pour une bonne raison. Autant de chemins à suivre que nous n'empruntions pas. Pourquoi ? Parce que nous n'étions pas prêts ? Que le catalyseur devait avant tout se former ? A cette allure, nous ne valions pas mieux que l'Ordre. « Faites-vous discrets » disait-il, quand nous aurions déjà du nous battre. Mes parents s'étaient fait discrets ! Et où étaient-ils maintenant ? Morts.
Sur ma table de nuit au style baroque, je récupérai le petit cadre de fer, lequel encadrait la dernière photo de mes parents. C'était la seule chose que j'avais pu sauver, avant de fuir lâchement à l'âge de quinze ans. J'espérai un jour pouvoir les regarder sans penser à cette nuit. Cette nuit funeste où des chuchoteurs forcèrent la porte de notre maison. Cette nuit brumeuse où le cri de ma mère avait interrompu mes songes en sursaut. Ce jour où la tête de mon père avait dévalé le tapis du salon, roulant jusqu'au corps sans vie de ma mère. Ce jour où, au lieu de les venger, j'avais fuis lamentablement. N'emportant avec moi que ma honte, mon chagrin, ma colère et cette photo. C'était il y a quatre ans, et pourtant tout était encore si clair dans ma tête, si intact.
-Je sais à quoi tu pense Hadriès...
Madeleine venait tout juste d'entrer dans ma chambre. Cette petite femme savait se montrer discrète. Ou alors étais-je trop profondément perdu dans mes pensées. Sa longue jupe lavande plissait sur ses hanches, les faisant ressortir élégamment. J'aimais ses courbes larges et voluptueuses, je n'imaginais pas Madeleine autrement. Elles étaient comme un appel au toucher, une promesse de douceur. Prudemment, elle s'installa sur le lit, à mes côtés, rivant elle aussi ses prunelles au plafond. Son souffle était lent et régulier, il sonnait à mes oreilles comme une calme mélodie.
-Merci pour les fleurs. Murmura-t-elle, sans quitter le plafond des yeux.
-Je suis allé trop loin ce matin. Le requin était de trop, je crois...
Elle libéra un rire léger qui me fit fondre.
Madeleine, Madeleine, Madeleine...
-Oui, il était de trop. Mais... Malheureusement, les fleurs ne suffiront pas à te sauver la vie Hadriès. Une promesse est une promesse... Je te tuerai.
-Je sais... Admis-je avec un sourire.
Tout à coup, je me mis en travers du lit, penchant mon visage au dessus du sien. Je voulais la voir, et je ne m'en cachais pas le moins du monde. Il était rare que Madeleine soit aussi calme et réceptive, je ne voulais surtout pas le manquer. Elle gardait les yeux rivés droit devant, mais je voyais déjà ses joues s'échauffer.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-elle avec maladresse, son regard osant enfin dévier vers le mien.
Ses lèvres pulpeuses passaient sous mon regard, j'aimais les détailler ouvertement, jouant de sa timidité.
-Veux-tu vraiment le savoir ?
Mal à l'aise, elle humecta ses lèvres, ce qui me fit sourire.
-Je ne sais pas. Bredouilla-t-elle.
Passant mon index sur sa joue, j'en constatai la température. Brûlante. Je dessinais alors le contour de son nez en trompette, qu'elle retroussa, chatouillée, et dérivais sur son menton légèrement pointu. Madeleine était facile à déchiffrer, et j'adorais ça. Elle gardait une expressions neutre, presque ennuyée, mais son souffle ne me trompait jamais. Pas plus que les battements frénétiques de son cœur, qui soulevaient subtilement la veine épaisse de son cou, ni sa manière de déglutir, maladroite. Lentement, je traçai la ligne en cœur de sa bouche, appuyant légèrement sur la pulpe de sa lèvre inférieur, la faisant soupirer malgré elle.
-Ta bouche est magnifique... Admis-je.
-Je.. Tu.. Quoi ?
-Tu veux toujours me tuer... ? Demandai-je, faussement vexé.
-Heu.. Oui. S'étrangla-t-elle.
Je fermais les yeux, soupirant à mon tour, avant de les rouvrir pour lui offrir un sourire. Lentement, j'approchai mes lèvres de son visage, réveillant l'écarlate de ses joues, et embrassai son front.
-Dommage...
Puis je me levai, souriant, fier de moi, et quittai ma chambre sans un regard en arrière.
1, 2, 3...
Je pris le chemin du premier étage pour retrouver le salon.
4, 5, 6...
Sophie semblait être de retour parmi nous, son regard tout à coup plus lumineux tourné vers moi. Elle avait éparpillé ses livres à même le sol, dans une organisation presque maladive.
7,8...
-Hadriès... Qu'est-ce que tu as fait encore ? Tu as le sourire de celui qui vient de faire une connerie.
9, 10.
-HADRIEEEEEEEEEES ! Enlève-moi cette PUTAIN DE MOUSTACHE ! MERDE !
<3<3<3<3<3<3<3<3<3<3
COUCOU LES LOULOUS!
Voici la suite du cercle de Moonstone :) J'espère qu'elle vous plaira!
Évidemment on ne s'arrête pas qu'à un chapitre! :P
alors... A tout de suite :) :) <3<3
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Le Cercle de Moonstone
ParanormalLe monde des mages est sur le point de disparaître... Les massacres se succèdent, la malédiction se répand, les membres de l'Ordre demeurent silencieux... Mais dans la petite ville de Moonstone, Hadriès, Madeleine, Zed et Sophie, anciennement étudia...
