Chapitre 14 Partie 1: Madeleine

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-Hadriès !Je te préviens, tu ne joues pas au con avec le catalyseur! Est-ce que c'est clair ?

Le songeur m'adressa un regard qui me fit froid dans le dos. J'avais beau parfois materner Hadriès, j'étais pourtant étonnement fière de lui. Il avait confronté la bête de Zed sans ciller dans le sous-sol, affrontant son regard de mort sans même trembler. Il avait su garder son célèbre sourire de tête à claque, pas impressionné le moins du monde par la rage du démon. Ce jeune homme emprunté et parfois trop sophistiqué pour son age, avait finalement une audace que je ne lui connaissais pas. Pour autant, je ne lui dirai jamais, au risque de lui faire plaisir. Hadriès restait un enfant intenable, aux réactions imprévisibles et le plus souvent idiotes.

-Ah oui ? Me sourit-il. Madeleine, un conseil, barricade la porte de ta chambre cette nuit, avant de te coucher.

Pardon ?!

-Et pourquoi ? Qu'est-ce que tu vas encore faire songeur des bas-fonds !

Une fois en haut des marches de la cave, Hadriès s'arrêta subitement et se tourna dans ma direction, me dominant de toute sa hauteur. Sa chevelure bleue nuit habituellement coiffée vers l'arrière de son crâne, pendait sur son front plissé. Le songeur avait mille et une facette, ce qui m'avait toujours intriguée. Il était cet enfant extravaguant à l'allure élégante, parfois trop guindée. Ses tenues affriolantes présageaient un homme aussi étrange que réfléchis. Il était impossible de mettre Hadriès dans une case. Il aimait autant la fête et l'ivresse qu'il aimait le calme et la méditation. Il adorait lire son journal, en peignoir de soie, le matin, sur son siège de velours, comme il aimait passer la nuit chez Sophocle, le club mage du coin, et revenir à l'aube avec le look d'un parfait petit débauché. Il pouvait être imprévisible, comme le plus raisonnable d'entre nous. Et à cet instant, je doutais avoir affaire au Hadriès pondéré.

Qu'est-ce qui t'a pris de le provoquer Madeleine ?

-Jouer au con... Sûrement. Mais avec toi Mad'. Surveille tes arrières.

-Je n'ai qu'à glisser une potion de vérité dans ton thé du matin pour connaître tes plans, songeur. Tu ne peux rien contre moi.

Sophie avait déjà rejoins le salon et tout à coup, je me sentis démunie, seule face à Hadriès. Il descendit une marche, de manière à ce que nous partagions la même. Il avait beau avoir atteint mon niveau, il n'en paraissait que plus grand. Son regard, malicieux et puéril était braqué au mien, et si je levai le menton, je pouvais presque toucher ses lèvres des miennes.

Et puis quoi encore !

-Mad...Pourquoi es-tu toujours cette intraitable petite furie ? Tes jus de chaussettes ne me font même pas trembler. Je ne suis peut-être qu'un songeur à tes yeux, un mage de pensée et non d'action, ce n'est pas pour autant que je ne détiens pas quelques intéressants petits accessoires magiques dans ma collection. J'ai moi même de quoi te faire cracher tes plus inavouables secrets. J'ai de quoi te faire m'obéir durant des jours. De quoi te faire tomber à genoux devant moi. Je pourrai même faire de ton petit cœur de pierre, un marshmallow tout mou qui ne fondra que pour moi. Ne me menace pas, confectionneuse... Il se peut que j'y prenne goût.

Je déglutis péniblement, le rouge me montant aux joues. J'allais le frapper. J'étais à deux doigts de le faire. L'arrogance d'Hadriès me faisait toujours le même effet. Elle me rendait furieuse. Elle réveillait en moi des envies de meurtre.

-Je vais te...

-Bordel ! Hadriès ! Madeleine ! Encore une seconde de plus et je vous enchaîne avec Zed c'est clair ! Le catalyseur va nous passer entre les doigts ! Alors maniez-vous !

La voix de Sophie nous fit sursauter. Je fermai aussitôt les yeux, bombant le torse, obligeant mon corps à ne pas répondre à son autorité. Mais malgré moi, mon dos se courba légèrement, sous le regard agacé d'Hadriès.

Il ne paierait rien pour attendre.

Une fois revenus au premier étage, nous traversâmes en silence le salon, devenu tout à coup sombre et électrique, rejoignant Sophie à l'avant de la maison, là où le catalyseur attendait toujours sous une pluie battante. Arrivée devant la grande porte d'entrée, je sentis l'espoir renaître un peu, mêlé à une appréhension terrifiante. Si le catalyseur prenait peur et refusait notre proposition, nous ne retrouverions peut-être jamais Zed. Il fallait que cette fille accepte de nous rejoindre, il nous fallait être convaincants. Aussi, je délaissais ma colère. Celle que la bête de Zed avait éveillée en moi avant qu'Hadriès ne l'entretienne à son tour. Je me devais d'être la Madeleine douce et accueillante, celle que l'on aime plus que l'on craint.

Sophie tenait la poignée de la porte entre ses doigts. Son carré blond polaire était ébouriffé, signe qu'elle y avait passé de nombreuses mains nerveuses, et les cernes qui soulignaient ses yeux bruns témoignaient de son chagrin. Sophie aimait beaucoup Zed. Elle et lui avaient tissés de forts liens. Ils étaient les plus calmes du cercle mais aussi les plus affectueux. Il ne se passait pas un soir sans que je ne les surprenne à chuchoter dans leur coin, sourires aux lèvres et regards complices. Du moins, quand Zed était encore capable de contenir son démon. Je savais Sophie seule et désemparée depuis plusieurs mois, période où Zed s'éloignait de plus en plus, mais la sage n'était pas le genre de femme à exprimer ses tourments. Elle les surmontait, seule, le nez plongé dans ses bouquins.

Nous étions tout les trois silencieux, prêts à accueillir le catalyseur et pourtant, il y eut un moment de flottement avant que Sophie ne daigne lui ouvrir. Un moment durant lequel nous reprenions tous notre souffle, accusant l'inévitable défaite de notre ami Zed. Acceptant l'idée qu'il ne reviendrait peut-être jamais.


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