-On en a pour longtemps ? Demandai-je à Mauricette, la directrice du foyer.
Cela faisait bien dix minutes qu'elle tapotait sur son ordinateur vieux de 20 ans, d'une lenteur qui me donnait envie de dormir.
-Ma belle Alexie... Tu as eu 18 ans aujourd'hui et tu sais que ton insertion dans la société n'est pas à prendre à la légère. Il est 21h00, je suis moi aussi fatiguée, j'aimerai aller dormir, mais il y a une procédure à suivre et nous devons nous y tenir.
Bordel ! Ce qu'elle m'emmerdait !
18 ans que je vivais en ces lieux et je n'avais jamais pu m'y attacher. Le bâtiment vieillot à l'allure austère était fait pour que nous voulions le fuir à tout prix. Les pièces étaient froides, dénuées de couleurs et les pensionnaires qui y vivaient étaient toutes aussi odieuses les unes que les autres. Je n'avais jamais pu me faire d'amies ici. Pas non plus d'ennemies. Rares étaient celles qui voulaient se frotter à moi. Dans ce foyer pour jeune fille, j'avais toujours été craint. Pourtant, je n'étais pas méchante. Peut-être froide, distante, un brin méprisante par moment, mais j'étais loin de m'adonner à de quelconques intimidations. Pas comme certaines. J'avais simplement attendu, solitaire et bercée d'espoir, d'atteindre enfin le jour où j'aurai 18 ans. Jour où je ne serai plus pupille de la nation, mais citoyenne majeur et indépendante. Et ce jour était arrivé. Il me tendait les bras. Et maintenant que j'y étais, le temps me paraissait terriblement long. 18 ans de patience, et les dernières heures mettaient mon sang froid à rude épreuve.
-Demain matin, dès 8h00, il te faudra rendre directement visite à Monsieur Serval. Il te donnera ton planning du mois et tu en profiteras pour signer ton contrat de travail. Il ne manque plus que ce document pour que Madame Ferve signe ton bail. Tu as tout ce qui faut pour démarrer une nouvelle vie Alexie ! Un travail, un studio. Il est temps de céder ta place à une nouvelle pensionnaire, comme toutes tes autres camarades avant toi.
Génial...Quelle nouvelle vie ! Un job de plongeuse dans un restaurant de fruits de mer et un placard à balais pour logement.
Malgré tout, je ne dis rien, me contentant de hocher la tête. Je préférais la liberté, aussi précaire était-elle, plutôt que de vivre encore un jour de plus dans cet endroit.
-Es-tu heureuse Alexie ?
Si j'ouvrais la bouche pour dire un mot, je risquai de lâcher le cri qui vibrait déjà dans ma gorge. Alors, lèvres pincées, je hochai de nouveau la tête, retenant le regard noir que je rêvais tant de lui adresser.
Évidemment que je suis heureuse. Je suis orpheline, née sous X, je n'ai pas d'amis, pas de familles... C'est évident ! La vie me sourit !
-Tu n'as peut-être plus de quoi loger dans notre foyer, mais saches que tu pourras venir nous voir à n'importe quel moment... Nous ne vous lâchons pas dans la nature sans suivis Alexie. Si tu te sens seule,n'hésite pas à consulter la psychologue du centre, elle sera toujours là pour t'écouter.
Le dr Chark ? Cette bonne femme ne vous écoutait que d'une oreille. Elle passait son temps à dodeliner de la tête, le regard faussement impliqué, quand derrière son calepin, elle tapotait sur son téléphone, pensant naïvement être discrète. Parfois il m'arrivait de consulter rien que pour l'agacer, inventant des problèmes toujours plus rocambolesques de jours en jours, juste pourle plaisir de voir jusqu'où je pouvais aller, avant qu'elle ne s'inquiète. Et elle ne s'inquiétait jamais. Alors, même au bord du gouffre, je ne songerai jamais à l'appeler. Elle aurait bien été capable de me répondre « D'accord » avec un grand sourire, si jamais je lui confiais une envie de suicide.
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Le Cercle de Moonstone
ParanormalLe monde des mages est sur le point de disparaître... Les massacres se succèdent, la malédiction se répand, les membres de l'Ordre demeurent silencieux... Mais dans la petite ville de Moonstone, Hadriès, Madeleine, Zed et Sophie, anciennement étudia...
